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Le privé : le roi des bas prix

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Il y a environ deux semaines, le gouvernement du Québec publiait un rapport d’experts (Luc Godbout et Claude Montmarquette) sur l’état des finances publiques. Le document a fait couler beaucoup d’encre, surtout au niveau des critiques que l’on lui a apportées : un questionnement au niveau des solutions, des propositions considérées trop timides par une certaine droite ou encore des contestations sur les chiffres utilisés. Il est évident que le débat va se poursuivre, en particulier depuis que les rumeurs sur la nomination pressentie de M. Godbout à la tête de la Commission d’enquête sur la fiscalité battent leur plein. Le débat est lancé au moins jusqu’au budget de 2015, mais sur quels paramètres de discussion va-t-il se dérouler?

Il y a une certaine continuité dans les travaux de M. Godbout lorsque celui-ci est l’expert du gouvernement. Le dernier rapport reprend principalement les conclusions des trois fascicules : « Le Québec face à ses défis » que ce dernier avait publiés au tournant de 2010 avec MM. Pierre Fortin, Robert Gagné et Claude Montmarquette. Ce qui est nouveau dans le dernier rapport est la proposition de vendre des actifs du gouvernement (principalement d’Hydro-Québec et de la SAQ)  pour dégager des liquidités pour le Fonds des générations.

Ce billet ne vise pas à discuter s'il faut plus d’actifs ou plus de liquidités. Le débat va se faire au courant de la prochaine année surtout que cette option ne semble pas être dans les cartons du gouvernement libéral pour le prochain budget de juin. Il s'agit plutôt de nuancer une vision caricaturale assez répandue, à savoir qu’une privatisation d’une société d’État viendrait automatiquement avec un gage de bénéfices directs pour les consommateurs et consommatrices. Cette perception voulant que l’État c’est mal et le privé c’est bien  (préjugé qui existe aussi à l’inverse) demeure une vision binaire limitée qui ne passe pas toujours le test d’une recherche chiffrée.

L’Alberta a opté pour la privatisation de la vente d’alcool sur son territoire en 1993. Une étude de 2012 du Parkland Institute observe plutôt des effets néfastes à plus long terme. Les résultats mis à jour dans un récent article sont repris dans le graphique suivant :

graphique 1

 

Il y a une véritable explosion des prix de l’alcool en Alberta. En 20 ans de pratique privée, les Albertain.e.s ont connu une augmentation trois fois plus rapide qu'au Québec.

Il est évident qu’il y a d’autres aspects à considérer que le simple prix en magasin advenant une privatisation de la SAQ. Une étude de l’IRIS parle également d’une baisse substantielle des revenus de l’État albertain pour l’année 2004, soit une perte de près de 90 millions par année. Il n’est pas non plus certain qu’une privatisation engendre automatiquement une disparition des monopoles et une mise en place d’une compétition bénéfique pour le consommateur ou la consommatrice. Bien que le produit soit différent, la privatisation des postes dans les pays européens n’a pas éliminé les monopoles existants, à la limite, il y a eu un transfert du monopole public vers un monopole privé.

Avant de prendre la décision d’une privatisation, même partielle, d’une société d’État, il faut prendre le temps de comparer avec ce qui s’est fait chez nos voisins. Et surtout se sortir, de ce qui semble plus près d’un mantra que d’une d’une conclusion scientifique : « la compétition du privé va nous permettre de payer moins cher ».

10 commentaire(s)

Olivier dit :
13 mai 2014 à 12 h 02 min

Évidemment que le privé, ce n'est pas la panacée: des incompétents, il y en a partout. La différence majeure, c'est que les "pas bons" finissent par disparaître dans le privé et jamais dans le public.

Vous avez raison de remettre en question les décisions prises à la tête d'un État par quelque idéologue, qu'il soit de gauche ou de droite.

Si le gouvernement abolissait simplement le monopole de la SAQ, mais conservait le réseau, d'autres joueurs pourraient compétitionner librement avec elle en offrant des meilleurs prix, des meilleurs produits, un service plus respectueux et/ou une plus grande proximité avec le client. On laisserait alors le client lui-même décider si la SAQ vaut vraiment la peine d'être conservée.

