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Salaires de la fonction publique: trucage statistique des syndicats...

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En vue des négociations qui approchent et de l'attitude du gouvernement libéral, les centrales syndicales ont décidé de sortir les grosses statistiques: leurs salaires seraient 8.3% plus bas que les équivalents du secteur privé. En vertu de ces statistiques, les centrales syndicales ne demandent rien de moins qu'un rattrapage salarial. Je viens de vous résumer le plus trucage des statistiques de l'an 2014.

Pourquoi?

Premièrement parce que la proportion de 8.3% (conçue par l'Institut de la Statistique du Québec) ne compare qu'avec les entreprises de plus de 200 employés du secteur privé. Elle n'inclut pas toutes les autres entreprises. Face à l'ensemble du secteur privé, les salaires des travailleurs du secteur public sont en fait 30% plus élevés.  En sélectionnant cette base de comparaison, les centrales syndicales sélectionnent le résultat qu'elles veulent. Les entreprises de plus grande taille ont généralement un niveau de productivité supérieur aux autres entreprises. Par conséquent, elles offrent des salaires plus élevés. Mais est-ce que la productivité de la fonction publique se compare avec celle des entreprises privées? Si elles veulent utiliser cette statistique, les centrales syndicales devraient nous expliquer pourquoi c'est le cas.

Deuxièmement, les centrales syndicales doivent aussi nous expliquer pourquoi elles choississent la rémunération annuelle au lieu de la rémunération horaire? Selon les données de Statistiques Canada, les travailleurs des administrations publiques travaillent moins d'heures par année que l'ensemble des travailleurs. Si je travaillais 5% moins d'heures que Ianik et que je gagnais 5% de moins par année que lui, est-ce que j'aurai de me plaindre d'un écart salarial?  Les syndicats doivent donc vous expliquer pourquoi, en sélectionnant leurs statistiques, ils omettent de mentionner que la rémunération totale moyenne du secteur public est de 41.85$ par heure travaillée contre 29.70$ pour l'ensemble de l'économie.

Troisièmement, les centrales syndicales doivent aussi expliquer pourquoi (selon eux) la sécurité d'emploi (ne pas pouvoir être licencié sauf en cas de force majeur) n'a aucune valeur monétaire. Après tout, avoir la garantie de ne jamais être licencié doit avoir une valeur monétaire aux yeux d'une personne? Aux États-Unis, la valeur de la sécurité d'emploi représente entre 1.3% et 6.4% de la rémunération horaire. En Australie, on parle d'entre 7% et 21% de la rémunération horaire.  En Allemagne, on parle de 12% de la rémunération horaire. Même si on accepte la plus basse estimation, celle pour les États-Unis, il faut considérer qu'il y a une prime salarial qui se situe au moins à 1.3% du salaire horaire.

Quatrièmement, comparons des pommes avec des pommes! Imaginons que quelqu'un m'ait cloné et que cette personne a la même éducation que moi, le même âge que moi, la même expérience que moi, le même nombre d'enfants que moi et le même statut marital que moi. La seule différence entre mon clone et moi, c'est que lui travaille dans la fonction publique. Combien fait t'il de plus que moi? Logiquement, il devrait gagner autant puisqu'il est tout aussi productif que moi. Erreur! Il y a une prime salariale d'environ 12% par heure travaillée au Canada pour un travailleur du secteur public relativement à son équivalent du secteur privé. Une étude qui s'est concentrée sur le cas du Québec démontre que cet écart, en 2003, était de 8.6% pour l'ensemble des travailleurs du secteur public et de 12% si on exclut les travailleurs du domaine de la santé.  En somme, mon clone gagnerait entre 8.6% et 12% de plus que moi indépendemment de ses qualifications simplement parce qu'il travaille dans le secteur public.

Les centrales syndicales veulent avancer des statistiques? Pas de problème avec ca, tant qu'ils nous fournissent l'ensemble de la justification derrière leurs raisonnements et qu'ils démontrent que mes commentaires sont faux. Je serai heureux de voir les centrales syndicales produire leur propres régressions (l'outil statistique nécessaire pour faire les estimations au point 4 de ce billet) pour contredire les estimations que j'utilise.  Les centrales syndicales peuvent aisément répliquer les résultats de ces études. Les données sont aisément disponibles! Il suffit de demander à Statistiques Canada de vous envoyer le cédérom (gratuit) contenant toutes les éditions du Labour Force Survey qui contient les observations individuelles de plusieurs dizaines de milliers de travailleurs. Ensuite, on lance les tests statistiques et voilà! 

Si ils veulent réclamer l'équivalent de $375 millions pour chaque hausse de 1% de leurs salaires, il va falloir qu'ils nous expliquent vraiment (et de manière convaincante) qu'il y a vraiment un écart et pas juste un artifice statistique trompeur...