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Santé | Infirmières

Un salaire de 300 000 $

Les nombreuses heures supplémentaires permettent à des infirmières de tripler leur revenu annuel

Hôpital de Val-d'Or
Photo d’archives Les données compilées par Le Journal montrent que près de 500 infirmières ont gagné plus de 100 000 $ l’an dernier. Avec un salaire de 299 416 $, l’infirmière la mieux rémunérée au Québec a quadruplé son salaire de base, entre autres grâce aux heures supplémentaires.

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Près de 500 infirmières au Québec ont gagné plus de 100 000 $ l’année dernière. Une d’entre elles a même réussi à quadrupler son salaire de base et à encaisser près de 300 000 $, en effectuant d’innombrables heures supplémentaires.

Près de 500 infirmières au Québec ont gagné plus de 100 000 $ l’année dernière. Une d’entre elles a même réussi à quadrupler son salaire de base et à encaisser près de 300 000 $, en effectuant d’innombrables heures supplémentaires.

C’est la deuxième année de suite que cette infirmière de l’Hôpital Jean-Talon mérite un tel salaire, elle qui avait touché 315 284 $ en 2012. C’est bien plus que le salaire du directeur général de son établissement (171 449 $) et l’équivalent du salaire moyen des dermatologues.

Selon les données compilées par Le Journal à la suite de demandes d’accès à l’information, huit infirmières ont également gagné plus de 200 000 $ l’an dernier (voir tableau).Dans la plupart des cas, ces professionnelles ont gagné plus de 100 000 $ en heures supplémentaires.

Pour certains observateurs, il s’agit d’une réalité inquiétante quant à la qualité des soins.

Selon la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), toutes ces heures supplémentaires sont surtout signe de mauvaise gestion. (voir autre texte)

«Au-delà de l’argent, je suis préoccupée pour la santé de ces infirmières», réagit la présidente Régine Laurent.

158 000 $ en heures supplémentaires

L’infirmière la mieux rémunérée au Québec, qui a gagné 299 416 $, a fait près de 158 000 $ en heures supplémentaires.

«C’est une employée qui sans doute a fait des doubles quarts de travail tous les jours, a travaillé toutes les fins de semaine et tous les jours fériés», déduit Damien Contandriopoulos, professeur agrégé à la faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal.

LeJournala demandé une entrevue avec les deux infirmières de Jean-Talon, qui figurent au sommet des mieux payées de leur profession, pour comprendre leur horaire de travail. Elles ont toutefois décliné l’offre. L’hôpital n’a par ailleurs pas voulu accorder d’entrevue.

« Pas des machines »

Pour M. Contandriopoulos, le problème n’est pas que ces infirmières aient fait de gros salaires. Or, toutes ces heures additionnelles soulèvent de sérieuses questions au niveau de la sécurité des patients.

«Les études montrent qu’après 12 heures, la fatigue embarque et les soins sont moins optimaux, explique-t-il. Je ne voudrais pas être le patient d’une infirmière qui travaille 16 h de suite.»

«C’est sûr qu’il y a des risques accrus pour les erreurs, elles ne sont pas des machines», ajoute Paul Brunet, président du Conseil de la protection des malades.

Certains hôpitaux imposent une limite d’heures consécutives travaillées, mais ce n’est pas une obligation.

M. Contandriopoulos insiste toutefois sur le fait que la direction de l’hôpital a une responsabilité pour assurer la qualité des soins:«On ne peut pas dire sérieusement qu’il n’y a pas de problème à travailler 16 heures de suite.»

L’hôpital Jean-Talon souligne que les heures supplémentaires se font sur une base volontaire, en raison d’une pénurie de personnel. Il y a présentement 47 postes d’infirmières vacants. Le plus souvent, le surtemps est effectué à l’urgence.

Responsabilité de l'infirmière

Du côté de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec, on indique que les professionnelles ont la responsabilité de s’assurer d’être dans le bon état pour donner des soins.

«C’est un problème qu’on doit régler collectivement, répond MmeLaurent. Lorsqu’une infirmière reçoit des menaces de son patron pour rester, le problème ne peut pas reposer juste sur ses épaules.»


Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal compte le plus grand nombre d’infirmières ayant gagné plus de 100 000 $ en 2013, avec 82.


Le Centre universitaire de santé McGill et l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont n’ont toujours pas répondu à la demande d’accès à l’information.

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