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La mauvaise réputation des sorcières

La mauvaise réputation des sorcières
Illustration Christine Lemus

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Avec la sortie en salle du film Maléfique, Disney tente ce qu'on pourrait appeler une réhabilitation de la mauvaise fée. C'est une stratégie qui n'est pas neuve mais souvent intéressante: tenter de voir ce qui se cache derrière les méchants de nos contes d'enfant. Après tout, qui de mieux que la magnifique Angélina Jolie pour nous pousser à nous interroger sur les zones d'ambiguïté de ces personnages qui nous font peur?

Avec la sortie en salle du film Maléfique, Disney tente ce qu'on pourrait appeler une réhabilitation de la mauvaise fée. C'est une stratégie qui n'est pas neuve mais souvent intéressante: tenter de voir ce qui se cache derrière les méchants de nos contes d'enfant. Après tout, qui de mieux que la magnifique Angélina Jolie pour nous pousser à nous interroger sur les zones d'ambiguïté de ces personnages qui nous font peur?

Plusieurs personnes, qu'ils soient historiens ou artistes, ont tenté de la même façon de réhabiliter la figure des sorcières. De la fameuse pièce de théâtre Les sorcières de Salem de Arthur Miller, en passant par de nombreuses études sur le Moyen-Âge, on insiste pour nous rappeler que les sorcières n'ont pas été ce qu'en font les histoires à dormir debout.

On sait aujourd'hui que la plupart des femmes qui ont été condamnées (et assassinées) pour sorcellerie n'étaient pas des criminelles et n'avaient pas pour objectif de rôtir les enfants comme dans Hansel et Gretel. Elles étaient principalement issues de classes économiques inférieures et on suppose que certaines souffraient de maladie mentale. D'autres étaient des marginales, autonomes, qui allaient à l'encontre des pouvoirs religieux souvent en se présentant comme des guérisseuses.

Pourtant, rien n'y fait, la figure de la sorcière reste ancrée dans nos peurs... Rien ne parvient vraiment à la réhabiliter dans notre imaginaire.

Les prédateurs

De la même façon, nous continuons à craindre loups, requins, crocodiles, malgré les graphiques qui circulent sur Facebook pour nous rappeler que les deux animaux qui tuent le plus d'humains sont l'humain lui-même... et le moustique! Les morts réelles attribuées aux animaux que nous craignons sont peu nombreuses, mais la peur persiste. Pourquoi cela?

D'abord parce que la culture consolide nos peurs. C'est elle qui crée la sorcière telle que nous la rêvons (comme elle crée la princesse, d'ailleurs!). C'est elle aussi qui crée le loup et le requin (celui de Jaws ayant sans doute fait plus pour la mauvaise presse de la bête que les morts réelles du dernier siècle!).

Ensuite parce que la peur est profondément irrationnelle. J'ai beau savoir que les crocodiles ne tuent que 1000 personnes par année et que mes chances d'en rencontrer un sont bien minces, c'est viscéral. Quand j'y pense, j'ai des frissons...

Il est très difficile de s'appuyer sur la raison pour juguler ses peurs et pour avoir une approche moins fantaisiste du danger.

Les peurs persistantes

Comme la peur du requin et la peur de la sorcière, les peurs politiques sont souvent irrationnelles et nourries par les lieux communs d'une certaine culture qui joue sur nos émotions. Quand Arthur Miller écrit cette pièce évoquée plus tôt sur les sorcières, on est aux États-Unis en 1952 et il est incontestable qu'il dénonce le maccarthysme, cette chasse aux communistes dont on connaît tous les excès. À sa façon, Miller voulait nous rappeler que les sorcières sont rarement ce qu'on croit. Ou ce qu'on tente de nous faire croire.

Vous croyez que les peurs irrationnelles n'existent plus? Les actualités nous montrent pourtant que la peur de l'étranger et de la différence est en bonne santé! Ce n'est pas tout de réhabiliter les vieilles sorcières, il faudrait cesser de s'en créer de nouvelles.

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