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Jeux de pouvoir

Des Québécois désabusés

Ça fait tellement longtemps qu’on leur promet l’équilibre budgétaire que les Québécois ont tout simplement perdu la foi

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Photo d'archives Les Québécois sont d’accord avec l’essentiel du budget déposé mercredi par Carlos Leitao.

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Même s’ils nourrissent quelque espoir en Philippe Couillard, les Québécois ne croient pas que la situation financière de leur gouvernement s’améliorera prochainement. C’est ce que nous devons déduire du sondage Léger que nous publions aujourd’hui.

Même s’ils nourrissent quelque espoir en Philippe Couillard, les Québécois ne croient pas que la situation financière de leur gouvernement s’améliorera prochainement. C’est ce que nous devons déduire du sondage Léger que nous publions aujourd’hui.

Les Québécois voudraient bien voir les choses changer, et ce, depuis des années, mais ils restent méfiants, ne croyant pas vraiment que le gouvernement Couillard réussira là où tous les autres ont échoué.

Depuis le départ de Lucien Bouchard, les appels au déficit zéro ont été peu convaincants et les déficits se sont ajoutés au passif des jeunes; la dette astronomique en témoigne. Il ne faut donc pas s’étonner de voir les contribuables désabusés.

Notre sondage indique cependant un désir de changement: si les électeurs applaudissent aux principales mesures budgétaires annoncées cette semaine, ils ne semblent pas croire qu’elles suffiront à modifier le désordre des choses. Pareil pour l’économie.

En somme, ça fait tellement longtemps qu’on leur promet l’équilibre budgétaire que les Québécois ont tout simplement perdu la foi. Ça prendrait quasiment un miracle pour que, cette fois, ils croient que le gros bon sens s’imposera.

Triste avenir

Le contribuable moyen sait bien de quoi il en retourne quand il entend protester les centrales syndicales, toujours aux abois quand le gouvernement veut mettre de l’ordre dans les finances publiques. La rigueur est tout de suite disqualifiée, associée à l’austérité et aux aspects les plus négatifs; faire peur sert les intérêts d’une minorité qui ne voudra rien céder.

Les syndicats choisissent donc d’ignorer la dette, les déficits à répétition et les difficultés de l’économie pour demander des augmentations de salaire qui forceraient le taxage de la majorité silencieuse. Remarquez qu’on ne les met pas souvent au défi de s’expliquer sur ces enjeux; ils ont le champ libre quand les caméras tournent.

Notre sondage montre aussi que les Québécois sont évidemment d’accord avec le resserrement des dépenses publiques; ils sentent bien que ça ne pourra pas durer. Ils sont donc d’accord avec l’essentiel du budget de Carlos Leitao et appuient sa décision de geler l’embauche dans le secteur public québécois. Il est normal que le contraire soit répandu dans les médias.

On peut croire aussi que les Québécois voudraient que leur gouvernement aille plus loin. Notre sondage Léger précise que, selon 42 % des électeurs sondés, le budget Leitao est «un pas dans la bonne direction».

Contrariés, certains évoquent un triste avenir pour le Québec, voire des «années de plomb». Ce sont ces voix, de gauche évidemment, que l’on entend le plus souvent sur la place publique. Elles sont animées par la crainte voulant que la remise en question des coûts de l’État québécois menace l’identité québécoise.

Parce qu’il fut un temps où, justement, un Québec fort passait d’abord par un État fort. L’État n’est plus tellement fort, mais il est d’une lourdeur incontestable.

C’est pourquoi les dépenses de programmes sont plus importantes au Québec que partout ailleurs au Canada.

Certains trouvent naturellement leur compte dans cette caractéristique dépensière. À commencer par les grandes centrales syndicales, présentes dans tous les domaines étatisés.

Leurs succès antérieurs expliquent bien des déficits et l’endettement actuel du Québec. À 72,4 % du PIB, la dette du secteur public québécois atteindra cette année 263,2 G$. C’est une augmentation de 40 G$ en quatre ans.

Débat idéologique

À l’Assemblée nationale, l’enjeu essentiel est escamoté jour après jour. Les rôles ont peut-être changé, mais ni les réflexes ni les apparatchiks. Les péquistes, qui déboulent dans les sondages, dénoncent la réduction des crédits d’impôt aux entreprises, s’accrochent aux organismes communautaires de Québec solidaire et font la gueule au Vérificateur général. Même les boomers les lâchent, c’est tout dire.

Chez les caquistes, le sentiment d’avoir été abusés par les libéraux perdure et finit par agacer. François Legault rappelle chaque jour que Philippe Couillard lui a volé ses idées, la plus spectaculaire étant le gel des effectifs du secteur public. M. Legault devrait tourner la page: il a perdu les élections, mais a gagné le débat idéologique.

 

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