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Le mythe du manque de capital de risque

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À quelques exceptions près, le capital de risque demeure aussi rare au Canada que les parties de football à quatre essais, quelque chose que les entrepreneurs canadiens doivent aller chercher à Boston ou à San Francisco.

John Stackhouse, Davos diary: A new angst settles over the world's elites, The Globe & Mail, 24 janvier 2014.

Cette citation du rédacteur en chef du quotidien torontois me chatouille l'esprit depuis sa publication il y a quelques semaines. En effet, j'entends souvent cette rengaine de la part d'entrepreneurs n'arrivant pas à percer le secret des levées de fonds en capital-risque, mais je demeure surpris que ce grand mythe de l'entrepreneuriat canadien perdure, même dans l'esprit de ce grand journal national. Mettons les choses au clair. Au Québec, il ne manque pas de capital-risque pour les projets technologiques porteurs et les équipes solides.

Depuis l'arrivée de Teralys, ce fond de fond québécois, et l'annonce du gouvernement fédéral du plan d'action sur le capital de risque, les capitaux locaux ne manquent pas. On retrouve notamment (en ordre alphabétique) les firmes suivantes qui investissent activement au Québec :

Anges Québec Atlas Ventures BDC Desjardins Capital Emerillon Capital Le fonds Générateur RBC GrandBanks Capital iNovia Capital Iris Capital Klass Capital Novacap OMERS Ventures Real Ventures Rho Canada Summerhill Venture Partners White Star Capital XPND Capital

Je suis convaincu que cette liste n'est pas exhaustive. D'ailleurs, je soulignais en novembre dernier que le Québec a récolté 39 % de tous les investissements canadiens en capital-risque au cours des 9 premiers mois de 2013.

Si j'avais à définir les critères d'évaluation d'un bon projet en démarrage, ils seraient :

  1. 1) La qualité de l'équipe (connaissance du marché, expertise technologique, complémentarité, capacité d'exécution, intégrité, etc.)
  2. 2) Le progrès actuel (en anglais, " traction ") qui permet une validation plus objective du produit développé
  3. 3) Le marché (sa taille, la concurrence, etc.)
  4. 4) Les occasions de sortie d'investissement (acquéreurs potentiels, fusions, premier appel public à l'épargne, etc.)
Toutefois, comme le dit l'investisseur  Mark Suster dans ce billet de 2010, il ne faut pas négliger la preuve sociale : « La preuve sociale est extrêmement importante dans la levée de fonds en capital-risque. Chaque ange, fonds d'amorçage ou investisseur en capital de risque est influencé par celui ou celle qui vous a mis en relation avec eux, par les autres investisseurs qui discutent avec vous ou ceux qui investissent dans votre projet. »

Donc, si vous échouez dans vos tentatives de lever du capital de risque, il y a probablement un des ces critères qui vous font défaut.

5 commentaire(s)

Denis Mercier dit :
25 février 2014 à 9 h 40 min

"D’ailleurs, je soulignais en novembre dernier que le Québec a récolté 39 % de tous les investissements canadiens en capital-risque au cours des 9 premiers mois de 2013."

Oui mais est-ce que les autres provinces investissent autant dans des fonds qui doivent être considérés comme des fonds à capital de risque, s'agissant du fonds de solidarité FTQ et autres ?

En fait, il doit y avoir un danger aussi à avoir trop de capital de risque, celui de mettre de l'argent dans des projets qui perdront l'argent des investisseurs.

On a un gouvernement et une mentalité au pouvoir d'assiégés qui fait feu de tout bois pour prouver que les Québécois sont meilleurs en tout, aux Olympiques comme ailleurs.

Ce n'est pas la mentalité qu'il faut avoir pour investir. La qualité qu'il faut avoir comme investisseur c'est d'être objectif et de ne pas se laisser piéger par des émotions justement.

Ce n'est pas parce qu'une compagnie vous a procuré du plaisir dans le passé en vous faisant faire de l'argent que l'avenir sera semblable au passé. Tout est question d'analyse.

Mettre le nationalisme dans les fonds et les subventionner est un moyen parmi d'autre de ne pas être un bon investisseur à mon avis.

