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Sondage "catastrophique" pour le PQ? Vraiment?

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Nous avons notre premier sondage depuis l'élection du 7 avril (du moins à ma connaissance). Et le PQ se retrouve carrément 3e à seulement 20%. Le PLQ reste en tête à 39% tandis que la CAQ bondit de 6 points à 29%. QS se retrouve à 9%.

Je n'ai pas encore fini mon nouveau modèle de projections de sièges. Il serait de toutes manières un peu inutile de faire cet exercice aussi loin des prochaines élections. Mais il est facile d'imaginer que le PLQ conserverait sa majorité tandis que la CAQ deviendrait l'opposition officielle. Pour le PQ, la situation pourrait en effet être sombre. Mais en même temps, je trouve l'utilisation du terme "catastrophique" ou "désastreux" un peu fort.

Le PQ vient de subir une très grosse défaite. Sa chef elle-même n'a pas été réélue et a démissionné. Peut-on vraiment s'attendre à voir ce parti au-dessus de son résultat du 7 avril? Je ne le crois pas. Dans les faits, j'aurais facilement pu imaginer que la formation souverainiste se retrouve encore plus bas. Pour moi, le fait que ce parti soit à 20% montre au contraire une certaine résistance.

Cependant, malgré mon point de vue moins négatif, il reste que ce parti fait face à une réelle crise existentielle. Voici quelques points qui résument ma pensée. Ce billet ne se veut pas politique ou partisan. Je pense juste que je suis suffisamment la politique et les campagnes électorales pour avoir 1-2 choses à dire sur le sujet.

- Le PQ va devoir choisir, tôt ou tard, si son but est de faire la souveraineté ou de diriger le Québec. Je me rends bien compte que plusieurs analystes ont parlé de cela depuis des années (voire des décennies). Mais je crois vraiment que la situation actuelle n'est plus tenable. La campagne électorale de cette année en est le parfait exemple. Dès que le sujet de la souveraineté est venue au premier plan, le PQ a commencé sa chute. Et vu que ce parti ne pouvait se décider et être clair, la chute ne s'est jamais arrêtée. Je fais partie de ceux qui pensent que le PQ aurait dû s'aligner sur une option au milieu de la campagne. La position répétée par Pauline Marois ("il n'y aura pas de référendum tant que les Québécois n'en voudront pas") est selon moi l'une des pires stratégies jamais adoptée par un parti politique. Sérieusement, je suis persuadé que cette campagne et stratégie seront étudiées dans des cours de science po (et en particulier des cours de communication politique). Marois a passé deux débats à se faire démolir en répétant cette position, je refuse de croire qu'aucun stratège Péquiste n'a proposé un changement. Sérieusement, selon moi, il aurait mieux valu de soit dire oui ou non. En particulier, promettre de ne pas tenir un référendum dans le prochain mandat était pour moi la meilleure solution. Je réalise que certains "purs et durs" auraient pu abandonné le parti, mais la position adoptée ne satisfaisait personne de toutes manières. C'était, en bon français, une lose-lose option (dans ce cas-là, autant promettre un référendum car cela aurait au moins potentiellement ramené certains électeurs partis à QS; Rappelez-vous que de toutes façons, une grande majorité de la population ne croyait pas Marois et pensait qu'elle tiendrait un référendum). Que ce soit clair, je ne dis pas que le PQ devrait cesser d'être souverainiste. Je dis juste que sa position actuelle ne fonctionne pas.

- On fait parfois des comparaisons avec le Bloc. Je ne suis pas sûr que cela soit si pertinent. Selon moi, le Bloc remportait le plus de sièges au Québec par défaut. Cela n'était pas "logique" dans le sens que le Bloc ne représentait pas l'idéologie et les positions d'une aprtie aussi importante de l'électorat Québécois. Je me souviens lorsque je suis arrivé au Québec en 2003, dès que j'ai commencé à suivre la politique ici, je ne comprenais pas que le NPD soit si bas (note: je ne comprenais pas non plus que les Conservateurs étaient inexistants au Québec. 2006 m'a donné raison). Après des années et des années passées à courtiser le Québec, Jack Layton a finalement obtenu des résultats (ce qui montre qu'en politique, privilégier le long terme n'est pas toujours une mauvaise idée; Il y avait passablement de critiques NPD qui ne comprenaient pas que Layton passe autant de temps dans la Belle Province en 2006 et 2008). Le PQ ne fait pas vraiment face au même risque principalement pour deux raisons. Premièrement, en cas de victoire, ce parti peut en théorie enclencher le processus référendaire. Le Bloc ne peut pas faire cela. Ainsi, pour la partie de l'électorat fondamentalement indépendantiste, le PQ conservera toujours une raison d'être. Deuxièmement, le PQ reste une alternative crédible pour remplacer le gouvernement. Bien que sur ce point, le PQ pourrait rapidement être remplacé par la CAQ. Mais pour l'instant, il reste que si les Québécois voulaient changer de gouvernement, le PQ resterait une option crédible et avec de l'expérience. Tout ça pour dire que le PQ conserve (et conservera) sa pertinence.

