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Débats

Végétarien vs Carnivore

Un bras de fer corsé entre un «viandeux» et un «bio» sur notre mode alimentaire

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«Voulez-vous bien me dire où vous m’avez amené?» a lancé Marc Renaud, en jetant des regards méfiants autour de lui. Attablé au restaurant végétalien Crudessence, ce grand chasseur et pêcheur devant l’Éternel était prêt à en découdre avec les «ruminants» pour défendre les vertus de sa passion: la viande. Bien saignante, de préférence.

«Voulez-vous bien me dire où vous m’avez amené?» a lancé Marc Renaud, en jetant des regards méfiants autour de lui. Attablé au restaurant végétalien Crudessence, ce grand chasseur et pêcheur devant l’Éternel était prêt à en découdre avec les «ruminants» pour défendre les vertus de sa passion: la viande. Bien saignante, de préférence.

À peine était-il arrivé au restaurant qu’il lançait fièrement à David Côté, végétarien et propriétaire de Crudessence, cet avertissement: «La salade, c’est joli. Ça attire l’œil. Pour moi, c’est bon comme accompagnement pour de la viande ou pour les ruminants. Point final!»

Et David Côté de répliquer en riant: «Ben voyons donc! Tu me niaises?»

Au cours de leur rencontre, nos deux débatteurs n’ont cessé de s’asticoter et de défendre leurs points de vue respectifs. En ces temps où l’on ne jure que par les produits biologiques et où la santé passe par une saine alimentation, la consommation de viande est de plus en plus remise en question.

Entre le «viandeux» et le «bio», la discussion a été plus que corsée.

David, pourquoi êtes-vous contre la consommation de viande?

David Côté: Je ne pense pas que la viande soit nécessaire à l’homme. On me répète souvent que l’être humain en a toujours consommé. Oui, d’accord, mais pendant longtemps, c’était une question de survie. Aujourd’hui, en 2013, avec toutes les possibilités alimentaires que nous avons à notre portée, la viande est une béquille plus qu’autre chose.

Marc Renaud: J’ai de la misère à croire ça. On est né pour manger de la viande!

David Côté: Ben non! Regarde tout ce qui passe dans les hôpitaux. Nous sommes malades plus que jamais. De nombreuses études ont prouvé que la consommation de viande rouge a beaucoup d’impacts négatifs sur la condition physique. Il y a même des instituts, aux États-Unis, qui ont réussi à guérir des diabétiques et des malades en phase terminale en leur supprimant la viande.

Marc Renaud: Il faudrait que tu racontes ça à mon cousin végétarien qui a perdu sa conjointe, aussi végétarienne. Ça ne fonctionne pas, ton raisonnement.

David Côté: Pourtant, même notre système digestif le prouve. Notre côlon fait environ 10 m de long, alors que celui d’un carnivore, comme un félin, fait à peine 1,5 m. Même nos sucs gastri­ques sont différents. Et je te ferais remarquer qu’un lion vit 15 ans alors qu’un herbivore, comme le gorille, peut vivre jusqu’à 75 ans.

Marc Renaud: Mais moi, je mange de la viande. Et sais-tu qu’il y a de bonnes chances pour que je vive aussi jusqu’à 75 ans? À t’écouter, on dirait que tout passe par l’alimentation. Alors pourquoi on ne bannit tout simplement pas la viande? On pourrait fermer les hôpitaux! (Rires)

On parle de plus en plus des conséquences environnementales de la production massive de viande. Qu’en pensez-vous?

David Côté: C’est énorme. On gaspille nos ressources pour augmenter sans cesse le bétail. En ce moment, plus de 85 % des terres agricoles sont utilisées pour faire pousser des grains destinés aux animaux et non aux humains.

Marc Renaud: Ça, ce sont les statistiques que tu as. Mais on regarde bien ce qu’on a envie de regarder. C’est comme la comptabilité. On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres.

David Côté: Oui, mais en as-tu, toi, des statistiques qui démontrent que c’est bon pour l’environnement de faire grandir du bétail? Je te souhaite bonne chance.

Marc Renaud: Avec les technologies modernes, on peut améliorer la façon de produire la viande et ainsi diminuer les impacts sur l’environnement.