Patrick Bengio dit :
13 mai 2014 à 12 h 45 min

Je ne comprends pas... ce mantra ne devrait-il pas plutôt être : ''Le privé, pour maximiser les profits, doit augmenter les prix autant que possible, éliminer les concurrents, diminuer les salaires autant que possible, faire pression pour transformer les lois à son avantage, contrôler les travailleurs et le peuple à travers le contrôle des médias, de la publicité et des élus''..?

Antoine B. dit :
13 mai 2014 à 15 h 07 min

Si c'est si rentable que l'État possède de l'alcool et autres, nationalisons les épiceries et les compagnies de tabac!

Needle dit :
13 mai 2014 à 15 h 57 min

Le gouvernement devrait nationaliser tous les commerce puisqu'il est meilleur dans la gestion. Les prix resteront bas, les salaires seront augmenté et les bénéfices pour l'état sauveront la nation!

Patrick Bengio dit :
14 mai 2014 à 9 h 35 min

1) Il y a différentes manières de rendre une activité économique plus ''progressiste''... la nationalisation en est une mais je dirais nationaliser sans changer la structure interne de l'entreprise est sans intérêt. Si le public se comporte comme le privé, à quoi bon? Si le public ne permet aucun contrôle et participation de la population à quoi bon? Une autre manière est de démocratiser l'entreprise. La propriété peut être publique, mais la gestion pourraient rester dans les mains des travailleurs et des communautés affectées directement par l'entreprise, ou même de toute la population pour des questions fondamentales.

2) Ce n'est pas une question d'être MEILLEUR dans la gestion... c'est une question d'OBJECTIF. Le privé n'a tout simplement pas les mêmes objectifs que le public ou que le coopératif ou que l'OBNL.

3) Nationaliser les épiceries? Pas nécessairement, mais considérons sérieusement le fait que la nourriture est un bien essentiel à la vie. La valeur d'usage de la nourriture devrait donc être diablement plus importante que sa valeur d'échange. Les épiceries pourraient être gérées par les communautés locales, qui auraient une participation démocratique dans les choix à faire, avec comme mandat non pas de faire le plus de profits, mais que tout le monde mange à sa faim et que la nourriture soit saine, locale, écolo, etc....

Patrick Bengio dit :
14 mai 2014 à 9 h 43 min

@Olivier ''Évidemment que le privé, ce n’est pas la panacée: des incompétents, il y en a partout. La différence majeure, c’est que les « pas bons » finissent par disparaître dans le privé et jamais dans le public.''

On pourrait être d'accord, mais il faut reconnaitre une chose fondamentale : Ce que vous appelez les ''pas bons'' sont sujet à des définitions différentes selon le contexte.

Les ''pas bons'' dans le privé, se sont tous simplement ceux qui ne réussissent pas à faire des profits. Une compagnie peut offrir un service exécrable, mais si pour des raisons x, y, z, elle parvient quand même à faire des profits, éliminer la concurrence, etc. elle survivra.

Tandis que les ''pas bons'' dans le public se sont ceux qui ne fournissent pas les services dont la population a besoin et qu'elle paye avec ses impots. Et c'est faux de dire qu'ils ne disparaissent pas. Le gouvernement élimine des programmes et des services et en crée de nouveaux à l'année longue.

Mais tout ceci est simplifié à l'extrême en fait la qualité d'un service dépend de beaucoup d'autres choses, facteurs sociaux, écologiques, économiques, culturels, etc. Simplement dire ''pas bons'', simplement regarder la marge de profits, cela ne nous apprend pas grand chose, en fait...

Guillaume P. dit :
14 mai 2014 à 17 h 02 min

@Francis

"Il y a une véritable explosion des prix de l’alcool en Alberta. En 20 ans de pratique privée, les Albertain.e.s ont connu une augmentation trois fois plus rapide qu’au Québec."

Il faut faire attention, il y a eut une privatisation, mais l'état à continué de taxer. Googlez ceci "aglc mark up rates". Alors, l'augmentation albertaine est aussi du à une augmentation des taxes. Il aurait fallu prendre un marché effectivement libéralisé avec un prix hors-taxe pour bien comparer.