- Le PQ a un plafond de plus en plus bas. Personnellement, je pense que ce plafonds est maintenant à 35% au max. Et avec QS qui continue de grimper (et qui semble en fait déçu de son résultat du 7 avril car sous la marque ds 10%), ce plafond ne fait que baisser. Comme je l'avais montré le mois passé, il n'est pas farfelu d'imaginer une absence complète du PQ sur l'île de Montréal. C'est ce plafond qui devrait être la vraie préoccupation des membres de ce parti. Ils ne devraient pas tant se soucier de tomber sous les 20% et de ne plus exister. Non, le vrai problème est que ce parti ne peut réalistiquement pas obtenir davantage que 35%. Du moins dans sa forme hybride actuelle (souverainiste qui laisse planer la possibilité d'un référendum et bon gouvernement). Cela veut dire que le PQ ne peut espérer prendre le pouvoir que dans des circonstances uniques. Regardez 2012, la situation était idéale pour que Pauline Marois soit élue: un gouvernement Charest avec un très faible taux de satisfaction, une usure du pouvoir, des accusations de corruptions à tout va, les autres alternatives manquant de crédibilité en tant que partis gouvernementaux, etc. Et malgré ces conditions "gagnantes" afin de reprendre le pouvoir, le PQ n'a réussi qu'à obtenir une toute petite majorité. Et à peine 18 mois plus tard, les Québécois ont facilement remis les Libéraux au pouvoir avec une majorité confortable! Pensez-y, si le PQ n'a pas réussi à gagner clairement en 2012, ça prendra quoi pour que ça arrive? Les stratèges du PQ semblaient être bien conscients de cela en décidant d'utiliser la Charte des Valeurs Québécoises avant les élections. La stratégie était claire: obtenir sa majorité en conservant ses acquis et en ciblant les 10 comtés requis. L'objectif ne semblait pas de remporter une "vraie" majorité de 70 sièges. Non 63 sièges semblaient l'objectif réaliste. Et avec raison. Je persiste à penser que si Pauline Marois avait misé sa campagne sur la Charte et avait clairement dit "pas de référendum", elle serait encore PM aujourd'hui (la Charte permettait de mobiliser l'électorat du PQ sans pour autant causer l'électorat fédéraliste de se rallier aussi massivement derrière le PLQ). Il reste que lorsque le meilleur scénario est une victoire par 63 sièges, cela ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre. Le PLQ fluctue beaucoup depuis 2007, mais au moins il passe souvent la barre des 40%.

Au final, je ne crois pas que le PQ devrait se soucier de disparaître. Bien que cela est possible (pensez-y, le PQ pourrait être séparé en deux, avec une partie -les indépendantistes- allant chez QS et l'autre allant à la CAQ), cela n'arrivera vraisemblablement pas à court ou moyen terme. Non, le vrai problème est que ce parti ne peut pas récolter davantage que 35% des votes. Même le traditionnel soutien chez les francophones n'est plus suffisant pour remporter le plus de sièges (et encore, à regarder les % de l'élection du 7 avril, je crois qu'il est raisonnable de penser que le PLQ ait terminé premier chez lez franco). 2008 ressemble de plus en plus à une "erreur" et ce 35% semble bien difficile à atteindre.

En passant, PKP est le favori pour remplacer Pauline Marois avec 40% des Péquistes le voyant comme le meilleur chef. Vraiment? Le gars qui est pas mal responsable du déraillement de la campagne Péquiste (à juste titre ou non, je pense que Pauline Marois porte le blâme dans le sens qu'elle m'a jamais réussi à reprendre contrôle), le gars qui a zéro expérience politique? Au moins les électeurs PQ ne sont pas rancuniers (ou ils blâment Marois et pas PKP). Je couvrirai cette course à la chefferie et tenterai de faire des projections.

13 commentaire(s)

Sophie dit :
8 juin 2014 à 5 h 49 min

Je suis d'accord avec votre analyse. Je crois que le PQ ferait une terrible erreur en choisissant Péladeau comme chef. Il doit d'abord faire ses classes en faisant son mandat comme député d'opposition. Toute une débarque pour le patron d'un empire financier, mais c'est ça la politique. Et déjà je suis sceptique à l'effet qu'il va le faire. Je crois qu'un chef de parti pouvant aspirer à former le gouvernement doit avoir de l'expérience de député et de l'expérience ministérielle. Péladeau n'a ni l'une, ni l'autre.