David Côté: Si on arrêtait tout cela, si on devenait tous végétariens, on pourrait nourrir des millions de personnes de plus sur la planète. Présen­tement, la majorité de nos ressources sont consacrées à la production de viande rouge.

En toute honnêteté, que pensez-vous respectivement des végétariens et des consommateurs de viande?

Marc Renaud: Les végétariens et les végétaliens manquent quelque chose, selon moi. Ils se cherchent et ne veulent pas admettre qu’ils pourraient manger de la viande comme tout le monde. Pour moi, il y a aussi l’image de l’environnementaliste pur et dur qui se fait accroire qu’il est plus sain que les autres.

David Côté: Pour moi, les carnivores sont simplement un peu plus ignorants de certaines réalités. Quoique, au fond, ils le savent bien que la viande leur fait prendre du poids, qu’ils sont de moins en moins en forme le matin, etc. Il y a aussi le cliché du chasseur qui tripe sur les déjeuners œufs-bacon, sur la bière et les fusils. (Rires).

Marc Renaud: Je ne suis pas d’accord avec toi quand tu affirmes qu’on est plus ignorants. Les gens de ton genre sont toujours forts sur la biologie et les statistiques. C’est sûr que les gros déjeuners de type «trucker», ce n’est pas gagnant. Mais moi j’ai 46 ans, je mange de la viande, et, comme le reste de ma famille, je suis en santé.

Croyez-vous que le végétarisme est devenu une sorte de «mode» à l’heure actuelle ou c’est plutôt une tendance qui est là pour rester?

David Côté: Une mode, ça part. Ici, on parle d’une tendance qui est là pour longtemps puisque ça répond à une problématique.

Marc Renaud: Je crois que c’est une mode pour certains individus, alors que c’est une façon de vivre pour d’autres. C’est sûr qu’ajouter un «ien» à la fin d’un mot, ça attire des adeptes! Par contre, la chasse et la pêche gagnent aussi en popularité. On a réussi à démontrer à la population que ça aussi c’est «bio». Je crois qu’on va réussir à trouver un juste milieu, un jour, entre les deux tendances.

Silence.

Marc Renaud: Toi, David, accepterais-tu de goûter de la viande que j’aurais moi-même chassée?

David Côté: Certainement. Il m’arrive, très rarement, d’en manger.

Marc Renaud: Deal?

David Côté: Deal!

Marc Renaud: Pis, je te promets qu’il y aura de la salade. (Rires)

 

David Côté
Âge: 30 ans
Lieu de résidence: Montréal
État civil: en couple
Emploi: il est le cofondateur et président de Crudessence, un restaurant biologique et végétalien
À savoir: David se considère comme un «omnivore à tendance herbivore». Il dit «tricher» sur environ 10 % de son alimentation.
Le végétarisme pour lui, c’est: «une solution pour l’environnement, pour une meilleure conscience globale»
La viande pour lui, c’est: «une cause d’engorgement de nos hôpitaux qui représente bien l’ignorance humaine»
Ce qu’il mange dans une journée
Déjeuner

Smoothie aux fruits et jus d’herbes de blé

Dîner

Un rouleau au quinoa avec une grosse salade

Souper

Du quinoa, des légumes à la vapeur, des fèves germées

Marc Renaud
Âge: 46 ans
Lieu de résidence: Saint-Eustache
État civil: marié et père de deux enfants
Emploi: directeur des travaux publics pour une municipalité de la Rive-Nord de Montréal
À savoir: il préside la section «Laurentides» de l’Association québécoise des chasseurs et pêcheurs.
Le végétarisme pour lui, c’est: «se priver de quelque chose et refuser d’admettre ce que l’on est: des humains qui ont besoin de manger de la viande.»
La viande pour lui, c’est: «le plaisir et la santé. Si la chasse est une maladie, je ne veux pas qu’on m’en guérisse!»
Ce qu’il mange dans une journée
Déjeuner

Rôtie au fromage et café

Dîner

Un potage et un sandwich sur pain baguette

Souper

Une viande (porc, poulet, bœuf) accompagnée de légumes

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