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Le choix d'Hillary

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Après des semaines de rumeurs, de "buzz" sur les médias sociaux et dans les cercles du pouvoir à Washington, Hillary vient donc enfin de publier  "Hard Choices" .

Entre mémoires sur son passage au Département d'État et vision sur l'Amérique du futur, le livre événement devrait lancer la campagne présidentielle de l'ancienne Première dame.

Retour sur un destin américain...

 

ÉVÉNEMENT

De parole de journaliste politique, l'événement est sans pareil.

L'avance ? Quatorze millions de dollars ! La deuxième plus importante jamais versée pour un livre. A peine un tout petit million derrière celle reçue en 2000 par... Bill Clinton.

La mise en place ? Colossale. Si l'éditeur d'Hillary Clinton refuse de communiquer les chiffres précis, on murmure qu'ils approcheraient le nombre d'exemplaires du lancement du dernier volume de la saga Harry Potter.

La publicité ? Massive. Ainsi, par exemple, le 9, la veille de la sortie, ABC, le plus grand réseau de télévision des USA, a diffusé un entretien exclusif avec l'ancienne Première dame. Une heure entière en primetime !

Certes, Hillary a annoncé que Hard Choices permettrait à tout le monde de se glisser dans ses pas, de 2009 à 2013, alors que voyageant autour du monde elle représentait la diplomatie Américaine.

Certes, elle a confirmé qu'elle reviendrait en détails sur ses souvenirs de la fin d'Oussama Ben Laden et de la chute de Kadhafi en Lybie.

Elle expliquerait aussi comment la crise économique en Europe affecte le porte-monnaie de l'éleveur du Middle-West ou comment les tensions avec la Russie pèsent aussi sur l'avenir de la mère de famille en Floride.

Mais la réalité est ailleurs. Si le prochain livre d'Hillary Clinton crée l'événement, c'est parce que tout le monde le considère comme la première étape obligatoire vers une candidature à l'élection présidentielle de 2016.

Et au-delà, la réalisation à 69 ans d'un avenir qu'on lui promet depuis longtemps.

 

TÊTE

Hillary Rodham Clinton en a toujours fait qu'à sa tête.

Rien de péjoratif dans cette remarque. En fait, elle est la première à le dire.

Le meilleur exemple ? 1974, elle débute une carrière brillante d'avocate à Washington.

Politiquement engagée auprès de membres démocrates du Congrès, on lui promet un parcours fulgurant. Il se murmure - déjà ! - qu'elle à l'étoffe nécessaire pour devenir Sénatrice et pourquoi pas ensuite la première femme présidente des États-Unis.

Mais voilà, Hillary décide de tout plaquer pour partir s'installer en Arkansas et enfin céder aux multiples demandes de mariage que lui adresse depuis des années le jeune Bill Clinton.

Bill et Hillary se sont rencontrés à Yale où ils étudient tous les deux le droit. En fait, elle aurait dû s'inscrire à la très prestigieuse université d'Harvard. Mais, heurtée par une remarque anti-féministe d'un professeur, elle choisit un autre établissement.

Le droit des femmes et le combat pour l'égalité entre les sexes sont donc déjà très présent dans l'esprit de la future Première Dame.

En fait, son attachement à ses valeurs là remonte à l'enfance. Si Hillary grandit dans une famille conservatrice, son père lui inculque très rapidement que son genre ne dois pas l'empêcher d'aspirer à une carrière au moins autant lucrative qu'un garçon. Tout au long de son parcours scolaire, la jeune Hillary garde cette idée en tête. Ainsi, elle ne souhaite pas être la meilleure fille de son école mais, tout simplement, et tout sexe confondu, la meilleure élève.

Cette volonté de réussir la pousse donc vers Yale. Où, au delà de l'amour, elle découvre sa véritable conscience politique.

Si dans un premier temps, suivant le moule familial, elle penche vers la droite républicaine, la réalité de la guerre du Vietnam et le combat pour les droits civiques lui font rapidement regarder vers l'autre côté de l'échiquier.

Une tête à droite, un coeur à gauche...

Finalement Hillary décide de suivre son coeur et profite de ses années universitaires pour s'impliquer dans les causes qui définiront pour  toujours son parcours : éducation, égalité, droits des minorités, des femmes et des enfants.

 

PREMIÈRE

 

Un bagage qu'elle apporte avec elle lorsque, au grand regret de ses parents, elle choisit de quitter la capitale américaine pour la très rurale Little Rock.

L'installation en Arkansas et le mariage avec Bill Clinton sont tout sauf des renoncements.

Non seulement, elle souhaite poursuivre sa carrière d'avocate - et va devenir une des plus influentes et respectées de l'État - mais aussi continuer à s'investir dans les causes qui lui sont chère.

Et pour se faire, rien de mieux que de s'investir dans le destin politique de son mari.

Ainsi, en coulisses, Hillary devient le cerveau qui redéfini en permanence la campagne électorale de Bill, souhaitant devenir gouverneur.

Il est élu en 1978 et hormis un intermède en 1982, le restera jusqu'à son installation à...la Maison Blanche.

A 31 ans, Hillary devient donc la première Dame de l'Arkansas. Si le rôle doit la cantonner à afficher un sourire lors des inaugurations de son époux de gouverneur, Hillary en décide tout autrement.

Comme elle le fera plus tard à Washington, elle opte pour l'offensive et s'empare des dossiers qu'elle vise depuis ses études. Sous sa co-gouvernance, l'éducation, le sort des enfants maltraités et les soins de santé deviennent une priorité de l'État.

