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Franco-Américains

Les Franco-Américains ont retenu la religion alors que le Québec a retenu la langue

Dossier francos-américains
Photo Le Journal de Montréal, Marie-Joëlle Parent L'Église Ste-Marie au coeur du quartier Little Canada de Manchester.

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Plusieurs s’entendent pour dire que Manchester est la capitale des Franco-Américains en Nouvelle-Angleterre.

Plusieurs s’entendent pour dire que Manchester est la capitale des Franco-Américains en Nouvelle-Angleterre.

«Ce qu’on trouve là-bas par contre, ce n’est pas le Québec contemporain, c’est le Québec d’une période révolue», dit Pierre Anctil professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa et auteur.

Arrivés pour la plupart entre 1860 et 1920, les Franco-Américains de Manchester sont demeurés très religieux. C’est d’ailleurs dans cette ville que l’on trouve la dernière messe en français de la région.

Elle se déroule chaque dimanche matin à  7 h 45 à l’église Saint-Antoine de Padou. À une époque, Manchester comptait huit paroisses franco-américaines, plus que toute autre ville en Nouvelle-Angleterre.

Pour trouver une autre messe en français, il faut aller à Lewiston dans le Maine, à la basilique Saint-Pierre et Saint-Paul.

«Le Québec qu’on retrouve ici, c’est le Québec d’avant la Révolution tranquille, explique Roger Lacerte, ancien professeur de français et propriétaire de la Librairie Populaire. De manière générale, on peut dire que les Franco-Américains ont retenu la religion alors que le Québec a retenu la langue.»

«Le Québec qui n’existe plus au Québec, il existe ici», dit Robert Perreault, historien et professeur de français. C’est le Québec de Duplessis, très religieux et conservateur.»

La culture québécoise semble s’être accrochée plus longtemps que celle des autres groupes d’immigrants comme les Italiens et les Irlandais.

«Cet esprit de survivance, né sur les plaines d’Abraham en 1759, a persisté. Nos ancêtres l’ont apporté quand ils ont immigré ici. On n’allait pas se laisser écraser par les Anglais, on est catholiques et francophones, pas protestants et anglophones, explique M. Perreault. Il fallait garder la langue et la culture, c’est pourquoi on a fondé des églises et des écoles et des sociétés.»

Ce dernier connaît tout de l’histoire des Franco-Américains à Manchester. Il habite dans ce qu’il reste aujourd’hui du quartier Petit Canada. Il donne, dans ses temps libres, des tours guidés des rues de son quartier, à la recherche de traces du Québec.

Manchester avait jadis la plus grande usine de textile au monde, «Amoskeag Manufacturing Company». Elle employait des milliers de Canadiens français.

En 1900, les 76 000 Canadiens français au New Hampshire formaient 60% de la main- d’oeuvre des usines de textile. L’usine a fermé en 1935 après la Grande Dépression. «Toute la structure économique de la communauté francophone s’est alors effondrée», dit Pierre Anctil, historien.

Il reste encore cependant quelques institutions, monuments et statues témoignant de ce passé comme l’église Sainte-Marie, le coeur du Petit Canada. Elle fut jadis la fierté des Franco-Américains.

On retrouve en face le parc Lafayette avec la statue de Ferdinand Gagnon, père du journalisme franco-américain. Il a fondé le journal La voix du peuple en 1869.

Sur la rue Notre-Dame, on trouve la Caisse populaire Sainte-Marie, première caisse populaire aux États-Unis, fondée en 1908. Alphonse Desjardins s’était même déplacé pour l’occasion. Jusqu’en 1984, les réunions des actionnaires se déroulaient toujours en français. C’est aujourd’hui un musée.

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