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Harcelée sur Facebook, une ado s’enlève la vie

Le coroner a retrouvé plusieurs messages troublants adressés à l’adolescente de 14 ans par internet

France Guay et Daniel Richard, parents de Rosalie Richard
Photo isabelle maher Malgré leur énorme chagrin, les parents de Rosalie, Daniel Richard et France Guay, ont tout de même accepté de témoigner, souhaitant peut-être ainsi prévenir d’autres tragédies. «Elle aimait la vie, mais elle n’a pas su se protéger», répètent-ils.

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Harcelée à répétition sur Facebook, Rosalie, qui vivait déjà une adolescence difficile, a mis fin à ses jours en janvier. Ses parents ont depuis brutalement découvert le côté sombre des médias sociaux, un univers qui leur était complètement inconnu.

Harcelée à répétition sur Facebook, Rosalie, qui vivait déjà une adolescence difficile, a mis fin à ses jours en janvier. Ses parents ont depuis brutalement découvert le côté sombre des médias sociaux, un univers qui leur était complètement inconnu.

«Vous voulez faire une entrevue avec nous... Mais je ne sais pas quoi vous dire, je ne comprends même pas ce qui est arrivé», souffle tristement France Guay.

Cinq mois après le décès de Rosalie Richar­d, sa mère cherche encore des répon­ses.

Que s’est-il passé dans la tête de l’adolescente de 14 ans qui s’est enlevé la vie le matin du 21 janvier dernier? Ses parents le découvrent peu à peu... à la dure.

Une Tristesse inouïe

Dans son récent rapport sur le drame, le Dr Roger Laberge a ainsi noté que la jeune fille avait été victime d’intimidation.

«Quand le coroner m’a interrogé, il m’a dit qu’il avait lu 85 messages d’intimidation adressés à ma fille sur Facebook. Il était fâché, il a même sacré. Il m’a dit qu’en 30 ans de carrière il n’avait jamais rien vu d’aussi haineux», rapporte le père de Rosalie, Daniel Richard.

Le coroner Laberge confirme que l’histoire de l’adolescente de Howick l’a fortement ébranlé. «C’est d’une tristesse inouïe», s’est-il permis d’ajouter, en refusant toutefois de commenter davantage.

Enquête policière

Dans un rapport volontairement laconique, Dr Laberge s’est abstenu de faire des recommandations parce qu’une plainte a été déposée. Le dossier fait l’objet d’une enquête policière. Des accusations pourraient être portées contre un mineur.

«Dans ce genre de contexte, les coroners ont le choix entre attendre la fin des procédures d’enquête et de possibles accusations, ce qui peut prendre des années, et produire rapidement un rapport, mais plus laconique. C’est ce qui s’est produit dans ce dossier», explique Geneviève Guilbault, responsable des communications au bureau du coroner.

Qu’aurait-on pu recommander pour protéger la vie humaine sur les réseaux sociaux?

Les parents de Rosalie l’ignorent encore. Le couple n’était pas très familiarisé avec les nouvelles technologies.

Durs, les jeunes

«On ne connaissait pas ça, Facebook. Après la mort de ma fille, je me suis ouvert un compte, raconte France Guay. Si j’avais vu ça avant, elle n’aurait pas eu de compte. Je ne me le pardonne pas. Les enfants peuvent être bitch, mais vraiment bitch», lance-t-elle.

«De la merde...», ajoute Daniel Richard en hochant de la tête.

Ce n’est qu’en novembre dernier que les parents de la jeune fille ont découvert qu’un adolescent la harcelait par messagerie.

«Tu n’aurais pas dû naître... Tes parents ne t’aiment pas... Ils ne te voulaient pas...», lui aurait-il écrit.

Une correspondance qui durait depuis environ un an. Une relation malsaine avec l’ami d’un ami. Une «amitié» Facebook qui inquiétait l’entourage de Rosalie.

« Je la pensais assez forte... »

«Quand j’ai vu ça, j’ai confisqué le iPad de Rosalie. Elle a protesté, mais j’ai maintenu ma décision. Elle s’est trouvé un autre appareil à l’école. Celui-là, elle me l’a caché», relate la mère.

«Quand je m’informais de la situation elle me disait: “Inquiète-toi pas, maman, je ne me laisse pas faire...” et je l’ai crue. Je la pensais assez forte. On était proche, c’était mon bébé.»

«La veille de sa mort, on parlait avec elle des vacances d’été, jamais je ne me serais douté qu’elle ne serait plus là. Le soir, elle nous a souhaité bonne nuit comme d’habitude. Je ne comprends pas», répète le père de l’enfant.

Rosalie Richard fréquentait les réseaux sociaux depuis l’âge de 12 ans. En plus de l’intimidation, elle vivait divers problèmes qui relèvent de son intimité et que nous résumerons en deux mots: adolescence difficile.

Avec ses amis, Rosalie parlait souvent de suicide. Ses parents affirment l’avoir appris seulement après sa mort.

«Don’t let me fall...»

Ce fut le dernier statut Facebook de l’adolescente.

 

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