/entertainment/tv
Navigation
Rétro-télé | La Petite Patrie

Les échos d’une Petite Patrie

Le Journal profite de la période estivale pour s’entretenir avec les artisans d’émissions qui ont marqué notre télévision… Voici donc une tranche d’histoire télévisuelle qui vous rappellera sans doute de bons souvenirs.

Coup d'oeil sur cet article

Je devais avoir à peu près cinq ans lors de la première diffusion de La Petite Patrie. Je me suis rattrapée un peu plus tard, toujours enfant. Nous regardions l’émission en famille, mon père ayant grandi dans le quartier dépeint par Claude Jasmin. J’en garde le souvenir d’une famille unie et de personnages revendicateurs. Un hommage que son créateur a voulu rendre aux siens qu’il aimait tant, en souvenir d’une jeunesse heureuse.

Je devais avoir à peu près cinq ans lors de la première diffusion de La Petite Patrie. Je me suis rattrapée un peu plus tard, toujours enfant. Nous regardions l’émission en famille, mon père ayant grandi dans le quartier dépeint par Claude Jasmin. J’en garde le souvenir d’une famille unie et de personnages revendicateurs. Un hommage que son créateur a voulu rendre aux siens qu’il aimait tant, en souvenir d’une jeunesse heureuse.

La Petite Patrie occupait les dimanches soirs à Radio-Canada. Le téléroman familial suivait un autre gros succès, Quelle famille! qui relatait lui aussi le quotidien d’une vraie famille québécoise avec ses hauts et ses bas, les Bertrand-Lajeunesse.

«Mais contrairement à Quelle famille!, nous n’étions pas une famille contemporaine, rappelle Claude Jasmin. Il fallait retourner une bonne vingtaine d’années en arrière. Le département des costumes consultait sans cesse les catalogues anciens des magasins Morgan ou Eaton. Le public disait adorer d’ailleurs ce petit côté archives qui se rapprochait un peu du documentaire.»

Dans la vie, au milieu des années 40, au logement du 7068 de la rue Saint-Denis, vivaient Édouard, Germaine, Lucille, Marcelle, Marielle, Nicole, Raynald, Marie-Reine et Claude Jasmin. Mais quand les caméras s’allumaient sous la houlette du réalisateur Florent Forget, c’est Edmond, Gertrude, Lucie, Murielle, Marie-Paule et Clément Germain qui prenaient vie dans nos salons.

«Le réalisateur ne voulait pas de jeunes enfants sur le plateau. J’ai donc dû éliminer mon frère cadet Raynald et Marie-Reine la benjamine de la fiction, se souvient Claude Jasmin. Alors que Marie-Paule est un mixte entre mes sœurs Marielle et Nicole. C’était Louise Rinfret qui la jouait. Une fantastique jeune comédienne qui, à 23 ans, interprétait une enfant de 13 ans. Je crois qu’elle est responsable d’une grande partie du succès de la série.»

Le reste de la distribution était aussi de taille. «Florent Forget faisait son casting en feuilletant mon album de famille», poursuit-il. Jacques Galipeau, comédien très actif vu dans de nombreux téléromans populaires dont Le Survenant et Marie-Didace, hérita du rôle du père, Edmond, un homme bon, pieux, travaillant. «La ressemblance était hallucinante. En le voyant, ma famille n’en revenait pas.»

C’est à la grande Gisèle Schmidt qu’on donna le rôle de Gertrude, la mère adorée qui menait sa famille. «Je la voyais ronde, je pensais à Juliette Huot. Mais Gisèle Schmidt a créé une mère inoubliable et hors du commun. Ma mère la vénérait et avait même osé lui dire qu’elle “l’imitait” très bien!»

La Petite Patrie a aussi contribué à lancer la carrière des jeunes acteurs Vincent Bilodeau (Clément), Christiane Pasquier (Murielle) et Louise Laparé (Lucie, l’aînée). Cette dernière avoue d’ailleurs que La Petite Patrie fait partie de ses meilleurs souvenirs.

Famille de l’après-guerre

Les Germain s’occupaient du restaurant d’en bas. Comme dans toute famille québécoise de l’après-guerre, le dimanche était jour de messe. La journée la plus calme dira Clément, alter ego de son auteur. Puis, le lundi, le train-train quotidien redémarrait. Les enfants repartaient pour l’école, le père reprenait le boulot, alors que la mère, une femme forte avec beaucoup de caractère, faisait la corvée du lavage.

