/investigations/techno
Navigation
Enquête | Informatique

Les ex-dirigeants du ministère rapatriés comme consultants privés

Malgré les échecs informatiques, le ministère reste fidèle à ses anciens dirigeants

Guy Laliberté (à gauche) et John Gauvreau (à droite)
Photo courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

Même s’il dénonce avec vigueur la pratique, le ministère de la Santé embauche ses anciens dirigeants comme consultants privés.

Même s’il dénonce avec vigueur la pratique, le ministère de la Santé embauche ses anciens dirigeants comme consultants privés.

Le problème est connu en informatique: des employés quittent la fonction publique pour rejoindre le privé et se faire embaucher comme consultant par le gouvernement afin d’effectuer des tâches souvent similaires à un meilleur salaire.

Le phénomène est encore plus redouté par l’État quand ceux-ci passent au privé après leur retraite.

Ils touchent alors, de la poche des contribuables, deux salaires: leur prestation de retraite et leur salaire de consultant.

L’été dernier, la sous-ministre Lise Verreault, qui a piloté le Dossier santé Québec, s’est défendue bec et ongle pour marteler qu’elle avait fait «un méchant ménage» après avoir constaté que des firmes privées allaient chercher son personnel et le «refilaient au double du salaire», avait-elle raconté à l’auteur de ces lignes.

Or, notre Bureau d’enquête a constaté que cette sous-ministre s’est elle-même adjointe d’un consultant informatique qui était, peu de temps avant sa retraite, cadre au ministère.

John Gauvreau a signé en 2013 un contrat sans appel d’offres de 18 mois évalué à 218 000$. En 2012, il était encore à la direction des investissements au ministère.

Cadre ou consultant ?

Un autre rouage important de l’équipe informatique, Guy Laliberté, n’a pas quitté le ministère très longtemps pour sa retraite.

En 2012, il était toujours à l’emploi comme responsable des orientations et de l’architecture à la direction informatique du ministère. La même année, M. Laliberté créait sa compagnie à numéro et signait un contrat comme «conseiller-cadre stratégique» de 16 mois évalué à près de 100 000 $ avec le ministère.

Ce dernier effectuait comme consultant des tâches bien similaires à ce qu’il faisait auparavant, selon ce qu’on a appris. Des tâches qui relèvent plutôt d’un poste de direction que de consultant. Sur son courriel, il signait par exemple faire partie de la direction des orientations et de l’architecture.

Le ministère l’a invité avec une délégation en France en 2013 et il était présenté comme chef des orientations et de l’architecture au ministère.

Il était aussi la personne ressource pour répondre, au nom du ministère, à ceux qui voulaient postuler pour un emploi dans son département, soit une tâche habituellement réservée aux cadres et non au privé pour assurer une indépendance.

L’ancien directeur des T.I.

Roch Beauchemin a été la personne ressource pour répondre à ceux qui voulaient connaître les qualifications pour devenir haut cadre au ministère. Le problème, c’est qu’il est aussi consultant.

M. Beauchemin a été le grand patron informatique du ministère jusqu’en 2004.

Depuis 2011, il travaille comme consultant pour le ministère après avoir signé un contrat de gré à gré 299 000 $ via l’entreprise qu’il a créée, Beauchemin Bouchard et associés.

Le ministère nous réplique que «l’utilisation de contractuels retraités est retenue de façon ad hoc lorsqu’une expertise pointue est requise» et que la «rareté des ressources spécialisées est connue». Nos demandes d’entrevue avec les trois consultants sont demeurées sans réponse.

 

Commentaires