/news/society
Navigation
Franco-Américains | Lowell

Retrouver son identité

Dossier francos-américains
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Joëlle Parent Adrien Brisson et Émilie-Noëlle Provost

Coup d'oeil sur cet article

Quelques Franco-Américains âgés dans la quarantaine tentent de retrouver leurs racines. Ils ont grandi en parlant anglais et cherchent aujourd’hui à se réapproprier la langue de leurs grands-parents.

Quelques Franco-Américains âgés dans la quarantaine tentent de retrouver leurs racines. Ils ont grandi en parlant anglais et cherchent aujourd’hui à se réapproprier la langue de leurs grands-parents.

C’est le cas d’Émilie-Noëlle Provost, issue de la 5e génération de Franco-Américains dans sa famille en Nouvelle-Angleterre.

«J’ai passé mon enfance jusqu’à l’âge de 30 ans sans aucune identité ethnique et sans traditions. Mes parents ne parlent pas français. Mon grand-père oui, mais il n’a pas encouragé ses enfants à le parler. Ce n’était pas vu comme un avantage», raconte la journaliste et éditrice du magazine Merrimack Valley.

Plusieurs Franco-Américains ont grandi tiraillés entre deux identités. «Nous ne sommes pas Français ni Canadiens. Les gens ici sont très différents des gens au Québec, ils sont très conservateurs. La connection entre nous et le Québec a été arrêtée à un moment donné et il n’y a plus eu d’échanges», dit-elle.

Adrien Brisson a découvert le Québec seulement dans la quarantaine et c’est à ce moment là qu’il a décidé de suivre des cours de français.

«Je me sentais complexé d’avoir un nom francophone, mais de ne pas parler la langue», dit le photographe. Il est la 2e génération de sa famille aux États-Unis.

Émilie-Noëlle tient le même refrain. «Quand je vais au Québec, que les gens voient mon nom et que je parle anglais, je me sens comme si je devais m’excuser. Je me sens mal. C’est drôle parce que je ne suis pas née là et je n’ai pas grandi là, mais je suis très liée à cette culture». Elle porte d’ailleurs un bracelet de fleurs de Lys au poignet.

«La culture meurt parce que les plus jeunes ne savent même pas qu’ils sont Canadiens-français, ils ont des noms de famille francophones, mais l’ignorance est une grande partie du problème», dit Émilie-Noëlle Provost.

Est-ce possible de garder la culture sans la langue? «Oui, c’est ce que je souhaite parce que la langue rend la tâche trop difficile», dit-elle.

«On doit déterminer ce qui nous rend Francos et aller au-delà de la langue pour intéresser les jeunes, parce que d’ici 10 ans, tous ceux qui parlent encore français seront morts», dit Kevin Roy, président du Comité Franco-Américain de Lowell.

«C’est dur parce qu’on est une île dans une mer d’anglais. En quelque sorte, on voit ce qui arrive quand une langue n’est pas protégée par une loi», dit Adrien Brisson, faisant référence à la loi 101 au Québec.

Pour intéresser les plus jeunes, ils sont d’avis qu’il faudrait un pont avec le Québec moderne. «Il suffit de regarder dans le bottin téléphonique de Montréal, on a les mêmes noms, on est tous reliés», ajoute M. Bisson.

«Il y a beaucoup d’intérêt des générations qui ne parlent pas français de maintenir une identifité francophone. C’est comme si tout à coup, c’était devenu la mode de s’identifier avec ses origines ethniques», dit Monique Letendre, 63 ans, directrice adjointe de l’école Ste-Jeanne d’Arc à Lowell.

L’école Ste-Jeanne d’Arc, est une des trois dernières écoles paroissales francophones de la région et la seule qui offre un programme français de la maternelle jusqu’à la 8e année.

Si les Franco-Américains ont déjà représenté 60% de la population de Lowell, aujourd’hui, dans cette école, ce sont les Indiens qui forment le groupe ethnique le plus important.

Les cours de français sont obligatoires et donnés deux fois par semaine. «On ne créé pas des enfants qui vont parler couramment, mais ils vont avoir des notions», dit Mme Letendre, qui a fait sa maîtrise en littérature française.

Elle a grandi en parlant français à la maison et le parle toujours. Ses grands-parents sont arrivés de Trois-Rivières et Joliette.

Elle est membre du Cercle Jeanne-Mance. Près de 120 femmes se rencontrent à chaque mois pour parler français. Une bourse est donnée chaque année à une étudiante qui veut étudier le français à l’université.

«Avant, les membres étaient surtout des personnes âgées, mais là ils rajeunissent. Par contre, les réunions qui étaient strictement en français deviennent de plus en plus en anglais», explique Monique Letendre, membre depuis 1975.

Commentaires