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En quête de beauté!

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«Les peuples ont besoin de beauté avant toutes choses…», écrivait Romain Gary. Et je pense que nous n’avons pas commencé à voir la beauté du pays québécois.

«Les peuples ont besoin de beauté avant toutes choses…», écrivait Romain Gary. Et je pense que nous n’avons pas commencé à voir la beauté du pays québécois.

Je parle de notre manière de vivre sur ce pays. Je parle de notre manière de nous y implanter, avec nos banlieues-automobiles sans fin, nos maisons préfabriquées sans aucun intérêt culturel ou architectural. Je parle de notre manière d’occuper le pays et d’y passer sans le voir, sans le fréquenter pour vrai. Avec notre obsession des grilles coûts/bénéfices, avec nos projets pétroliers, nos projets industriels sans fin, nos projets miniers sans fonds, nous faisons trop souvent le choix d’une certaine destruction.

En cela, nous sommes des gringos. Comme les autres. Nous ne faisons pas exception. Colonisées jusqu’à la moelle par une logique matérialiste et utilitariste dont on ne doute plus que rarement sur la place publique.

Un projet de civilisation

Comment faire pour que notre projet de civilisation soit à la hauteur de la beauté qui nous entoure?

Je participais un jour à une commission du BAPE à propos de l’implantation d’un port méthanier à Cacouna. Un professeur d’architecture était venu y présenter un mémoire selon lequel nous aurions un droit universel et inaliénable à la beauté. Devant des commissaires plus habitués aux plaidoyers faisant l’apologie de la trinité rentabilité/efficacité/productivité, l’argumentaire de cet homme aussi modeste qu’éclairé avait fait l’unanimité. L’espace de cinq minutes lumineuses.

Beauté et constitution

J’irai plus loin que lui: le droit à la beauté et sa juste distribution devraient être enchâssés dans une éventuelle constitution du Québec. Ce pays n’est pas à nous. Ce pays est le territoire de ce que nous sommes. Nous avons le devoir d’en léguer la beauté.

Mes enfants et moi fréquentons l’estuaire et ses géants depuis toujours. Il nous apparaît évident que les idées pétrolières dans le Golfe ou sur Anticosti émanent d’une race de monde (comme disait Félix) qui ne connaît pas ce pays et qui entretient avec lui un rapport abstrait. Pour mes enfants, un plus un font deux; forer ici équivaut à détruire ce que nous sommes. Je suis convaincu qu’il nous faut réfléchir dans ces termes-là, aujourd’hui. Mais avez-vous entendu parler de la beauté du Québec, vous, durant la campagne électorale? Pourquoi?

Mercis !

Plusieurs diront que je suis un romantique, un artiste. Oui. Je revendique cette tradition de contribution au monde par les sens, par l’intuition. De tout temps les artistes se sont agenouillés sur des toiles, sur des scènes, sur des écrans, sur des pages et des places publiques… pour dire merci. Merci pour le soleil. Le soleil est sacré. Merci pour les oies et leur lumière. Merci pour les rouges dans le ciel de Rivière-au-Tonnerre. Merci pour les grandes marées à l’île Verte, le saumon dans la fosse, les chanterelles sous la robe de l’épinette bleue. Merci, grand-je-ne-sais-quoi, pour la batture et ses odeurs. Merci pour ces bouquets de petits fruits dans la taïga. Merci pour nos Manicouagan, nos Romaine, nos Magpie et ces côtes bercées par la mer où les sons sont les bons, où les parfums concordent.

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