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Jeux de pouvoir

Au pays imaginaire

Cela montre la mauvaise foi des péquistes, trop imbus d’eux-mêmes 
pour admettre qu’ils sont les premiers responsables de leur malheur
Photo d’archives, Agence QMI Cela montre la mauvaise foi des péquistes, trop imbus d’eux-mêmes pour admettre qu’ils sont les premiers responsables de leur malheur

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Jacques Parizeau met de nouveau le doigt sur le bobo péquiste: on ne peut pas parler de l’indépendance entre convaincus, prétendre au pays le dimanche et inviter tout le monde à passer à autre chose le lundi.

Jacques Parizeau met de nouveau le doigt sur le bobo péquiste: on ne peut pas parler de l’indépendance entre convaincus, prétendre au pays le dimanche et inviter tout le monde à passer à autre chose le lundi.

Ça finit par avoir l’air faux. Et ça donne les résultats qu’on a vus le 7 avril.

Cette stratégie est pourtant celle du PQ depuis des années. Ah! ils sont beaux à voir, les militants, quand ils sont entre eux. Fringants, mobilisés d’un conseil national à l’autre. Avant de reprendre la route, ils savourent leur félicité dominicale en scandant: «On veut un pays! On veut un pays!»

Mais, dans les faits, rien ne bouge. Depuis 20 ans, il n’y a jamais eu autre chose que des discussions et des éclats de voix à huis clos. Ça finit par démobiliser les moins exigeants.

Depuis la défaite de 1995, les indépendantistes portent d’abord leur projet de pays comme une épinglette de la Légion d’honneur, le plus souvent possible sur les plateaux de la télévision du Canada, ce qui est à la fois frondeur et totalement inoffensif; Ottawa s’en amuse peut-être…

Dans une chronique bien sentie écrite pour Le Journal et que vous pouvez lire aujourd’hui dans nos pages, M. Parizeau explique que les péquistes n’ont pas été très courageux au cours des dernières années. Comme s’il leur suffisait d’en parler pour prétendre être sur le chemin du pays libre. La bulle leur a pété au visage le mois dernier, et l’avenir semble plus déprimant que le printemps.

À cause de Marois ou des médias?

Pourtant, les funérailles du pays ne doivent pas être ordonnées tout de suite, la mort n’est pas encore certaine. Quelques jours avant le 7 avril, le Oui recueillait 41 % des intentions de vote; pourtant, le PQ n’a obtenu que 25 % des suffrages exprimés. C’est donc au PQ que ça ne va pas...

M. Parizeau n’ose évidemment pas blâmer Pauline Marois. Une purge fera des victimes chez les apparatchiks, mais plusieurs préfèrent encore mettre la faute sur les médias, c’est devenu un réflexe, avec le temps. Mais cela montre la mauvaise foi des péquistes, trop imbus d’eux-mêmes pour admettre qu’ils sont les premiers responsables de leur malheur. À terme, pourtant, c’est le projet de pays qu’ils risquent de foutre en l’air pour de bon.

L’avenir

Qu’adviendra-t-il ensuite? Il y a longtemps, Lionel Groulx, un religieux jadis influent chez les nationalistes, estimait que le Québec se retrouvera un jour confronté à un triste sort. Il présentait les choses ainsi: «Nous appartenons à ce petit groupe de peuples au destin d’une espèce particulière: l’espèce tragique. Pour eux, l’anxiété n’est pas de savoir si demain ils seront prospères ou malheureux, grands ou petits, mais s’ils seront ou ne seront pas; s’ils se lèveront pour saluer le jour ou rentrer dans le néant.»

Nous y sommes, en quelque sorte, devant l’abîme de l’histoire, toujours bavards évidemment, modernes, fêtards et friands d’humoristes, mais cernés de menaces invisibles. Nos «vraies affaires» impliquent forcément des subventions et des programmes sociaux; ça nous garde en marge du champ de bataille.

Jacques Parizeau nourrit toujours l’espoir d’un avenir meilleur pour le PQ, mais il sera de plus en plus difficile de mobiliser un peuple qui se croit au «paradis des familles». Surtout que tout le monde se doute bien aussi que tout ce qu’on s’offre coûte beaucoup plus cher que ce qu’on paie. Grâce au gouvernement fédéral et au pétrole de l’Ouest…

Le cul-de-sac du nationalisme

Voilà qui est embêtant. Quelle raison a-t-on alors de faire l’indépendance? La fierté, l’envie de se gouverner dans le monde? Peut-être que les Québécois ont des ambitions plus humbles. Le Canada, après tout, n’est pas si inconfortable. Ça explique peut-être le vote du 7 avril.

Il est en effet de plus en plus difficile de concevoir — ou de faire croire — qu’un pays puisse être injuste ou tyrannique quand on se sait tous plus choyés que nulle part ailleurs par notre «gouvernemaman». C’est le cul-de-sac du nationalisme québécois: l’État-providence a tout simplement anéanti la nécessité du pays!

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