" il y a eu un transfert du monopole public vers un monopole privé."

En effet, il ne faut pas vendre les pouvoirs monopolisitques(pouvoirs qui sont plus souvent d'ordre légal que d'ordre économique). Un monopole, c'est un monopole, qu'il soit privé ou gouvernementale. Je suis d'accord avec vous que la privatisation est vaine s'il s'agit de transférer un monopole gouvernementale au privé.

@Patrick

"Les épiceries pourraient être gérées par les communautés locales, qui auraient une participation démocratique dans les choix à faire"

Réjouissez-vous! Les choses sont déjà ainsi. Les propriétaires d'épicerie doivent compétitionner pour satisfaire les consommateurs. C'est ti pas démocratique ça?

"mais que tout le monde mange à sa faim"

Personnellement, manger à ma faim, sa signifie de manger un filet mignon à tous les soirs avec des patates grecs et un bon Bordeaux.

"que la nourriture soit saine, locale, écolo, etc"

Il fut une époque où les gens mangeaient local et écolo, c'était le moyen-âge et l'espérance de vie était de 35 ans. Aujourd'hui on mange chimique et on vit jusqu'à 80. Alors, dans votre monde idéal démocratique, que diriez-vous si les gens décidaient de manger de la bouffe chimique étrangère?

" Le gouvernement élimine des programmes et des services et en crée de nouveaux à l’année longue."

Je veux bien croire que le gouv cré des nouveaux programmes à longueur d'année, mais depuis quand en élimine-t'il?

"Une autre manière est de démocratiser l’entreprise"

Vous êtes un mini-tyran. Si vous n'aimez pas les entreprises individuelles, les SENC et les sociétés par actions, vous êtes totalement libre de ne pas travailler pour elles et de les ignorer pour le reste de vos jours.

Mais vous n'avez pas le droit de brimer la liberté des autres en "démocratisant" les entreprises. Les patrons ont investit leur propres capitaux pour lancer leur entreprise, elle leur appartient. De même pour les salariés, s'ils travaillent pour un patron, c'est qu'il considèrent que c'est leur meilleure option. Laissez les faire.

Quand je lis vos commentaires, je pense souvent à cette phrase de René Lévesque "Je me méfie des gens qui affirment aimer le peuple, mais qui détestent tout ce que le peuple aime".

Patrick Bengio dit :
15 mai 2014 à 12 h 50 min

@Guillaume

''Vous êtes un mini-tyran.''

Je défend l'idée du travail démocratique, vous défendez la liberté individuelle donnée au patron d'exploiter le travail en tant que marchandise. Puisque la réalité actuelle est plus proche de ce que vous défendez, forcément, l'idée que je défend impliquerait un changement par rapport à maintenant. Tout changement, toute militantisme, toute volonté d'améliorer la société est-elle une tyrannie? Sous prétexte qu'il y a désaccord idéologique, celui qui se situe hors du statut quo fait-il violence à celui qui est dans le statut quo? Non et non, c'est absurde. Nous avons une vision différente voir incompatible, me taxer de tyrannie pour cela est absurde considérant que vous défendez la légitimité des hiérarchies privées de l'entreprise capitaliste. Assumez au moins ce fait qui se cache toujours derrière votre utilisation du mot liberté.

''Si vous n’aimez pas les entreprises individuelles, les SENC et les sociétés par actions, vous êtes totalement libre de ne pas travailler pour elles et de les ignorer pour le reste de vos jours.''

Ceci serait vrai si les différents modèles d'entreprises étaient numériquement égaux. Mais pour la plupart des emplois, je ne peux pas faire le choix de travailler dans un environnement démocratique. Même en tant que consommateur je ne suis pas totalement libre. La plupart des produits ne sont pas disponibles en version coop!

Guillaume P. dit :
15 mai 2014 à 19 h 06 min

"Puisque la réalité actuelle est plus proche de ce que vous défendez"

Au début du 20e siècle, les dépenses gouvernementales représentaient moins de 5% du PIB. Aujourd'hui ça l'oscille autour de 45%. C'est donc 45% de l'économie qui est contrôlée "démocratiquement" et on n'a pas ajouté les coops et les OBNL(Desjardins est quand même une grosse coop).

