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Le début de la Débandade

Véronique Hivon
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES La députée Véronique Hivon, marraine du projet de loi 52.

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J’aurais voulu partager la satisfaction des membres de l’Assemblée nationale après le vote sur la loi dite « Mourir dans la Dignité ». Le cheminement du projet de loi avait été exemplaire et pour une fois le niveau du débat avait transcendé la partisanerie habituelle.

J’aurais voulu partager la satisfaction des membres de l’Assemblée nationale après le vote sur la loi dite « Mourir dans la Dignité ». Le cheminement du projet de loi avait été exemplaire et pour une fois le niveau du débat avait transcendé la partisanerie habituelle.

Mais chacun des 94 votes favorables était un pas de plus vers l’arbitraire, vers la banalisation de la vie et de la mort. Désormais un individu, fut-il médecin, aurait un droit exclusif sur la vie de son patient. L’interdiction absolue de disposer de la vie des autres deviendra caduque à partir du moment où le patient concerné demandera et obtiendra le droit «de mourir dans la dignité».

Unique pour chaque individu

Je n’ai jamais mis en doute la sincérité et les convictions profondes des députés qui ont voté en faveur de la loi. Mais quand on parle d’euthanasie, de suicide assisté ou d’acharnement thérapeutique, c’est de vie et de mort qu’il est question. En légiférant sur la fin de vie, l’Assemblée nationale a donné un cadre obligatoire comme toute loi est tenue de le faire, à un moment de la vie d’un être humain qui par définition échappe à toute autre règle que celle que la nature lui impose. Aucune loi au monde ne peut généraliser une situation qui demeure unique pour chaque individu qui y sera confronté.

Ce moment, personne n’est en mesure de le qualifier. Ceux qui ont accompagné des personnes en phase terminale ont témoigné de l’unicité de cette expérience qui ne se répète jamais de façon identique d’un individu à l’autre. C’est cette unicité qui rendra la loi inapplicable.

La réalité quotidienne démolira le cadre législatif parce qu’il est impossible de déterminer qu’une souffrance est plus intolérable qu’une autre. Pourquoi être un adolescent plutôt qu’un adulte rend-elle la douleur plus supportable? Les enfants sont-ils moins dignes parce qu’ils sont admirables devant la souffrance ?

Pourquoi la Belgique et la Suisse, l’un sur l’euthanasie l’autre sur le suicide assisté, connaissent-ils un dérapage qui a commencé le jour où une première intervention médicale a mis fin à la vie d’un patient? À peine dix ans après la loi autorisant l’euthanasie, les drames quotidiens ont rattrapé les législateurs belges. Les enfants sont maintenant admissibles, la détresse psychologique peut être considérée dans certaines circonstances et une transsexuelle a même convaincu les responsables que la souffrance vécue après son opération était devenue insupportable. Quant à la Suisse, le suicide assisté est devenu un service à demande.

Les nouveaux dieux

À chaque jour, au Québec, on meurt dans la dignité. Les soins palliatifs dits soins de fin de vie, quand ils sont disponibles, assurent cette qualité. L’acharnement thérapeutique n’est plus obligatoire et tout patient peut la refuser. La médication est de plus en plus adéquate pour soulager toutes les souffrances. La mort provoquée n’est pas, par ailleurs, un soin de fin de vie: c’est la négation de la vie. La priorité de l’Assemblée nationale a toujours été ailleurs. Il fallait que les médecins soient désormais les juges de la vie et de la mort, de nouveaux dieux en quelque sorte. Je comprends que des centaines d’entre eux ne veulent pas assumer cette responsabilité.

Je comprends également pourquoi la justice est toujours représentée les yeux bandés.

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