/opinion/columnists
Navigation
Jeux de pouvoir

Le problème, c’est l’État

ARG-ASSEMBLÉE COUCHE-TARD
MICHEL DESBIENS/AGENCE QMI

Coup d'oeil sur cet article

Comme Maxime Bernier il y a quelques jours, Alain Bouchard, le grand patron des dépanneurs Couche-Tard, a provoqué un tollé en déplorant la dépendance financière du Québec envers le Canada.

Comme Maxime Bernier il y a quelques jours, Alain Bouchard, le grand patron des dépanneurs Couche-Tard, a provoqué un tollé en déplorant la dépendance financière du Québec envers le Canada.

Ses mots étaient peut-être mal choisis, mais a-t-il vraiment tort sur le fond des choses? Peut-être que le Québec n’est pas encore tout à fait un assisté social vivotant grâce aux milliards que lui verse Ottawa, mais une chose est désormais certaine: sans les transferts fédéraux, le fameux modèle québécois ne tiendrait pas le coup.

Augmenter les impôts ou taxer les banques et les entreprises ne suffirait pas, quoi qu’en disent les tonitruants syndicaux. Françoise David et Amir Khadir soufflent eux aussi dans la baloune de la compassion, mais les gardiens du temple télévisuel se gardent bien de les mettre au défi publiquement; le tableau noir mis devant Mario Dumont n’a jamais été réutilisé...

Mais peu importe les esquives et les assassinats politiques. Les chiffres précisant nos relations financières avec le gouvernement fédéral montrent que le Québec est dans une situation périlleuse. Les chiffres qui suivent émanent de l’Institut de la statistique du Québec, de Statistique Canada et des ministères des Finances du Québec et du Canada.

Beaucoup d’argent

On constate qu’Ottawa collecte au Québec environ 45 milliards et qu’il y dépense plus de 60! Au net, la Belle Province coûte au moins 15 milliards par année à Ottawa! Difficile de soutenir que le Québec est floué par le Canada, peu importe ses largesses ailleurs au pays…

Le gouvernement fédéral retourne directement aux Québécois plus de vingt milliards chaque année. Il refile aussi trois milliards aux municipalités, aux entreprises et aux organismes sans but lucratif.

Ajoutez à l’addition 19,8 milliards (santé, éducation, péréquation) qui seront versés au gouvernement québécois en 2014-2015.

Nos élites présentent la plupart du temps les choses sous un angle défavorable au Québec. C’est parce que l’autocritique est impossible, le débat public est, la plupart du temps, animé par les responsables de l’enlisement collectif.

Il faut dire aussi que, traditionnellement, il a toujours été plus facile de blâmer Ottawa pour nos problèmes. Depuis des années, des gens comme Bernard Landry nous évitent la contrition en soutenant que la moitié de la péréquation sort de nos poches! Le Québec ne paie pourtant pas la moitié des impôts collectés au Canada. Dans un tel cas, il ne recevrait pas un sou de péréquation.

Mais regardons les chiffres encore une fois: le gouvernement québécois est beaucoup plus vorace que celui du Canada; il a collecté 93,5 milliards en taxes, impôts, tarifs, frais et autres ponctions fiscales en 2012.

Redistribution

Environ 15 % seulement est redistribué aux Québécois les moins fortunés. C’est l’argument central des défenseurs du partage de la richesse. C’est le cliché préféré de Manon Massé. Pourtant, les syndicats du secteur public sont les principaux bénéficiaires du «partage» des taxes et des impôts…

L’État conserve en effet pour lui-même et ses employés, la moitié de ce qu’il collecte. Il rend aux particuliers seulement 14 milliards, mais en garde trois fois plus pour lui-même. Un des problèmes du Québec, c’est le coût exorbitant des administrations municipales; les salaires, on le sait, y sont exagérément élevés. Ce qui force le gouvernement provincial à «transférer» aux administrations locales presque 12 milliards chaque année. En plus des taxes foncières, ne vous trompez pas!

Autre détail embarrassant pour les progressistes professionnels: les intérêts sur la dette augmentent de plus en plus vite et atteignent 13 milliards; c'est dix fois le budget du ministère de la Sécurité publique.

Ça fait beaucoup de chiffres, je sais et m’en excuse. Mais il faut les connaître. Pour comprendre et conclure que nous serons bientôt à la merci d’Ottawa. Si ce n’est déjà le cas!

L’avenir

Nous ne pourrons éviter encore longtemps une véritable remise en question, volontaire ou forcée, du modèle syndical qui consiste à multiplier les programmes pour créer le maximum de postes dans une bureaucratie déjà sclérosée par le laxisme et l’inefficacité. L’État ne peut plus se développer en marge de la réalité économique collective.

Des lendemains qui déchantent attendent déjà la jeunesse d’aujourd’hui. Son avenir est plombé parce que l’État dont elle héritera est issu d’une révolution qui n’a pas été payée...

 

Commentaires
Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.