"Tout changement, toute militantisme, toute volonté d’améliorer la société est-elle une tyrannie?"

Pas du tout, mais j'ai des doutes quand vous dites des choses genre :

" Il y a différentes manières de rendre une activité économique plus »progressiste »... la nationalisation en est une mais je dirais nationaliser sans changer la structure interne de l’entreprise est sans intérêt."

ou plus loin...

"La propriété peut être publique, mais la gestion pourraient rester dans les mains des travailleurs et des communautés affectées directement par l’entreprise"

ou encore...

"Nationaliser les épiceries? Pas nécessairement, mais considérons sérieusement le fait que la nourriture est un bien essentiel à la vie. La valeur d’usage de la nourriture devrait donc être diablement plus importante que sa valeur d’échange. Les épiceries pourraient être gérées par les communautés locales, qui auraient une participation démocratique dans les choix à faire, avec comme mandat non pas de faire le plus de profits, mais que tout le monde mange à sa faim et que la nourriture soit saine, locale, écolo, etc...."

En bon français, vous parlez d'expropriation. Vous parlez d'imposer votre vision de la gestion aux autres. Ça sonne très fasciste à mes oreilles. Ce n'est pas vos idées en soi que je n'aime pas, c'est votre tendance à vouloir les imposer.

Mais bon, si vous voulez vivre dans de telle communauté, vous pouvez toujours aller vous joindre aux communautés huttériennes. Il y en a aux USA et un peu au Canada. Les gens y vivent comme vous semblez le rêver, mais ce sont des communautés de 150 individus max, leur modèle ne s'applique pas à des sociétés de millions d'habitants qui ne se connaissent pas. Quand une de leur communauté atteint 150 individus, ils se split en deux!

" Assumez au moins ce fait qui se cache toujours derrière votre utilisation du mot liberté."

Je l'assume. Vous êtes libre de faire ce que vous voulez avec votre propriété, en autant que vous respectez le principe de non-aggression. Si vous avez une entreprise, vous êtes libre d'y déterminer l'ordre hiérarchique. Si jamais un jour vous fondez une coop avec votre vision de la gestion et que vous réussissez, je ne vais pas tenter de vous discréditer. Au contraire, je vais vous féliciter et je pourrais même vous donnez des conseils de comptabilité!

Patrick Bengio dit :
16 mai 2014 à 11 h 36 min

Le gouvernement est certes plus présent qu'il y a un siècle, mais il faut regarder ce que le gouvernement fait avec la richesse. Une grande partie est utilisée pour les programmes sociaux, mais une autre partie est utilisée en subventions et aides directes et indirectes au secteur privé. On peut être d'accord ou non avec cela mais il faut admettre que le privé est aussi fort qu'avant, simplement d'une manière différente, en se servant davantage de l'État en tant qu'outil. Je répète encore une fois que je ne considère pas la gestion gouvernementale actuelle comme étant pleinement démocratique. Elle est aussi autoritaire que celle des entreprise, simplement avec des élections aux 4 ans qui font une alternance entre deux partis plutôt cousins à quelques nuances près. Pour simplifier, je préfère aller dans la direction de la Suisse (même conservatrice) avec ses réferendums à tout bout de champ que dans la direction de l'ex-URSS avec son contrôle qui était tout sauf communautaire!!

Mais pourquoi prenez vous pour acquis qu'une vision coopérative de l'économie devrait-être imposée par la force? Je n'arrête pas de promouvoir la démocratie dans l'entreprise, il serait illogique pour moi de promouvoir autre chose qu'une manière démocratique d'y arriver. Un parti qui déciderait d'instaurer progressivement des limites à la pollution, ou d'instaurer un salaire minimum serait légitime, alors pourquoi pas une participation démocratique minimale dans l'entreprise? Il me semble qu'en Allemagne il y a une sorte de cogestion avec les travailleurs qui est tout de même un pas dans cette direction.

(Bof, Desjardins, aux dernières nouvelles, n'était pas l'exemple le plus flagrant de démocratie... on peut se revendiquer d'une chose et faire le contraire vous savez... comme la majorité des pays autoritaires actuels qui se réclament de la démocratie!)