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La cour d’école des grands

Je dis qu’on 
devrait savoir rire 
d’autre chose que 
de l’apparence des 
gens, ça ne signifie 
pas qu’on ne peut 
rire de rien
illustration christine lemus Je dis qu’on devrait savoir rire d’autre chose que de l’apparence des gens, ça ne signifie pas qu’on ne peut rire de rien

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En vieillissant, s’il nous est donné de constater une chose à propos des adultes, c’est qu’ils ont profité de notre enfance pour nous mentir éhontément. Depuis la dernière élection au Québec, j’en ai encore une preuve: on m’avait juré que les jokes sur les gros, c’était une affaire d’enfants méchants dans les cours d’école.

En vieillissant, s’il nous est donné de constater une chose à propos des adultes, c’est qu’ils ont profité de notre enfance pour nous mentir éhontément. Depuis la dernière élection au Québec, j’en ai encore une preuve: on m’avait juré que les jokes sur les gros, c’était une affaire d’enfants méchants dans les cours d’école.

Faux! Parce que si j’ai compris quelque chose depuis le 7 avril dernier, c’est qu’on est parti pour quatre ans de blagues sur les gros. Même à la très fréquentable radio de Radio-Canada, l’émission À la semaine prochaine essaie de faire oublier qu’ils ne savent pas imiter Gaétan Barette en le personnifiant grâce à des bruits qui évoquent vaguement le déplacement d’un pachyderme.

Je n’ose même pas imaginer ce que nous réservent les émissions de fin d’année...

Quatre ans de gags éculés

Quatre ans à endurer ça? Je cache mal mon enthousiasme... On nous dira qu’il y a plein de raisons de critiquer Gaétan Barette. Eh bien justement, on se demande pourquoi son poids est un caractère incontournable de tout humour à son propos. Impossible de faire une blague de vire-capot sans souligner que c’est un vire-capot obèse?

Ça me rappelle que dans la mi-vingtaine, j’avais été tentée par un emploi qui consistait à aller prôner les saines habitudes de vie auprès des adolescents. Et puis j’ai hésité: voudrait-on de moi et de mon surplus de poids? Tout mon entourage avait poussé les hauts cris: jamais on ne discriminerait quelqu’un ainsi! Mais comment pouvez-vous me jurer que les ados ne se seraient pas payé la gueule de la toutoune qui vient leur faire la leçon? Après tout, plusieurs de mes amis Facebook ont signé la pétition qui voulait un ministre de la santé en santé...

Les gags qu’on entend sur les gros depuis que Gaétan Barette est en politique nous permettent aussi de nous interroger sur la capacité de l’humour à se réinventer. Le gag du gros qui fait trembler le sol en marchant, ce n’est pas vraiment neuf... Ces gens n’ont jamais pris un autobus scolaire? Ils n’ont vraiment aucune idée que tous les gros ont entendu ces blagues mille fois...

Deux poids, deux mesures

Et au prochain cas d’enfant malheureux, tout le monde va se draper dans ses beaux discours paniqués sur la méchanceté des jeunes... Et nous ferons semblant de ne pas savoir que les mauvaises blagues ont aussi la vie longue parce que l’humour médiatisé les fait rouler.

C’est vrai que je dois être naïve. J’ai vraiment pensé qu’avec la maturité, on apprend à laisser les gens tranquilles avec leur apparence physique. Pire encore, je pensais qu’en 2014, on avait compris qu’il y a là quelque chose qui est à la fois intime et fragile et qui concerne pas mal tout le monde. Que nos connaissances des troubles alimentaires et autres formes d’anxiété face à l’apparence nous permettent de savoir que c’est peut-être l’enveloppe, mais que cette enveloppe-là n’est pas insignifiante.

C’est le moment où on me dira que je rêve d’une société aseptisée où on ne peut plus rire de rien.

Je dis qu’on devrait savoir rire d’autre chose que de l’apparence des gens, ça ne signifie pas qu’on ne peut rire de rien.

À moins qu’aux yeux de plusieurs, pas mal tout se résume à l’apparence. Ça expliquerait bien des choses...

 
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