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Franco-Américains

Le français a disparu avec le temps

Deux millions de citoyens de la Nouvelle-Angleterre luttent pour conserver leurs traditions et leur culture

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Cent ans après l’immense vague d’immigration de Québécois en Nouvelle-Angleterre, qu’est-il arrivé de leurs descendants? Parlent-ils encore français? La culture et les traditions ont-elles survécu malgré leur isolement du Québec?

Il y a 25 ans, le film Les Tisserands du pouvoir a illustré la saga de ces Québécois et l’été dernier, le film Louis Cyr: l’homme le plus fort du monde nous a rappelé une page de cette histoire.

La situation de la Nouvelle-Angleterre a de quoi interpeller. Quel sort attend la langue et la culture des Québécois francophones dans 100 ans... ou moins?

Le Journal est parti Sur la Route, comme Jack Kerouac, à la rencontre de ces Franco-Américains et à la recherche de bouts du Québec en Nouvelle-Angleterre.

Quatre villes ont été visitées: Lowell, ville de naissance de Kerouac et où a immigré Louis Cyr à 15 ans, Manchester au New Hampshire, Lewiston dans le Maine et Woonsocket au Rhode Island.

Aujourd’hui, plus de deux millions de citoyens de la Nouvelle-Angleterre s’identifient comme Franco-Américains, c’est 11,5 % de la population de la région.

Pierre Anctil, professeur titulaire au Département d’histoire de l’Université d’Ottawa a passé près d’un an à Woonsocket dans les années 1970.

«Déjà à cette époque, c’était évident que la langue française allait disparaître. Ce qu’il reste, ce sont des gens conscients de leur culture et de leurs origines et qui ont gardé leurs traditions culinaires et la conscience d’être une minorité catholique».

Moins assimilés

Les Canadiens français ont mis plus de temps que les autres nationalités comme les Irlandais, les Italiens ou les Portugais, à être assimilés à cause du lien étroit entre la religion et la langue. Les prêtres répétaient: «Qui perd sa langue, perd sa foi».

Dans un rapport de 1881, un politicien du Massachusetts avait d’ailleurs comparé les Québécois aux Chinois des États de l’Est: «Des travailleurs infatigables qui n’ont aucun intérêt à s’assimiler à la culture américaine».

«Mais la langue n’a pas subsisté, seulement des souvenirs linguistiques, dit Pierre Anctil. On n’est pas dans le contexte canadien. Il n’y a aucune garantie constitutionnelle envers les langues aux États-Unis».

Capsule historique

On retrouve tout de même dans ces villes quelques rares familles qui parlent français et des personnages qui portent fièrement le flambeau de la culture.

«Ils connaissent le Québec rural d’avant la Révolution tranquille. Ils sont plongés dans une capsule historique de 50 ans en arrière, ils sont plus conservateurs que nous, très pratiquants et le catholicisme est encore très présent», résume Pierre Anctil.

En se promenant dans ces villes, on remarque que plusieurs rues et commerces portent encore des noms français et les enfants appellent leurs grands-parents pépère et mémère.

On se surprend de retrouver, à des centaines de kilomètres du Québec, des visages identiques à ceux des Québécois d’aujourd’hui. La langue a disparu, mais les traits sont restés.

« Ils ne seront jamais assimilés. On assimile les Irlandais, mais ces Québécois ne veulent même pas parler anglais. Leur corps est ici, mais leur esprit et leur cœur sont au Québec. Je crois que dans encore deux générations, ils seront complètement américanisés ».
– Le président Franklin D. Roosevelt, en 1942
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