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Commission

Boudée pour avoir dit non aux faux extras

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CAPTURE D'ÉCRAN/TVA NOUVELLES/AGENCE QMI

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Une jeune ingénieure mise à l’index pour avoir refusé de facturer de faux extras a déploré devant la commission Charbonneau n’avoir jamais été soutenue par son ordre professionnel.

Une jeune ingénieure mise à l’index pour avoir refusé de facturer de faux extras a déploré devant la commission Charbonneau n’avoir jamais été soutenue par son ordre professionnel.

«On m’a vraiment laissée à moi-même, quand tu paies un ordre, tu t’attends à un minimum d’aide», a dénoncé Karen Duhamel en pesant ses mots, hier.

En 2003, elle a rejoint les rangs de la firme de génie-conseil Génivar et travaillé en tant que surveillante de chantier sur le contrat de l’autoroute 40 du ministère des Transports. Au cours des dernières semaines, la Commission a relevé de nombreuses irrégularités entourant ce projet de 35 M$, notamment des dépassements de plus de 5 M$.

Mme Duhamel était chargée d’approuver les quantités de matériaux que l’entreprise Grand Travaux Soter – qui effectuait les travaux – facturait au MTQ. Mais elle a rapidement remarqué que les quantités étaient exagérées et ne correspondaient pas à la réalité des besoins sur le terrain.

« Motton d’argent »

«Moi je ne rentrais pas ces données, je les changeais», a-t-elle indiqué. Mais ses chiffres étaient ensuite modifiés en aval. Résultat, les contribuables ont payé le prix fort pour des matériaux fictifs.

Sur le chantier, Karen Duhamel a également vu un ingénieur de Grand Travaux Soter remettre un «motton d’argent» à son supérieur chez Génivar, Noubar Semerjian.

«Je trouve ça inconcevable qu’un ingénieur senior, supposé me montrer ce qu’est l’ingénierie, fasse ça».

Selon la témoin, «il y avait plein d’affaires qui ne fonctionnaient pas. Ce n’est pas normal de voir des hauts placés du ministère venir aussi souvent sur un chantier», a-t-elle également souligné. L’ex-fonctionnaire du MTQ, Guy Hamel – qui a admis avoir accepté des pots-de-vin d’entreprises en construction et de firmes de génie – en faisait notamment partie.

Mme Duhamel a alors averti ses patrons chez Génivar, Jocelyn Drouin et Jean-François Gauthier, en vain: «J’étais certaine que mes supérieurs étaient blancs comme neige, mais j’ai compris qu’ils étaient dans l’engrenage. Si j’avais su, j’aurais averti directement la SQ».

Elle a décidé de quitter Génivar, mais eu beaucoup de mal à trouver un nouvel emploi par la suite.

«On m’a déjà dit “Karen, je ne sais pas ce que tu as fait chez Génivar, mais c’est là que ça bloque”. J’ai passé mon temps à recommencer en bas de l’échelle».

Pas d’enquête de l’Ordre

En parallèle, elle a demandé à l’Ordre des ingénieurs d’enquêter sur ce dossier. Mais ce dernier a estimé qu’elle n’avait pas de preuves assez solides, a-t-elle indiqué, déplorant un sérieux manque de soutien de ses pairs.

Aujourd’hui, la Commission entendra Yanick Gourde, un ingénieur qui a travaillé aux côtés de Mme Duhamel sur le chantier de l’A40. Puis l’ex-ministre des Transports Julie Boulet amorcera son témoignage initialement prévu hier après-midi.

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