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L’erreur suprême

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Pour partir d’un scénario où la victoire paraît dans la poche et connaître une défaite électorale aussi cuisante, il faut un renversement dramatique de circonstances.

Pour partir d’un scénario où la victoire paraît dans la poche et connaître une défaite électorale aussi cuisante, il faut un renversement dramatique de circonstances.

Les péquistes réunis aujourd’hui à Laval ne doivent surtout pas se contenter d’expliquer leurs déboires par une liste d’erreurs tactiques survenues au fil des jours. Et conséquemment, ils ne peuvent se contenter de crucifier sur la place publique les ­auteurs de ces erreurs, pour se dire ensuite: problème classé, on repart comme si rien n’était arrivé.

Des erreurs tactiques, il y en a eu plusieurs. Refuser de répondre aux questions le jour du déclenchement. (En fait la première erreur fut de ­déclencher cette élection inutile.) Les publicités à la télé qui montraient ­Madame Marois seule, loin des gens, dans un corridor vitré. Les publicités télé, radio, journaux et affichées qui tiraient dans toutes les directions sans fil conducteur. Une performance ordinaire de Madame Marois au premier débat. La Charte qui n’apparaît dans la campagne qu’avec l’apparition des premiers mauvais sondages. Et j’en passe.

Mais les racines de la défaite sont plus profondes. Pour avoir suivi cette campagne heure par heure, je suis convaincu que le vent a tourné lorsque Pierre Karl Péladeau a parlé de souveraineté avec conviction. Il n’a rien dit de loufoque, il n’a commis aucune ­erreur de faits, il ne s’est pas mis les pieds dans les plats. Il a simplement exprimé honnêtement et simplement les motifs de son adhésion et de sa candidature au PQ.

Cacher son option?

J’ai entendu des blâmes contre les stratèges qui ont préparé ce discours avec le nouveau candidat. Dans ­l’annonce de Monsieur Péladeau, il n’aurait pas dû parler ainsi de souveraineté, dit-on. C’est ça l’os. Un parti politique peut-il demander aux gens qui le joignent de cacher qu’ils adhèrent à son article 1? Un parti politique peut-il à chaque élection avoir une stratégie pour cacher un peu sa raison d’être? Un parti qui a gouverné peut bien jouer d’astuces pour essayer de faire oublier une politique particulièrement impopulaire. Mais camoufler son option fondamentale? Ça me paraît illusoire et absurde.

Le peuple n’en veut pas

Donc si les militants et candidats péquistes ont senti comme moi que les Québécois ont commencé à décrocher lorsque l’idée d’un référendum sur la souveraineté, leur article 1, est apparu à l’avant-scène, ils doivent se poser les véritables questions. Personne ne peut demander à des militants d’abandonner leurs rêves et leurs convictions face à l’avenir. Par contre, si la formulation de l’article premier de ­votre programme constitue un boulet parce qu’il est trop en rupture avec les attentes du peuple que vous voulez servir, il est primordial d’y voir.

Le Parti québécois n’est pas seulement nationaliste, défenseur de la langue, de la culture et des droits du Québec, il se présente aussi avec la menace référendaire dans son article 1 à chaque rendez-vous électoral. C’est trop.

La campagne péquiste a été parsemée d’erreurs, c’est vrai. Aujourd’hui, l’erreur suprême serait de passer à côté du questionnement fondamental.

 

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