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À l’âge de 50 ans

Violée par son frère pendant des années, elle fait la paix avec son passé

rose
Sarah-Maude Lefebvre / JdeM Grâce à la justice réparatrice, Rose a réussi à faire la paix avec son passé, près de 30 ans après avoir été violée par son frère.

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Violée pendant des années par son frère, Rose a réussi à faire la paix avec son passé à l’âge de 50 ans, après avoir rencontré quatre agresseurs sexuels.

«C’est là que j’ai compris que ce n’était pas ma faute. Que je pouvais enfin, à l’âge de 50 ans, troquer mes pantalons pour des jupes. Que je n’avais plus à me limiter à porter des talons plats pour ne pas provoquer et pour pouvoir m’enfuir plus rapidement», a confié Rose (nom fictif) au Journal.

Comme des centaines d’autres victimes, la femme aujourd’hui âgée de 59 ans s’est tournée vers la justice réparatrice pour guérir les blessures de son passé.

Cette forme de thérapie met en contact des victimes avec des criminels pendant quelques séances, sous la supervision d’intervenants, dans le but «restaurer ensemble ce qui a été brisé».

«Le système pénal gère les lois qui ont été brisées. Nous, notre action porte sur les conséquences du crime. Cela permet aux victimes de surmonter leur peur, de se tenir debout et de revenir sur ce qui leur est arrivé», explique Estelle Drouvin, coordonnatrice au Centre de services de justice réparatrice.

«Ce n’est pas ta faute»

Pendant longtemps, Rose a traîné, comme un «boulet», sa culpabilité. Elle se sentait coupable de la première agression sexuelle qu’elle avait subie à l’âge de 4 ans par son oncle.

Peut-être était-ce aussi «sa faute» si son frère plus âgé l’avait violée à plusieurs reprises pendant son enfance.

Un jour, une massothérapeute lui suggère d’essayer la justice réparatrice. Pendant 8 rencontres d’une heure, Rose et deux autres victimes ont rencontré 4 détenus condamnés pour des agressions sexuelles.

«Avant la première rencontre, j’avais peur. Peur de moi-même. Je me demandais si j’allais sauter sur les gars pour les frapper. J’étais tellement en colère», se remémore-t-elle.

«D’entrée de jeu, un des agresseurs, qui avait violé sa fille, a affirmé que nous n’étions pas responsables des abus qu’on avait subis. Ça m’a fait un bien fou. J’avais besoin de l’entendre d’un agresseur. Ce n’était plus ma faute, ce n’était pas moi qui l’avais cherché.»

Plusieurs cas d’incestes

Des témoignages comme celui-là, Estelle Drouvin en a entendu souvent. Plus de la moitié des victimes qui consultent le Centre de justice réparatrice ont subi de l’inceste.

«On a développé des rencontres spécifiques pour l’inceste, puisque nous avons beaucoup de cas. On voit beaucoup de personnes plus âgées. À leur époque, c’était tabou. On n’en parlait pas. Ce n’est que des années plus tard qu’elles osent en parler. Ça leur fait un bien fou. Elles se sentent libérées», expose-t-elle.

Des victimes secondaires de meurtre, d’agressions armées ou d’accidents de la route utilisent aussi fréquemment les ressources du centre.

«Souvent, les victimes ont fait des années de thérapie qui ont guéri leurs blessures, sans leur ôter la colère. En étant face à un homme ou une femme qui a fait subir à quelqu’un d’autre le même sort, la colère surgit. Ça brasse pas mal parfois, mais ça fait du bien.»

Femme libérée

Après ses séances de justice réparatrice, Rose a vu sa vie changer du tout au tout. La mère de famille qui éprouvait plusieurs difficultés d’ordre sexuel ose maintenant de «modestes» décolletés et ne vit plus dans la peur.

«Ça fait dix ans et j’en ressens encore les bienfaits. Les femmes doivent découvrir l’existence de la justice réparatrice. Ça a changé ma vie. J’ai même laissé mes cheveux pousser après, pour une rare fois. Je n’avais plus peur d’être trop désirable.»

Néanmoins, si la justice réparatrice a fait beaucoup de bien à Rose, cette dernière n’a toujours pas dénoncé les agissements de son frère, avec qui elle n’a plus de contacts, à la police. Même après toutes ces années.

«On me pose souvent la question. Est-ce que je vais le faire un jour? Peut-être. Je ne suis pas encore rendue là dans ma vie.»

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