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Je vote avec mes valeurs

Zone libre- Catherine Voyer-Léger
Illustration Christine Lemus

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Aujourd’hui, je vote avec mes valeurs, mais ça n’a pas toujours été le cas. Je me souviens qu’à l’élection provinciale de 1994, j’étais adolescente et même si je ne votais pas, j’avais jeté mon dévolu sur Mario Dumont. Rien à voir avec ses idées que je ne comprenais pas, mais j’avais 15 ans et je le trouvais beau. En tout cas, je trouvais que c’était le plus beau des trois (les autres chefs étaient Jacques Parizeau et Daniel Johnson).

Il faut dire qu’à cette époque j’étais motivée par des critères assez superficiels et être le «plus beau» était mon barème pour établir à peu près tout.

Entre la tête et le cœur

Ce qui me désespère un peu, c’est de penser que plusieurs personnes, une fois l’âge adulte atteint, peuvent encore voter sur la base de ce genre de critère. Je ne fais pas ici particulièrement référence à la vidéo de Guy Nantel où il interrogeait des analphabètes politiques sur leur (mé)connaissance de la chose politique. Je suis certaine qu’il existe bel et bien de tels analphabètes politiques, mais, sans aller aux extrêmes, je m’étonne quand j’entends des indécis dire qu’ils hésitent entre la Coalition Avenir Québec et Québec solidaire. Je m’étonne aussi quand les intentions de vote montrent un mois l’engouement pour un parti plus à gauche, quelques mois plus tard un engouement équivalent pour un parti plus conservateur...

Je me demande comment une telle chose est possible. Ou plus précisément, je me demande: vote-t-on pour des idées ou pour des images? Qu’est-ce qui nous motive une fois dans l’isoloir?

C’est pour ça que j’ai trouvé le slogan de Québec solidaire assez brillant. «Je vote avec ma tête». Mais suivi d’un cœur, il met en évidence que nous sommes toujours en contradiction entre la tête et le cœur. Serait-il plus logique de les voir comme des forces complémentaires et cohérentes?

Un nouveau slogan

Je le répète: je vote avec mes valeurs. C’est particulier, les valeurs, et c’est même assez intime. Je trouve surtout que c’est effroyablement complexe! Ça ne se résume jamais en un slogan choc. On dirait que ça s’étire entre la tête et le cœur: une partie qui nous fait vibrer, qui nous habite et nous habille, et une autre partie plus raisonnée, des aspects auxquels nous avons réfléchi. Les valeurs, c’est aussi déterminer ce qui est important pour nous, ce qui compte le plus.

C’est pour ça que j’ai l’impression que voter avec nos valeurs devrait nous empêcher d’hésiter entre un parti et son contraire. Pour la cohérence, pour voter au-delà des individus de passage, pour investir dans un projet de société qui nous convient, on ne peut pas voter pour une image ou uniquement en fonction de la sympathie que nous inspire une personne!

Mais dans l’élection qui vient de se terminer, il était impossible de dire «valeurs» sans que quelqu’un pense à la «charte». J’ai gardé mon slogan pour moi, mais la prochaine fois, quand nous pourrons parler de valeurs sans que ça se résume à un seul enjeu, je vous promets d’en reparler: quelles sont vos valeurs? Il me semble que c’est avec ce qui nous anime en profondeur que nous devrions voter.

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