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Presse papier : les chiffres de la crise

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La presse papier est en crise. Je ne parle pas ici d'un titre en particulier ni même d'une région ou d'un pays.

La tendance est globale.

Elle touche l'Europe mais aussi le continent Nord-Américain.

L'information n'est pas nouvelle.

Elle peuple les réflexions de titres souvent moribonds et de ceux qui, encore en bonne santé, souhaitent le rester.

Travail sur le contenu, réflexion sur le contenant, la crise est devenue le sujet principal de conversations dans les rédactions.

Ce qui est nouveau par contre, ce sont les chiffres de son ampleur.

Qui, s'ils concernent uniquement les États-Unis, donnent une idée terriblement précise de la santé économique de notre métier.

HÉCATOMBE

Il y a quelques jours, le Harvard's Shorenstein Center on Media, Politics and Public Policy a publié son étude mensuelle sur l'état du journalisme aux USA.

Le rapport renferme un chiffre terrible: celui d'une véritable hécatombe.

Citant une enquête du très sérieux Pew Research Journalism Project, l'étude révèle que, depuis 2003, 54 200 emplois ont été supprimés dans les rédactions.

54 200 postes de journalistes !

En dix ans...

Oui, vous avez bien calculé, en moyenne, ce sont 5 420 journalistes qui se retrouvent sans emploi chaque année.

DIGITAL

Dans le détail, on découvre que c'est la presse magazine qui a été le plus touchée avec une perte de 38 000 journalistes.

Les plus optimistes remarqueront que dans le même temps il y a eu un transfert presque parfait vers le digital.

Pour alimenter ces plateformes électroniques, animer ces comptes sur les réseaux sociaux, la presse écrite crée des emplois.

Mais la révolution digitale à un prix. Payé directement par les journalistes.

En effet, ces nouveaux boulots sont plus précaires et surtout moins bien rémunérés.

 

INDÉCENCE

Pendant donc que 54 200 journalistes perdaient leurs emplois, pendant que les télé locales passaient d'équipes de trois personnes à une seule, pendant que les bureaux de Washington se dépeuplaient, NBC recrutait Chelsea Clinton.

La fille de Bill et Hillary n'a aucune expérience dans le métier. Aucune formation non plus.

Pourtant, elle "travaille" depuis 3 ans à la rédaction de la chaine de télévision où elle couvre, de temps en temps, les... bonnes nouvelles.

Son salaire annuel ? 600 000 dollars !

Oui, vous avez bien lu, en temps de crise, la fille de l'ex-président touche 50 000 dollars par mois !

Une habitude pour NBC qui, il y a quelques années, avait recruté - et largement payé -   la fille de George W. Bush puis celle du Sénateur John McCain.

Au delà de l'indécence de ces salaires, offrir un emploi en échange d'un accès plus aisé au pouvoir est en soit un vecteur accélérateur de la crise.

Car il touche directement à la crédibilité des médias.

Le public n'est pas stupide.

Lorsque Chelsea Clinton, Jenna Bush ou Meghan McCain passent dans son écran, il sait pourquoi.

Et, en réponse, il cesse de regarder, de lire ou d'écouter, pour se tourner vers internet et tenter de s'y faire sa propre opinion.

 

 

 

 

 

1 commentaire(s)

J-F. Couture dit :
19 juin 2014 à 0 h 04 min

@M. Reymond: Vous dites: «....Le public n’est pas stupide.Lorsque Chelsea Clinton, Jenna Bush ou Meghan McCain passent dans son écran, il sait pourquoi....»

En effet. Dans un article du USA Today du 28 décembre 2004, intitulé :« And it's all legal», Jonathan Turley, professeur de droit à «The George Washington University Law School» énonçait ses quatre règles (rules) que les élus peuvent utiliser pour s'enrichir en toute légalité.

Rule No.3: « Your children are your security. One way to reap the benefits of public service is for lobbyists to employ your spouse or children at huge salaries--despite their lack of experience».

Et le professeur de donner quelques exemples du type de celui que vous citez dans votre texte. Et cet article date de presque dix ans. «Nihil novi sub sole» dit le proverbe. N'est-ce pas?

Et comme le disait si bien el défunt magazine «CROC»: «C'est pas parce qu'on rit que c'est drôle».