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enquête | Mystérieux millionnaire

Le Loup de Montréal avait aussi investi dans le vin rouge

Babikian a injecté 7 M$ dans un vignoble en Oregon, mais les autorités américaines sont à ses trousses

Vignoble Sunshine Mills
Photo andrew mcintosh Les collines bucoliques du vignoble qui intéressaient tant John Babikian en Oregon.

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THE DALLES, Oregon | John Babikian, qu’on surnomme le «loup de Montréal», a aussi dépensé plus de 7 M$ US dans le démarrage d’un vignoble haut de gamme dans l’Ouest des États-Unis.

THE DALLES, Oregon | John Babikian, qu’on surnomme le «loup de Montréal», a aussi dépensé plus de 7 M$ US dans le démarrage d’un vignoble haut de gamme dans l’Ouest des États-Unis.

Plus le temps passe, plus notre Bureau d’enquête découvre des endroits étonnants où Babikian a dépensé l’argent qu’il a vite amassé de manière présumément frauduleuse.

Babikian est un Montréalais accusé par les autorités américaines d’avoir orchestré une gigantesque fraude boursière à l’échelle internationale, à l’instar du personnage incarné par Leonardo DiCaprio dans le récent film Le Loup de Wall Street.

Les autorités boursières américaines (U.S. Securities and Exchange Commission [SEC]) ont récemment saisi avec une ordonnance de blocage le vignoble Sunshine Mills Winery de John Babikian, situé sur presque 470 acres dans les collines surplombant une ville historique de l’Oregon. Le drame a bouleversé James Martin, gérant du vignoble associé à Babikian.

«Je suis en état de choc, tous les jours. Ma famille aussi, dit-il. La seule chose que nous ayons faite, c’est d’avoir travaillé avec un investisseur assidu qui fait face maintenant à des accusations.»

Le Loup de Montréal

Âgé de 26 ans, Babikian est un ancien élève de l’école secondaire La Dauversière, dans le nord de Montréal, qui aurait accumulé en quelques années une fortune de 100 millions de dollars, selon des allégations dans un dossier de cour.

L’histoire de Babikian fait de plus en plus penser à celle de Jordan Belfort, le héros du film Le Loup de Wall Street, qui sera incidemment de passage au Palais des congrès de Montréal le 12 mai pour prononcer une conférence.

Dans le film hollywoodien, Jordan Belfort fait fortune en vendant des penny stocks qui n’ont aucune valeur réelle à des investisseurs naïfs. Selon les allégations de la SEC, John Babikian a utilisé le même stratagème frauduleux en envoyant des courriels à 700 000 personnes le 23 février 2012 par le biais de sites affiliés au site AwesomePennyStocks.com. Les courriels faisaient la promotion d’America West Resources, une compagnie microscopique et sans valeur.

Babikian a fui le Québec en 2012 à la suite de problèmes avec Revenu Québec. On ignore depuis où il vit. Il a déjà été propriétaire d’une luxueuse maison de 2 M$ à Laval, et d’une rutilante Bugatti Veyron de 1,5 M$, la première immatriculée au Québec.

Du vin au verre

M. Martin est également associé avec M. Babikian dans une deuxième compagnie, Copa Di Vino, qui vendait du vin au verre.

M. Martin ne cache pas qu’il a trouvé le personnage montréalais attrayant.

«Nous apprécions la connexion avec Montréal que nous avions avec lui. C’est un individu extrêmement intelligent et charismatique. Il possède de bonnes connaissances dans le vin et il trouvait intéressant de faire partie de quelque chose de spécial ici en Oregon.»

Une affiche à l’extérieur de sa salle de dégustation indique même la distance entre Montréal et The Dalles, soit 4323 km.

Deux visites en jet privé

M. Babikian a démarré le vignoble avec M. Martin en 2012 et a fait deux visites remarquées à The Dalles dans son jet privé, en février et en août 2013. Il tente depuis de liquider l’avion pour 2,5 M$ US, une somme inférieure à sa valeur marchande, selon la SEC.

Si l’argent n’a jamais manqué, aujourd’hui, c’est l’incertitude qui règne.

Les terrains du vignoble ont été vendus à une compagnie coquille inscrite à Hong Kong, First Power Enterprise LLC, en janvier, selon nos recherches.

Mais les gens, ici, soupçonnent que ce n’est qu’une autre compagnie offshore de M. Babikian. Il en posséderait des douzaines.

Pour M. Martin, le vignoble ne peut pas attendre le dénouement des ennuis de M. Babikian devant les tribunaux. «La situation avec la SEC a ralenti les ardeurs, dit-il. Mais ici, c’est le printemps, et Mère Nature et le vignoble ne peuvent pas attendre.»

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