Bref ! si ça ne dépendrait que de moi, j'arrêterais les subventions au fonds de la FTQ et je les laisserais se débrouiller à établir leur preuve sociale, tout en laissant les investisseur libres de sortir leur fonds de là et des diriger vers l'un des fonds dont vous mettez la liste. Ce serait sûrement plus équitable pour tout le monde en plus.

J'adore votre air de peek-a-boo en passant, je ne sais pas dans lequel de ces fonds vous travaillez, Iris probablment, mais ces gens devraient penser à mettre votre photo d'ici sur leur pub ! Ça fait très fond d'investissement jeune et pro-actif !

Gabriel dit :
25 février 2014 à 9 h 47 min

Ce billet est complètement absurde. Une recherche rapide sur Crunchbase pour des institutions financières qui œuvrent dans le capital de risque, donne les résultats suivants:

Dans un rayon de 160 km autour de San Francisco, on retrouve plus de 570 de ces institutions tandis que dans un rayon de 160 km autour de Montréal, on en retrouve environs 40. C'est plus de 14 fois plus.

Il n'y a jamais eu de grande culture de capital de risque au Québec. C'est peut-être en train de changer mais le capital de risque reste tout de même inaccessible pour les jeunes entrepreneurs n'ayant pas de contact privilégié dans les grandes institutions Québécoises.

Carl dit :
25 février 2014 à 16 h 01 min

@gabriel le deal flow à Montreal est probablement environ 1000 fois moins grand qu'à San Francisco, donc ta logique ne tiens pas la route.

Il y a amplement d'argent à Montréal. Comme Sébastien dit, si quelqu'un ne peut pas lever du capital de risque en ville, c'est que leur entreprise n'est pas assez solide.

Gabriel dit :
26 février 2014 à 10 h 46 min

@carl Le deal flow est proportionel à l'argent disponible, s'il y avait autant d'argent à Montreal, il y aurait un nombre équivalent d'investissements. Si les entrepreneurs vont aux É-U c'est parce qu'ils réussissent à y lever du capital alors qu'ils échouent au Québec. À mon avis, le problème est dans le volume. Moins d'argent, plus de concurrence, moins de place pour les investissements plus risquées.

Bruno Goulet dit :
1 novembre 2014 à 7 h 00 min

Gabriel, je suis d'accord avec toi.

Je rajouterais qu'en plus, la majorité de ces fonds sont en fin de vie, c'est à dire que leur capital est déjà passablement investi, et qu'ils ne font pas ou très peu de nouveaux investissements hors de leur portfolio actuel.

D'autre part, la très vaste majorité de ces fonds (voir tous sauf Real Ventures) ne font aucun placements dans les entreprises en phase de démarrage (seed). Tous les investisseurs se sont déplacés vers les phases série A et B. Ils demandent tous des revenus importants et une preuve de commercialisation irréfutable. Donc pas de financement pour les startups...

Ensuite, si l'auteur avait lui même expérimenté une levée de fonds à Montréal, il aurait noté la difficulté que cela représente dû au petit nombre d'investisseurs disponibles, à la colussion entre les investisseurs et aux valorisations beaucoup plus conservatrice qu'aux États-Unis (encore là il faut réussir à avoir une offre).

Un de mes amis qui a fait passer son entreprise de 6 à 50 employées en moins de un an me racontait récemment à quel point les choses sont différentes à New York, qui se trouve à seulement 5 heures de routes d'ici. Là-bas, les investisseurs se battent pour les meilleurs startups.

Pour ma part je suis connecté sur se qui se passe à Silicon Valley depuis 10 ans et en comparaison, la dynamique du marché de Montréal en est toujours à une phase exploratoire et trop prudente. Il reste beaucoup de travail à faire pour assurer que Montréal devienne une mégapole technologique digne de se nom. Mais nous sommes sur la bonne voie.

Il faut comprendre que les fonds de capital de risque investissent dans 1-2 entreprises sur 1000. Comment pouvons-nous supporter le top 10% les 998 entreprises qui ne trouvent pas le capital qu'ils ont besoin? Ça c'est une question qui est potentiellement payante pour notre économie.