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Commission Charbonneau

L’ancien chef de cabinet de Normandeau « en menait large » Bruno Lortie avait «un caractère explosif» et «mettait de la pression», a-t-on appris hier

La commission continue de mettre la table pour l’arrivée de l’ancienne ministre libérale

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CAPTURE D'CRAN/TVA NOUVELLES/AGENCE QMI Michel Binette et Vincent Lehouillier ont été attachés politiques au cabinet de l’ex-ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau.

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L'ex-chef de cabinet de Nathalie Normandeau agissait en véritable «patron» au sein du ministère des Affaires municipales et faisait du favoritisme dans l’octroi de subventions, ont témoigné deux anciens attachés politiques devant la commission Charbonneau.

«Je pense que Bruno Lortie en menait très large […]. Nathalie Normandeau, qui est une charmante personne, lui a voué une confiance peut-être à la limite du raisonnable […]. À certains égards, au-delà de la limite», a confié Michel ­Binette, attaché politique de l'ex-ministre des Affaires municipales en 2008.

M. Lortie s’occupait notamment du financement de Mme Normandeau, a-t-il poursuivi. Il s’assurait qu’elle respecte l’objectif des 100 000 $ par an fixé pour chaque ministre libéral sous le gouvernement Charest.

L’ex-chef de cabinet entretenait notamment une relation étroite avec Marc-Yvan Côté, consultant en développement des affaires pour la firme de génie Roche, qui l’aidait à organiser des cocktails de financement pour la ministre.

Roche avait ses entrées

En retour, «je pense que Roche avait ses entrées particulières auprès de M. Lortie», a déclaré Vincent Lehouillier, qui a précédé Michel Binette au poste d’attaché politique au ministère des Affaires municipales (MAMROT).

Selon lui, il était «clair» que Bruno Lortie était «le patron». Il avait entre autres le dernier mot quand il s’agissait d’octroyer des subventions aux municipalités pour financer des projets d’infrastructures. Les grandes firmes de génies (Roche, BPR, Dessau) bénéficiaient directement de ces subventions.

«Il mettait de la pression. S’il y a un dossier qu’il voulait voir avancer, il venait dans mon bureau...», a quant à lui rapporté Binette.

Favoritisme politique

M. Lortie pouvait en revanche mettre une demande de subvention «sur la glace» parce qu'elle n'était pas défendue par la bonne firme de génie, ou ne venait pas d'une circonscription libérale, a poursuivi Michel Binette.

Le ministère des Affaires municipales octroyait des aides aux municipalités québécoises pour des projets d'infrastructures liés à la gestion de l'eau (égouts, usines de traitement), mais visiblement, les dossiers n'avaient pas tous la même chance d'obtenir ce coup de pouce financier. Certains «traînaient» sur le bureau de Bruno Lortie, a glissé M. Binette.

«Je suis porté à croire qu'on gardait un dossier sur le coin parce que ça ne venait pas d'un comté libéral», a-t-il confié, reconnaissant également que certaines firmes de génie avaient pu être «priorisées».

En effet, les plus petites municipalités faisaient souvent affaire avec des firmes de génie externes pour préparer leur demande de subvention. «BPR, Roche et Dessau représentaient 80 % à 85 % de l'ensemble des 1100 municipalités au Québec», a souligné le témoin.

Une «liste parallèle»

Michel Binette a enfin confié que plusieurs firmes de génie-conseil compilaient la liste des projets dans lesquels elles étaient impliquées pour des demandes de subventions, et la remettait à Bruno Lortie. Ce dernier pourrait être amené à s’expliquer très prochainement devant la commission Charbonneau.

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