Nelson dit :
8 juin 2014 à 7 h 29 min

Pauline à dit qui pourrait faire un référendum et pourrais congédier des gens qui porteraient signes religieux au travail, dans la fonction publique.

Elle à dit exactement le contraire de ce qu'elle aurait du dire, pas de referendum prochain mandat et pas de congédiements pour porter des signes en honneur à dieu, important pour certains.

En plus de montrer avidité pour le pouvoir en déclenchant des élections.

GBSSVP dit :
8 juin 2014 à 7 h 34 min

Un long article pour ne rien nous apprendre, faut le faire ! Félicitation pour tes deux prédictions qui ce sont avérées vraies, selon toi. Combien se sont avérées fausses ? Tu ferais un très bon chroniqueur météo à long terme. Deux bonnes prédictions, c'est rare dans ce domaine.

cindy jean dit :
8 juin 2014 à 8 h 05 min

La souveraineté ne se fera jamais. 50,000 immigrants par année qui entrent au Québec, tous des NON. Un référendum tenu dans 10 ans amenerait une victoire du NON dans une proportion de 75%. C'est fini pour vous, les séparatistes, peu importe le chef.

Léonce Naud dit :
8 juin 2014 à 9 h 02 min

Suggestion :

1) les 90 000 péquistes votent tous pour la dissolution du Parti Québécois et deviennent en bloc membres militants de la CAQ.

2) La CAQ digérée, les mêmes 90 000 personnes votent pour la dissolution de la CAQ. Ils prennent tous leur carte du Parti Libéral et y militent activement.

3) Une fois le Parti Libéral neutralisé, reprise des mêmes démarches avec Québec Solidaire et Option Nationale.

4) Le Parti National ainsi mis sur pied s'adresse alors à Ottawa et dit au Canada : "Causons un peu de notre avenir commun au nord de la Grande République américaine.

Guy Desjardins dit :
8 juin 2014 à 9 h 21 min

Ouais! Beaucoup de mots. À mon avis le PQ est à l'agonie. Je m'explique, si vous regardez aller notre jeunesse, ils veulent voyager et ne veullent se concentrer seulement dans un petit coin de Pays. Toutes les nouveautées les jeunes veulent avoir et c'est de leur génération. Tant qu'au plus de 55 ans ils veulent une retraite paisible et sans soucies. La séparation du Québec est chose du passée et ceux qui veulent faire renaître cette idée perdent un temps précieux. L'heure est à regarnir notre portefeuille qui est vide dû aux prises de positions des politiciens qui n'ont eu aucune vision des temps modernes et ont favoriser la corruption que l'on constatent. Ce n'est pas surprenant de voir la montée de la CAQ. Les gens sont tanner de voir les Politiciens fairent des promesse et rendu au pouvoir deviennent amnésique comme certains témoins à la Commission Charbonneau. Aux dernières élections, seul la CAQ nous a dit les vraies affaires et maintenant les Libéraux copient sur leur programme. Je suis certain que beacoup de citoyens(nes) du Québec regrettent leur vote qui aurait changé la façon de faire. Voter sur des mensonges n'est pas toujours bon, car tout fini par se savoir un jour et ça rend le monde malade.

Denis825 dit :
8 juin 2014 à 11 h 10 min

"Et avec raison. Je persiste à penser que si Pauline Marois avait misé sa campagne sur la Charte et avait clairement dit « pas de référendum », elle serait encore PM aujourd’hui"

Cette configuration que vous évoquez n'était pas possible cependant. Car pour avoir un chef qui aurait senti que le moment était important et que les Québécois attendait clairement une réponse à la question qu'ils se posaient à savoir s'il allait y avoir un référendum s'ils élisaient le PQ, il aurait fallu qu'il y ait un vrai chef avec des réflexes de vrai chef.

Or moi je pense que Pauline Marois n'avait pas ce qu'il fallait pour être un vrai chef. elle l'a dit hier dans son discours qu'elle n'a fait pas de politique seule... et dans quelques mois ou dans d'éventuelles mémoires, elle blâmera les Coté, Lisée et autres Facal pour l'avoir mal conseiller, c'est écrit.

C'est écrit parce que sa motivation pour prendre le pouvoir de ce parti a été ne pas rester en arrière des autres mais aussitôt au pouvoir elle s'est évaporée comme chef derrière les autres si bien que le moment ou la "grâce" d'une prise de décision qui aurait sauvé le troupeau est arrivée, elle n'avait pas ce qu'il fallait et elle est allée complètement dans la direction du danger comme le soir de l'élection du parti.

