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Ce pays qu’on n’a jamais voulu

Ce n’est pas contre le référendum que les Québécois ont voté : c’est contre la cause elle-même qu’on a tellement occultée qu’ils n’y croient plus

Bloc Bouchard

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Le rêve a duré plus de 50 ans. Celui d’un pays qui serait le nôtre. J’y ai rêvé comme des millions de Québécois. J’avais 20 ans en 1960. L’effervescence autour de la nationalisation de l’électricité, la mise en place du réseau de l’éducation, puis celui de la santé nous opposaient souvent les uns aux autres. C’était la course folle vers la modernité à une époque où on ne parlait pas de dette ou de déficit parce que ça n’existait pas.

Le rêve a duré plus de 50 ans. Celui d’un pays qui serait le nôtre. J’y ai rêvé comme des millions de Québécois. J’avais 20 ans en 1960. L’effervescence autour de la nationalisation de l’électricité, la mise en place du réseau de l’éducation, puis celui de la santé nous opposaient souvent les uns aux autres. C’était la course folle vers la modernité à une époque où on ne parlait pas de dette ou de déficit parce que ça n’existait pas.

L’identité, façonnée par ceux qui nous avaient précédés, éclatait dans l’art et la culture. Une époque où nous nous retrouvions autant dans la poésie de Miron que dans le théâtre urbain de Michel Tremblay ou dans la mélodie du grand large de Gilles Vigneault. Puis il y a eu 1976, l’élection du Parti québécois et, en 1980, le référendum promis par Lévesque.

Deux NON

Les Québécois ont dit non. Nous n’avions pas la confiance nécessaire pour aller plus loin. Quelles que soient les raisons, cela n’a plus guère d’importance. J’ai fait partie de ceux qui ont tenté de redéfinir le Canada. Nous avons échoué. Mais j’ai découvert un pays que je ne connaissais pas. J’ai fait du Canada mon pays. Je l’ai représenté à l’étranger sans jamais sacrifier mon identité profonde qui collait à mes racines québécoises.

Il y a eu 1995. Les Québécois disent encore non. Peu importe! Le rêve continuait. On ne prononça plus le mot indépendance, c’était trop brutal. La souveraineté était plus acceptable parce qu’elle faisait moins peur; le référendum devenant une réalité insaisissable dans le temps et l’espace. Malgré les contorsions, le mot lui-même disparaissait des discours indépendantistes; ceux qui étaient contre en parlent plus que ceux qui étaient pour. Il devint un non-dit pour certains, un épouvantail pour les autres.

Le rêve évanoui

Puis le 7 avril 2014, les Québécois ont choisi. Ce n’est pas contre le référendum qu’ils ont voté: c’est contre la cause elle-même qu’on a tellement occultée qu’ils n’y croient plus. Il n’y a plus d’émotion derrière le rêve d’un pays. Il n’y a que de la stratégie qui nous oppose les uns aux autres. Ils ne veulent pas de charte qui divise. Ils veulent bâtir avec ceux qui sont arrivés. Ils veulent être accommodants, mais voir le visage de ceux qu’ils accueillent. Si les valeurs doivent être redéfinies, que ce soit dans la connaissance et le respect de l’histoire qui a été la leur.

Cette identité ne peut reposer sur autre chose que la langue et la culture; ce n’est ni la laïcité ni l’égalité entre hommes et femmes qui fait du Québec une société distincte. Ces droits légitimes entretiennent plutôt la confusion qui nous empêche de savoir qui nous sommes. Il faudra beaucoup plus qu’une autre charte ou une loi de l’Assemblée nationale pour définir cette identité; et ce sont les jeunes qui devront l’assumer. Pour cela, il faudra un jour qu’on leur laisse la place s’ils veulent bien la prendre.

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