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L'enfer des paradis

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Comment se fait-il que la Caisse de dépôt et placement du Québec continue d’investir dans des entreprises qui brassent des affaires dans les paradis fiscaux, et ce, en toute connaissance de cause?

Comment se fait-il que la Caisse de dépôt et placement du Québec continue d’investir dans des entreprises qui brassent des affaires dans les paradis fiscaux, et ce, en toute connaissance de cause?

Deux exemples tout chauds. Mon collègue Carl Renaud rapportait hier que la Caisse détenait entre 1,5 et 3 milliards d'investissements dans différents fonds et entreprises enregistrés dans des paradis fiscaux, comme les Bermudes, les îles Cayman, le Luxembourg. Pour sa part, Hugo Joncas,de notre bureau d’enquête, dévoilait que la Caisse avait notamment financé pour 86 millions la rénovation du Ritz-Carlton, et ce en acceptant des garanties de trois fiducies situées aux Bahamas.

Que les paradis fiscaux aient la mauvaise réputation de faciliter la mise en place de montages financiers opaques, tout en ouvrant la porte à l’évasion fiscale, cela ne semble aucunement inquiéter la direction de la Caisse de dépôt et placement.

Remarquer que la Caisse n’est pas la seule grande institution financière à ne pas se faire du mauvais sang avec la piètre réputation des paradis fiscaux. Toutes les grandes banques du monde brassent des affaires avec les paradis fiscaux. Prenons la Banque Royale du Canada. Elle est implantée dans tous les paradis fiscaux ou presque. Et elle le fait ouvertement. Il en est de même pour nos autres grandes institutions bancaires.

Le Pactole

Selon Statistique Canada, les Canadiens détiendraient des actifs de l’ordre de 155 milliards de dollars dans les sept principaux paradis fiscaux où ils sont actifs. On comprend l’intérêt de nos institutions financières pour les paradis fiscaux, ne serait-ce que dans le but d’offrir des services à leurs clients canadiens!

À la décharge des institutions financières, il n’est aucunement interdit de faire des affaires dans les paradis fiscaux. Ce qui est frauduleux c’est de ne pas déclarer tous les revenus que l’on y accumule et encaisse.

On ne le répètera jamais assez : c’est l’ensemble des honnêtes contribuables qui paient la facture des milliards de dollars qui s’envolent en évasion fiscale.

Au cours des dernières années, grâce à l’initiative des États-Unis, les pays industrialisés (Canada, Allemagne, Australie, France, Japon, Royaume-Uni) ont mené une vive lutte contre l’évasion fiscale. Résultat probant : un grand nombre de paradis fiscaux ont finalement décidé de se montrer moins opaques en acceptant de conclure des accords fiscaux visant à réduire sensiblement la catastrophique évasion fiscale.

Échange de renseignements

Ainsi, le Canada a signé avec de nombreux pays des accords d'échange de renseignements fiscaux dans le but de prévenir et d’enrayer le plus possible l’évasion fiscale.

Des accords ont été conclus avec la Suisse, la Barbade, le Luxembourg, le Bahreïn, les îles Vierges britanniques, le Liechtenstein, Anguilla, Aruba, Antilles néerlandaises, Bahamas, Bermudes, Costa Rica, Dominique, Guernesey, Île de Man, Îles Caïmans, Îles Turks et Caicos, Jersey, Panama, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Marin, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie, Brunéi, Uruguay, Colombie.

Des négociations sont en cours avec Antigua-et-Barbuda, Belize, Gibraltar, Grenade, Îles Cook, Libéria, Montserrat, Vanuatu.

Les adeptes d’évasion fiscale devraient noter avec soin la liste des pays qui se retrouvent aujourd’hui sur la liste des échanges de renseignements fiscaux avec Revenu Canada.

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