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Pour le Jour de la Terre: lisez les ingrédients

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IMG_6571Je suis, de nature, très sceptique devant des initiatives comme le Jour de la Terre (ou l'Heure de la Terre), qui me semblent en faire plus pour la bonne conscience que pour la Terre. Ce n'est pas qu'il y a quoi que ce soit de mal à prendre un repas local et bio, en ce 22 avril, pour pointer dans la bonne direction. Mais 1/365e d'année à poser un geste, ce n'est pas grand chose. C'est sur les années et les décennies que les gestes doivent être posés pour avoir un effet - et là-dessus, on ne peut pas dire que les nouvelles soient terriblement bonnes, d'année en année.

Les petits gestes comptent peut-être, mais les transformations profondes s'effectuent à l'échelle systémique et globale. Prenez, par exemple, la guerre au gras trans qui s'était engagée - avec raison - il y a quelques années. Pour remplacer les huiles végétales partiellement hydrogénées responsables des gras trans, le monde alimentaire s'est tourné en masse vers l'huile de palme - qui a la propriété de rester solide à température de la pièce, ce qui s'avère très utile pour, par exemple, des garnitures de biscuits.

La réussite de la chasse aux gras trans a toutefois eu des conséquences massives sur la santé... des forêts tropicales. En Indonésie et en Malaisie, on rase les forêts pour les remplacer par des palmeraies, la monoculture chassant à grande échelle la biodiversité. Une politique positive pour la santé a donc détruit des écosystèmes. Les grands acheteurs ont annoncé des programmes visant à favoriser le développement durable de la production d'huile de palme, mais beaucoup de mal est fait - et le potentiel de ces programmes reste à prouver.

En ce Jour de la Terre, je vous invite à poser un geste qui pourrait vous servir pour les 364 jours suivants: lire les ingrédients des produits alimentaires que vous achetez - et ceux qui sont déjà dans vos frigos et garde-manger. Ma fille aînée m'a poussé à le faire, récemment, en observant la présence de l'huile de palme. J'ai depuis été frappé par son omniprésence dans plusieurs catégories d'aliments. Réduire leur présence dans nos choix alimentaires (bien qu'elle soit moins pire que les gras trans, l'huile de palme n'est pas particulièrement bénéfique pour la santé, outre les questions environnementales) n'est pas si facile que ça, mais une séance de lecture des ingrédients permettra d'identifier les marques qui font mieux et de faire des choix permanents. C'est petit, oui, mais ça s'oriente au moins vers le plus long terme.

Autre élément à cogiter, en regardant les listes d'ingrédients, c'est ce que vous n'y trouverez pas, soit la présence d'aliments modifiés génétiquement. L'État du Vermont, notre progressif voisin du sud, est en voie d'adopter une loi qui rendrait l'étiquetage des OGM obligatoire. Il se joindrait ainsi au Connecticut et au Maine, qui ont déjà adopté de telles lois (mais qui attendent que d'autres États se joignent à eux pour les mettre en oeuvre, afin d'éviter des poursuites qui pourraient invalider leurs efforts). Bien que les Monsanto et cie vantent régulièrement les OGM pour leurs avantages environnementaux, le bilan est loin d'être si clair et pourrait avoir bien des conséquences à long terme. Savoir à quel point les OGM sont déjà présents dans notre alimentation (un peu comme l'huile de palme) serait un premier pas pour permettre aux consommateurs d'avoir un portrait clair de ce qui se passe de ce côté. Et donc, peut-être, de faire des choix qui pourraient avoir une influence à long terme sur nos façons de gérer la Terre, dans le monde de la production alimentaire.