/opinion/columnists
Navigation

C’est quoi, une église ?

On veut fabriquer des jeunes sans passé

Coup d'oeil sur cet article

À l’enfant qui naîtra demain et qui demandera «Papa, maman, c’est quoi, une église?», on pourra répondre: «C’était un gros bâtiment communautaire qui est devenu un immeuble à condos, un spa de luxe ou un gym.»

À l’enfant qui naîtra demain et qui demandera «Papa, maman, c’est quoi, une église?», on pourra répondre: «C’était un gros bâtiment communautaire qui est devenu un immeuble à condos, un spa de luxe ou un gym.»

«Papa, maman, qu’est-ce qu’une religieuse?» «C’était une enseignante, une infirmière ou une travailleuse sociale qui n’avait pas le droit de se marier ou de faire la grève et qui n’était ni payée ni syndiquée.»

«Papa, maman, qu’est-ce qu’un clocher?» «Montréal était surnommée la ville aux cent clochers, ce qui n’a plus de sens pour toi, bien sûr. Les clochers ou «campaniles» servaient jadis à faire le guet aux alentours et, en cas d’attaque barbare ou en cas d’incendie, on sonnait les cloches pour rameuter les paroissiens afin qu’ils s’organisent pour faire face au danger. Mais en temps ordinaires, les cloches servaient surtout à marquer les heures, avant l’invention des horloges, à sonner le début et la fin du travail, à appeler les fidèles à la prière.»

«Papa, maman, qu’est-ce que la prière?» «C’est comme quand tu veux très fort que le Canadien de Montréal gagne les séries et que tu fais des vœux en ce sens… mais le résultat n’est pas garanti. C’est difficile à prévoir, le hockey, même pour Dieu.»

Se vendre pour une piastre

Trêve de plaisanteries. Un peuple dont les institutions patrimoniales disparaissent en se vendant pour la somme d’un dollar ou en se faisant carrément démolir est lui même en train de se vendre pour un dollar ou de se démolir.

À Verdun, j’ai été autant touché que mon confrère Richard Martineau devant l’effacement de cette belle église Notre-Dame-de-la-Paix. Imaginez-vous donc que, dans la nuit de dimanche à lundi, des «barbares» ont grimpé là-haut, à plus de cent pieds, pour aller voler une cloche qui pèse environ 1000 livres. Ils l’ont flanquée en bas, mise dans un camion et envoyée à la fonderie. On attendait que les barbares viennent de l’extérieur (barbare veut dire étranger en langue grecque), mais ils ont surgi de l’intérieur.

Juste à côté de cette église, l’école Notre-Dame-de-la-Paix a, elle aussi, disparue pour devenir un immeuble à condos plus ou moins bien entretenu. J’entends encore dans la cour de cette école les cris des enfants qui abondaient et qui nous rappelaient que la loi du nombre jouait en faveur des tricotés serrés.

L’hécatombe patrimoniale

Au Québec, on ne compte plus les bâtiments religieux tombés sous les pics des démolisseurs. À Outremont, l’ancien couvent des Sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie deviendra – quoi? – un gym «Hyperfitness 24h» ou un autre immeuble à condos? Quel sigle commercial remplacera la croix?

Ce qui a toujours fait le génie du judéo-christianisme, la capacité de se situer dans l’espace et le temps, la connaissance de ses ancêtres et de sa propre mortalité, l’importance de la communauté et du prochain, est en voie de perdition. On veut fabriquer des jeunes sans passé. Des «pitoneux» compulsifs. Des «immémorants». Les partisans de la Révolution tranquille fossoyeuse du passé canadien-français auront finalement ce qu’ils méritent: sombrer dans un irrémédiable oubli.

 

Commentaires