«La Petite Patrie est un téléroman entièrement autobiographique. Entre 1974 et 1976, j’y ai raconté plus de 75 tranches de vie de mon adolescence. Il faut dire que j’ai eu une belle adolescence et une enfance joyeuse. Ce petit bonheur populaire aide évidemment et les anecdotes drolatiques étaient montrables.»

Chaque épisode débutait par la narration du jeune Clément, un gars d’opinions et à la verve facile qu’interprétait Vincent Bilodeau. «Je suis sorti de l’école de théâtre en 72, j’avais joué dans quelques pièces, dans un téléthéâtre et tenu le rôle d’un bum dans Quelle famille! quand j’ai décroché le rôle de Clément. Claude Jasmin venait aux répétitions et était très à l’écoute, très ouvert. Il aimait l’interprétation que je faisais et me disait à la rigolade: “T’es tellement plus intelligent que je l’étais!”.»

Jasmin confie d’ailleurs que son interprète était très solide. Le ton de l’émission reposant en quelque sorte sur ses épaules. «Clément avait comme Claude un sens aigu de l’observation, c’était un militant, un plaideur et un grand romantique, poursuit l’acteur. Son père voulait qu’il soit prêtre, ce qui occasionnait souvent des désaccords avec lui et des conflits avec sa mère.»

«D’ailleurs, à l’époque, j’étais le fils que toutes les mères voulaient! La Petite Patrie avait un fan-club très attaché aux personnages. On m’en parle encore souvent aujourd’hui. Certains reconnaissent aussi ma voix, étant donné la narration du début de l’émission. Ça a marqué les gens», soutient Vincent Bilodeau.

Revivre sa jeunesse

Claude Jasmin avait 44 ans au moment d’écrire La Petite Patrie. Il n’était pas rare qu’il se pointe sur les tournages. «Très souvent même. Il m’est aussi arrivé de fuir littéralement le studio ou les lieux d’un tournage, parce que j’étais trop ému, bouleversé de revivre cela. Je me souviens même d’un jour où l’on jouait une scène avec un ex-camarade, le p’tit André Thériault, fils du charbonnier de Villeray. Soudain, alors que je le croyais déménagé, voilà que MON André Thériault apparaît dans la ruelle derrière le caméraman. J’ai craqué. Plus capable de parler. Muet. Hypnotisé ben raide! Puis, on a ri ensemble.»

Il faut dire que tous les extérieurs du téléroman étaient tournés sur les lieux réels. «Quand l’équipe débarquait chez mes parents, rue Saint-Denis, ils disaient: Madame Jasmin, allez vite vous asseoir chez la voisine, on tourne sur votre balcon! Maman, en belle saison, fière, s'installait dans son fauteuil de rotin, sur le balcon d’en avant et souriait volontiers aux passants. Il lui arrivait de dire: “Oui, c’est moi, je suis la mère de La Petite Patrie.” Mes proches se voyant revivre et sachant que plus d'un million de gens tous les dimanches soirs découvraient leur petite vie étaient ravis.»

Regard sur une société

«Claude Jasmin a eu un regard très aigu, mais jamais critique sur la société, avance Vincent Bilodeau. Les gens avaient beaucoup de sympathie pour la famille Germain. On y évoquait la condition féminine, le rapport entre époux, les classes sociales, la maladie mentale. Au snack-bar, on recevait toute sorte de monde et tous étaient acceptés. Jasmin avait une vision très humaniste. Les aspects sociopolitiques étaient abordés, mais tout en subtilité. Il n’y avait jamais de polémique. Il décrivait une société constituée de gens qu’il aimait.»

La Petite Patrie a été si marquante qu’elle fait désormais partie du paysage montréalais à part entière puisqu’on a baptisé le quartier en son honneur. «Quand la ville, sans me consulter, donna ce nom au secteur délimité par le sud de Villeray et l’ouest de Rosemont, j’en fus très flatté évidemment. Parfois, des jeunes me disent: “M. Jasmin, bonne idée d’avoir pris le nom d’un quartier pour baptiser votre téléroman.” Je rigole», conclut le célèbre écrivain.

Commentaires
Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.