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Ménage dans les subventions

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L’exercice budgétaire auquel va se livrer le gouvernement libéral demain risque de diviser la population. Comme on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, on ne redresse pas les finances d’un État sans passer la machette à des endroits douloureux. Étonnamment, il existe une réduction majeure des dépenses qui semble faire l’unanimité: la réduction des subventions aux entreprises.

L’exercice budgétaire auquel va se livrer le gouvernement libéral demain risque de diviser la population. Comme on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, on ne redresse pas les finances d’un État sans passer la machette à des endroits douloureux. Étonnamment, il existe une réduction majeure des dépenses qui semble faire l’unanimité: la réduction des subventions aux entreprises.

Le week-end dernier, Françoise David a souhaité que cet exercice se fasse, alors que le programme de François Legault suggère la même chose. Comment une idée si largement appuyée, qui récolte l’aval de la CAQ et de Québec solidaire a-t-elle pu ne jamais être mise en application? Inertie, mauvaises habitudes, modèle québécois, tout le monde le dit, personne ne le fait.

Généreux Québec

Pourtant les données sont accablantes: les programmes d’aide aux entreprises sont infiniment plus généreux au Québec que partout ailleurs. Autant des études de l’Institut Fraser, plutôt à droite, que celles des centrales syndicales arrivent à la même conclusion: le Québec est la province championne au Canada en matière d’aide aux entreprises.

Vous vous souviendrez de l’enfilade de trois chiffres de Philippe Couillard dans son discours inaugural. Le Québec compte pour 23 % de la population canadienne, ne représente que 20 % de l’économie du pays, mais compte pour 27 % des dépenses publiques. Des données qui font réfléchir: très bonne pédagogie. On pourrait très bien ajouter un quatrième pourcentage qui renforce encore la description du problème. Le Québec verse 34 % de l’aide aux entreprises au Canada.

Résultats peu convaincants

En effet, selon les données de 2009, le Québec versait 5,1 milliards $ aux entreprises sur les 15 distribués au total par les provinces canadiennes. Politiquement, la chose peut paraître payante puisque cela signifie qu’un membre du gouvernement est sur la photo à peu près chaque fois qu’un projet d’investissement privé est annoncé. Mais globalement, si l’on en juge par les résultats économiques, cette politique des subventions tous azimuts ne semble pas livrer la marchandise.

Le Québec en arrache pour aller chercher 155 des investissements privés non résidentiels au Canada. Quant au revenu disponible par habitant, une bonne mesure du niveau de vie, nous sommes passés en 20 ans de quatrième au Canada à l’avant-dernier rang, juste devant l’Île-du-Prince-Édouard. Si l’aide massive aux entreprises constituait la recette fiable pour la création de richesse, nous n’en serions pas là.

Attention, si nos entreprises sont plus subventionnées, cela ne veut pas dire plus choyées. Elles sont aussi plus taxées et plus lourdement réglementées. En d’autres termes, le message à l’entrepreneur québécois est le suivant: à la base, ça te coûte plus cher d’opérer au Québec, mais, si tu embauches les bons fiscalistes et les bons lobbyistes, tu devrais en récupérer une bonne partie. Voilà une jolie source d’inefficacité.

On ne peut pas chavirer tout cela en un jour. Mais le ministre Leitao, qui cherche désespérément des économies, doit entreprendre ce grand ménage au plus vite.

 
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