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L’engagement politique ennobli

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Nathalie Normandeau a livré hier devant la commission Charbonneau un aussi vibrant qu’inattendu plaidoyer en faveur de l’engagement politique, des régions et du pouvoir discrétionnaire des ministres.

Nathalie Normandeau a livré hier devant la commission Charbonneau un aussi vibrant qu’inattendu plaidoyer en faveur de l’engagement politique, des régions et du pouvoir discrétionnaire des ministres.

Mme Normandeau a un très gros bagage politique. Elle a été recrutée par Ronald Poupart, alors attaché de presse de Robert Bourassa, pour tenir l’agenda et plus tard travailler au service des communications au bureau du premier ministre. À la même époque, on y retrouvait aussi Josée Verner. Elle a par la suite été mairesse de Maria en Gaspésie, puis députée de Bonaventure, la forteresse de l’ex-doyen de la députation libérale, Gérard-D. Lévesque, à compter de 1998.

Elle s’est signalée dans l’opposition comme porte-parole de son parti en matière de développement régional. Je n’avais jamais entendu parler des régions avec autant de passion auparavant.

C’est la Nathalie Normandeau d’alors que l’on a retrouvé hier devant la juge France Charbonneau, avec en plus l’aplomb développé au cours de ses huit années dans des fonctions de ministre.

Mme Normandeau a défendu une définition très noble de l’engagement politique et du service public. Elle était visiblement très bien préparée.

Le pouvoir discrétionnaire

Mme Normandeau a défendu l’exercice de leur pouvoir discrétionnaire par les ministres. Elle a bien raison.

Chaque ministère administre des programmes bien normés et réglementés. Des situations se présentent cependant, des besoins surgissent, des régions vivent des problématiques particulières.

Gouverner c’est choisir, dit une maxime. La population s’attend que les membres du gouvernement leur prêtent l’oreille et répondent à leurs besoins. Si les ministres n’avaient pas droit à un pouvoir discrétionnaire, nous n’aurions pas besoin d’eux. La société serait administrée par des fonctionnaires qui appliqueraient aveuglément les programmes existants. Utiliser son pouvoir discrétionnaire ne veut pas dire qu’automatiquement il y a patronage et magouille.

C’est d’ailleurs ce même pouvoir discrétionnaire qui permet aux membres du gouvernement d’intervenir avec diligence lors de désastres naturels ou d’évènements tragiques comme ceux survenus à Lac-Mégantic.

Naïve ?

Vraiment naïve ou excellente comédienne? Mme Normandeau a affirmé qu’elle ignorait la pratique des prête-noms dans le cadre du financement sectoriel mené par les partis politiques. Elle a également dit avoir été trahie par son chef de cabinet, Bruno Lortie, si des affirmations faites devant la commission sur ses façons de faire sont fondées. Elle l’aurait congédié illico si elle l’avait su, alors qu’elle était ministre.

La pratique des prête-noms était connue de tous ceux qui ont baigné un certain temps dans les milieux politiques, à l’exception semble-t-il des ministres et du Directeur général des élections qui ont pratiqué l’aveuglement volontaire.

Quant aux relations entre son chef de cabinet et des représentants des firmes de génie, la transmission d’informations privilégiées et le lien possible avec le financement politique, les chefs de cabinet sont les cerbères des ministres. Ils se chargent des choses que les ministres ne doivent pas faire et souvent préfèrent ignorer. Ces derniers peuvent ainsi s’en dissocier lorsqu’elles deviennent connues et renier leur ancien bras droit.

Je ne crois pas que Mme Normandeau ait été la personne aussi naïve qu’elle tente de nous faire croire qu’elle a été. Pas avec un bagage politique comme le sien.

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