Peu à peu, Hillary devient incontournable et pour Bill, un sérieux avantage lors de ses campagnes de réélection.

La naissance de Chelsea, leur fille unique, en 1980 vient encore renforcer ce sentiment d'équipe.

Et naturellement, lorsque Bill va briguer  le mandat suprême, c'est cette carte là qu'il va faire miroiter aux électeurs Américains.

Accusé - déjà ! - d'adultère, Bill demande à Hillary d'intervenir publiquement dans sa campagne présidentielle.  Reprenant le modèle crée par JFK avec Jackie, il se présente désormais comme le mari d'Hillary et explique qu'avec lui, "on aura à la Maison-Blanche, deux Clintons pour le prix d'un".

L'Amérique de 1992 ne peut pas passer auprès d'une telle aubaine.

Bill s'installe dans le Bureau Ovale et Hillary, brisant avec la tradition, déménage son bureau dans la West Wing, l'aile Ouest du bâtiment, en plein coeur du pouvoir.

Là, dans un rôle complètement inédit, elle s'implique dans l'ensemble des décisions présidentielles.

Mieux encore, Bill la nomme à la tête de son projet de réforme de santé avec un but qui semble fou pour l'époque : offrir une couverture sociale à tous les Américains.

C'est là, à la tête de la Task Force on National Health Reform qu'Hillary va devenir l'ennemi numéro un du camp républicain. Une sorte d'affreux guignol accusé de tous les maux. Un titre qu'elle laissera à Obama lorsque, à son tour, il tentera - et imposera- sa réforme de santé.

Mais bien avant ça, Hillary catalyse toutes les haines. Abandonnée par son propre parti, haïe par le camp d'en face, elle devient un symbole encombrant pour la carrière politique de Clinton. Consciente de cela, elle assume un rôle plus passif, certains diront plus classique, lors de la campagne de réélection de 1996.

 

En fait, c'est une autre femme, une jeune stagiaire, qui replace involontairement Hillary sur l'échiquier politique. L'affaire Monica Lewinsky l'oblige à revenir de l'avant et malgré les rumeurs de séparation à soutenir son mari.

Si le départ de la Maison-Blanche s'accompagne souvent d'un retrait actif de la politique , ce n'est pas le cas pour Hillary.

 

CHAPITRE

 

La fin du mandat de Bill est en fait le début d'un nouveau chapitre.

Son chapitre.

Celui de son destin politique, pas en tant que "femme de" mais sous sa bannière. Et alors que les anciennes Premières Dames se concentrent sur le travail caritatif, elle se lance à corps perdu dans la politique. Élue triomphalement à New York, elle devient la première First Lady à occuper un poste de sénatrice.

Mais le Sénat n'est qu'une étape. Hillary est obsédée par la suivante. Celle qui la mènera au sommet, de retour dans la Maison-Blanche mais cette fois-ci en tant que locataire du Bureau Ovale.

Après 8 ans d'opposition virulente aux choix politiques de George W. Bush, Hillary le sait, Hillary le sent, son heure est enfin arrivée.

2008 devrait être son élection. Une édition historique : celle de première femme élue à la présidence des États-Unis.

Et effectivement, l'Amérique choisira l'Histoire. Mais une autre.

En réalité, Hillary ne réussit même pas à obtenir l'investiture démocrate. Face à elle, Barack Obama est plus jeune, plus talentueux et mieux organisé.

Le changement s'impose sur la continuité.

Hillary est prête à la retraite. Ses proches parlent anonymement de dépression. Déjà, les demandes lucratives de conférences (200 000 $ le discours) s'accumulent sur son bureau.

Mais l'animal politique est toujours vivant. Et c'est pour cela que, malgré les mises en gardes de son entourage, elle accepte la proposition d'Obama: devenir son Secrétaire d'État.

Le pari est fou. L'Amérique sort de deux guerres. Après 8 ans de Bush, l'image du pays est brouillée. Pour la première fois, les petits enfants des libérateurs de la seconde guerre mondiale sont vus un petit peu de partout comme l'ennemi.

De 2009 à 2013, Hillary va donc s'atteler à l'impossible. Malgré l'Irak, l'Afghanistan, malgré les drones, elle va tenter avec plus ou moins de succès de faire de nouveau de l'Amérique l'alliée des faibles.

Inlassablement, utilisant les médias sociaux, voyageant comme jamais personne auparavant, Clinton va devenir la porte-parole des droits bafoués. Ceux des minorités religieuses, ethniques et sexuelles.

C'est sur ce bagage-là qu'Hillary compte enfin arriver au sommet.

En 2016, elle aura alors 69 ans et la jeune fille de Yale sera devenue grand-mère. Mais si elle réussit, elle écrira une page de l'Histoire.

Celle d'une nation. Et de la sienne.

Alors Hillary deviendra-t-elle la première femme Présidente des USA ?

C'est possible. Mais loin d'être certain.

Dans tous les cas, depuis aujourd'hui, le premier étage de la fusée est lancée...dans toutes les librairies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 commentaire(s)

John Doe dit :
10 juin 2014 à 11 h 47 min

Après près de soixante ans de libéralisme social et d'ironiques inégalités grandissantes, la solution c'est... plus de libéralisme? Comme si huit ans avec le grand héros du changement et de l'espoir Barack Obama n'avaient pas suffit, il faudrait en mettre une deuxième couche.

La madame a un parcours digne de mention mais avec elle au pouvoir, mais je comprends mal votre enthousiasme pour Obama version 2.