Un chef fier et allumé aurait peut-être réussi à saisir ce moment. Par contre, en raison de ces qualités, il n'aurait pas gober honteusement la théorie qui menait la charte. Le PQ ne pouvait pas avoir en même temps un pur sang qui sent le vent et réagi au quart de tour et un animal expiatoire qu'on envoie sur l'autel du devant de la scène avec une théorie fascisante.

sco100 dit :
8 juin 2014 à 11 h 36 min

Le problème du PQ, c'est qu'il ne parle qu'au PQ. Cette certitude de porter la Vérité, d'être dépositaire de la véritable identité québécoise et de connaître le seul point Oméga de la nation confine à une approche sectaire qui rebute plusieurs électeurs, qui ne voient pas quant à eux le Canada comme un carcan intenable.

Les péquistes dénoncent l'épouvantail référendaire mais ne dédaignent pas eux-mêmes avoir recours aux épouvantails de Meech, de la Constitution de 1982, de la crise d'octobre, de la crise de la conscription, des rébellions de 1837-38, du changement de régime de 1763, etc. Cet appel au ressentiment passéiste ne trouve plus d'échos auprès d'une population décomplexée; et décomplexée, il faut le dire, notamment grâce à ce que le PQ a su accomplir à l'intérieur du cadre canadien.

Dans un monde où une Allemagne (incarnation même du mal en 1939-45) réunifiée est désormais le partenaire principal d'une union européenne qui comprend plusieurs pays qui s'envahissaient et se déchiraient il y 75 ans à peine, il me semble un peu vain de tenter d'exacerber la fibre revancharde dans un Québec qui a si peu souffert des affres de la guerre sur son territoire.

Au final, les valeurs que nous partageons avec les autre Canadiens dépassent grandement ce qui pourrait nous éloigner. L'attachement au Canada n'est pas passionnel, mais il n'en est pas moins profond. Ce n'est pas un mariage d'amour; c'est un contrat, un partenariat. Je n'aime pas d'amour ma compagnie d'assurances ni ma banque, mais je suis avec elles depuis plus de 30 ans et il faudrait qu'elles me fassent de sérieux coups de cochon pour que je les largue vu que ça marche plutôt bien, malgré les inévitables accrochages occasionnels.

Le PQ ne semble pas comprendre que l'électeur moyen est pragmatique et ne souhaite pas particulièrement remettre en question ce qui lui permet de bien vivre.

Gilles Bousquet dit :
8 juin 2014 à 18 h 02 min

PKPéladeau, serait donc le gars qui est pas mal responsable du déraillement de la campagne Péquiste ?

Si montrer qu'on est en accord avec l'article 1 du programme du PQ, rend responsable de la défaite du PQ, c'est donc, cet article (la simple souveraineté, la séparation du Québec du Canada) du PQ qu'il faudrait changer, pour être logique.

gabriel touzin dit :
8 juin 2014 à 19 h 24 min

tres bon texte merci.

Serge Daigno dit :
9 juin 2014 à 10 h 31 min

La place de PKP est au Ministère des Finances à la CAQ, qui entamera le vrai grand ménage après les prochaines élections. Les Québécois auront compris que seule la façade du PLQ est différente et que les membres VIP du club sont demeurés les mêmes. Ensuite, lorsque le Québec sera viable économiquement, les Québécois pourront alors parler des vraies affaires.

Serge Daigno

B.C. dit :
9 juin 2014 à 13 h 07 min

La CAQ est un parti d'opportunistes , un clone du parti libéral , et , un moment donné , c'est ce parti qui retournera à l'insignifiance , pourquoi voter pour une imitation de copie ? Ceci étant dit , la clientèle du PQ peut revenir un peu , avec l'ajout d'un nouveau chef , mais un fait est que la démocratie a été kidnappé au Québec par le vote automatique de 30% de anglophones et autres ''phones'' au parti libéral , la seule manière pour le PQ de revenir au pouvoir , c'est d'avoir un autre parti qui divisera le vote fédéraliste , comme un futur parti conservateur , le parti libéral , à moins de s'entretuer , est là pour longtemps

marc dit :
11 juin 2014 à 9 h 41 min

@ B.C.,

Très vrai que la démocratie est détournée à cause de la perception d'un lutte entre deux camps par une certaine proportion des électeurs. Voter PLC après toute la magouille, les déficits et le laissez aller dans plein de dossiers de peur qu'un parti potentiellement souverainiste soit élu est du délire complet. J'ajouterais à ceci que la seule façon de ramener un semblant de démocratie dans notre système politique est d'y aller avec un forme de proportionnelle car sinon, nous serons coincés durant quelques décennies avec la réélection d'un parti vraiment mauvais gestionnaire par peur de se faire demander notre opinion sur la souveraineté. Et entendons-nous, je ne dis pas qu'un parti est mieux qu'un autre, le PQ et la CAQ ont aussi leurs défauts. Mais un roulement dans les partis au pouvoir est sain et nécessaire pour éviter de tomber volontairement dans ce que j'appellerais une une forme de dictature supportée volontaire par une frange minoritaire de la population.