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Haïti en solo?

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PORT-AU-PRINCE | Partir seule en Haïti peut sembler douteux pour plusieurs. Pour d’autres, c’est une occasion en or de découvrir les vraies couleurs d’un pays ignoré depuis trop longtemps.

PORT-AU-PRINCE | Partir seule en Haïti peut sembler douteux pour plusieurs. Pour d’autres, c’est une occasion en or de découvrir les vraies couleurs d’un pays ignoré depuis trop longtemps.

Au départ, Haïti n’est pas une destination générique où la navette du complexe hôtelier vous largue sur une plage bondée de touristes pour la semaine. Ici, c’est authentique avec tout juste assez de chaos pour toucher les aventuriers, droit au cœur.

L’idéal pour un séjour d’une semaine est de voyager avec Air Transat, puisqu’ils offrent un vol direct vers Port-au-Prince tous les mercredis. Voici ma proposition d’itinéraire.

Mercredi

À la sortie de l’aéroport, on pourrait s’attendre à une horde de chauffeurs de taxi et de voyagistes. Je me souviens du désordre de Bangkok, par exemple. Ici, à peine une dizaine de chauffeurs attendent les passagers. Un seul m’offre ses services poliment, sans pression.

Je me rends avec lui à l’hôtel Prince (difficile de négocier en deçà de 50 $), situé à Pacot, un quartier résidentiel où on peut se balader à pied sans souci. Pour explorer le reste de la ville, je demande au gérant de l’hôtel de me trouver un taxi-moto, plus abordable que le taxi. L’hospitalité haïtienne m’épate déjà, même si je ne m’attendais à rien de moins.

►Jeudi

Curieuse d’en savoir plus à propos du mouvement Saint-Soleil, une école communautaire d’art créé en 1973 par Jean-Claude Garoute alias Tiga, je me rends à la galerie El-Saieh. Fondée dans les années 50 par Issa El-Saieh, musicien de renom d’origine palestinienne, elle appartient maintenant à son fils et sa femme d’origine israélienne. Ils possèdent une collection d’art haïtien impressionnante, allant de l’art naïf aux sculptures vaudou. Le seul bémol, il faut payer comptant.

Pour l’apéro et casser la croûte, je vais au Vert-Galant, à 10 minutes à pied de l’hôtel, où l’architecture de style maison pain d’épice et la magnifique déco rendent l’endroit absolument charmant. Je me rends ensuite à l’Hôtel Oloffson pour le concert de RAM qui y joue tous les jeudis soirs depuis plus de 20 ans. C’est plus qu’un incontournable. C’est un arrêt obligé. D’où l’intérêt d’arriver à Port-au-Prince un mercredi.

►Vendredi

Direction: Jacmel. À environ 80 km au sud-ouest de Port-au-Prince, il est possible de s’y rendre en minibus ou avec un voyagiste. Et le meilleur temps de l’année pour y aller est certainement pendant le Carnaval, qui a lieu une semaine avant le carnaval national qui lui, change de ville tous les ans.

Pour lancer les festivités cette année (février 2014), un concert en plein air a mis en vedette une dizaine de groupes haïtiens avec nul autre qu’Arcade Fire en tête d’affiche. J’attends jusqu’à 1 h 30 du matin pour voir la formation montréalaise jouer devant une immense foule sur la place Toussaint Louverture. Une soirée à tout le moins mémorable.

►Samedi

Tant qu’à être dans le coin, aussi bien en profiter pour aller jeter un coup d’œil au fameux «bassin bleu». Faute d’avoir fait affaire avec un voyagiste, je m’y rends en taxi-moto. L’aller-retour coûte 250 gourdes (environ 6 $), mais il faut être prêt à passer à travers ce qui semble être un dépotoir et se mouiller les pieds dans des flaques d’eau malpropre. Par chance le bassin bleu, lui, est limpide et sa cascade vaut nettement le détour.

Dimanche

Dès la matinée, la ville de Jacmel s’anime. Le défilé du carnaval débute vers midi et dure facilement jusqu’à minuit. Les gens ornés de majestueux masques en papier mâché lancent le bal. Viennent ensuite les groupes de rara, musique traditionnelle inspirée du vaudou, qui augmente l’ambiance d’un cran. Après le défilé de chars, plus ou moins décorés et diffusant la musique pop spécialement conçue pour l’événement, il faut bien sortir de là. La foule est dense et parfois aussi agitée que dans un concert de heavy métal. C’est pourquoi les ruelles sont d’excellentes portes de sortie. Un petit conseil: portez des souliers fermés et n’ayez absolument rien dans vos poches. Jacmel prend des airs de Barcelone le jour du carnaval, bien connue pour ses voleurs à la tire.

►Lundi

Pour me remettre de ce week-end carnavalesque, je file à l’Île-à-Vache. Située encore plus à l’ouest que Jacmel, l’île fait à peine 15 km de large et aucune voiture n’y circule. La sainte paix. Cela dit, c’est sur le point de changer, puisqu’un énorme projet de développement est en cours pour en faire une destination touristique de luxe et de masse.

Il n’y a pas encore d’autobus qui relie Jacmel aux Cayes, là où prendre le bateau pour aller à l’Île-à-Vache. En taxi, c’est 150 gourdes ou 3,50 $ pour se rendre à la jonction de la route reliant Port-au-Prince aux Cayes. De là, l’autobus faisant la route entre Port-au-Prince et les Cayes me prend en chemin. À noter que j’ai acheté mon billet d’autobus d’avance à Port-au-Prince. Ça peut sembler compliqué, mais ça se fait plutôt bien.

En arrivant dans la baie de l’hôtel Port Morgan, j’aperçois le bâtiment principal, toujours de style maison pain d’épice, et la vingtaine de chambres en forme de maisonnette sur le haut de la colline. C’est mignon comme tout. Le propriétaire Didier Boulard, un Français, s’est établi ici par hasard, il y a 26 ans. Lors d’un voyage en voilier, il y a fait escale pendant une tempête et est tombé aussitôt sous le charme de l’île et de ses habitants.

Mardi

Je profite de la journée pour me dégourdir et j’emprunte un vélo à l’hôtel pour aller à Madame Bernard, la «ville» de l’île. Sur la route qui sera bientôt pavée et sur laquelle circuleront des voitures, tout le monde me salue timidement. «Bonsoir», me disent-ils. C’est vrai qu’il est déjà passé midi! Une fois sur place, je visite l’orphelinat Saint-François, où Sœur Flora, d’origine canadienne, travaille depuis 33 ans.

Sur le chemin du retour, c’est si paisible. Je comprends Monsieur Boulard et Sœur Flora d’être restés. Je leur souhaite, de même qu’à tous les habitants, que ce havre de paix ne soit pas complètement dévasté quand le raz-de-marée de touristes débarquera sur l’île.

Mercredi

Afin de revenir à temps à Port-au-Prince pour prendre mon vol, je dois partir très tôt de l’Île-à-Vache pour prendre l’autobus à 7 h aux Cayes. Ce qui me laissera assez de temps pour faire quelques emplettes et savourer une dernière fois quelques délices haïtiens: bananes pesées, griot (porc frit), pikliz (salade de choux mariné et épicé)…

En regardant par le hublot au décollage, j’ai le cœur rempli de chaleur et la tête, pleine de souvenirs, parmi les plus beaux de toutes mes pérégrinations. Comme quoi, j’avais raison de ne pas douter une miette d’y venir en solo.

 

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