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Non, le coût de la vie n’est pas plus bas au Québec (prise 29410)

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Dans sa plus récente colonne dans l’Actualité, l’économiste Pierre Fortin en remet sur la question du coût de la vie au Québec et en Ontario. Dans sa colonne, M.Fortin répond en partie à mon étude publié au Centre sur la Productivité et la Prospérité. Malheureusement, la réponse n’est guère convaincante tant par son caractère partiel que sa nature confuse. 

Une obsession malaise sur Toronto et Montréal

Par ailleurs, M.Fortin a une obsession malsaine avec la différence de prix entre Montréal et Toronto, ce que j'évite dans mon papier avec soin. Cette obsession à ne pas considérer le poids relatif de chaque ville mène les lecteurs à penser que Toronto a le même poids en Ontario que Montréal au Québec. Ce n'est pas le cas. En fait, en essayant de tenir compte de d'autres villes et régions à l'intérieur des deux provinces, Martin Coiteux (lorsqu'il était à HEC) a découvert que l'écart brut se situait à 5% - nettement en dessous du "guesstimate" provincial de M.Fortin. Une étude plus ancienne de Chris Sarlo (pour 1988) situait l'écart provincial à moins de 9% (toujours plus bas que M.Fortin). En se concentrant sur Montréal et Toronto, M.Fortin surestime donc le coût de la vie en Ontario.

Par ailleurs, juste avec ce seul point, l’entièreté du commentaire de M.Fortin tombe à l’eau comme une roche. Au Québec,  l’électricité, la garde d’enfants et la scolarité universitaire sont subventionnées par le gouvernement provincial. Le gouvernement baisse artificiellement ces prix qui entrent dans le « coût de la vie ». Cependant, le coût des subventions est assumé différemment : par la voie des impôts. Comme il le dit si bien « les subventions ont beau alléger le coût de la vie, les impôts ensuite prélevés pour les financer viennent annuler cet allégement », un point qu’il me concède ouvertement. En me concédant ce point, il faut réaliser que si nous devions payer notre électricité au prix du marché, l’écart de 5% en faveur du Québec tomberait à 2.5%. Ajoutons les frais de garde ainsi que les frais de scolarité universitaires et l’écart vient de s’effondrer massivement. Ce seul point démontre que M.Fortin se trompe dans son analyse.

Le taux de propriété est une mesure de qualité

Dans son article, M.Fortin rejette du revers de la main les différences de qualité dans les marchés Torontois et Montréalais. Omettons le fait qu’il se concentre encore sur ces deux villes alors que mes statistiques (auquel il répondait) s’adressaient à l’ensemble de la province, il semble que le taux de propriété n’est pas une mesure de qualité selon M.Fortin.  Le taux de propriété domiciliaire au Québec est de 60%. En Ontario, on parle plutôt de 67% et dans les Prairies on parle de 71%.  Comment ne pas considérer un tel écart comme un écart de qualité qui aurait un effet sur les prix? Pourtant, c'est ce que fait M.Fortin en ne se concentrant que sur le marché locatif. Si les Québécois devaient devenir propriétaires dans une proportion similaire aux Ontariens, la demande d'espace par habitant augmenterait massivement et les prix augmenteraient. Sans tenir compte de cette simple différence, M.Fortin commet une erreur économique terrible puisqu'il affirme implicitement que le taux de propriété (i.e. le nombre de maisons) n'a pas d'effet sur les prix. Ajoutons que selon le Canadian Housing and Building Association, le nombre de pieds carrés dans les maisons nouvellement construites au Québec est seulement de 1500 pieds  carrés comparativement à 2000 en Ontario, 1800 en Alberta, 2,200 en Colombie-Britannique et 1900 pieds carrés pour le Canada dans son ensemble. Ainsi, non seulement nous sommes moins souvent propriétaires (une première mesure de qualité inférieure au Québec), mais en plus nos maisons sont plus petites lorsque nous en avons (une seconde mesure de qualité inférieure au Québec).

Par ailleurs, une enquête économétrique complète de Statistiques Canada rapporte aussi d’importantes différences de qualité dans le marché locatif de chaque province. Les Torontois ont plus souvent accès à des logements qui incluent stationnement, électricité, électroménagers, eau chaude et chauffage que ce n'est le cas pour les Montréalais.  Non seulement cela, mais les Québécois coupent aussi dans les « autres » services lié au logement tel que la cablo-diffusion, l’internet, des téléphones cellulaires, des lecteurs CD, des électroménagers etc.  Les statistiques des recensements et enquêtes confirment aussi que les logements québécois sont moins souvent équipés de l’internet, d’un ordinateur, lecteurs CD, téléphones cellulaire, automobiles, d’un four à micro-ondes, d’une sécheuse et de la câblodiffusion (voir tableau 203-0047 de Statistiques Canada). En plus, les logements québécois ont plus souvent besoin de "rénovations majeures" que les logements ontariens (voir tableau 203-0047 de Statistiques Canada). Je vois difficilement comment M.Fortin peut exclure de tels éléments dans l’évaluation de la qualité d’un logement à moins d’avoir une compréhension étroite de ce qu’est la qualité. Si les Québécois devaient hausser leur demande au niveau de l'Ontario, le choc sur l'offre ferait grimper les prix rapidement et le coût de la vie augmenterait.

Les autres mesures du coût de la vie

Finalement, M.Fortin semble prendre exception avec l’un de mes graphiques avec 34 biens choisis sur expatisan.com et numbeo.com. Dans ce graphique, je démontre que pour des biens équivalents, les Québécois travaillent plus longtemps que les Ontariens afin de les obtenir. Il prend exception avec ce graphique et concentre toute sa critique autour de ce graphique.   Il omet toutefois de mentionner cependant que je démontre la même chose à travers le temps en utilisant les paniers d’aliments jugés « essentiels » mesuré par Chris Sarlo  de l’Université Nippissing qui a été indexé à l’indice du prix des aliments. Ainsi, pour s’acheter un panier d’aliments nécessaire selon le guide alimentaire canadien (par année), un Québecois au salaire médian devait travailler environ 25 heures de plus qu’un Ontarien, 26 de plus qu’un Canadien vivant dans les prairies et 40 de plus qu’un Britanno-colombien. Au salaire moyen, on parle d’environ 30 heures de plus que dans ces trois régions. Finalement, il omet bien de mentionner que l’Union des Banques Suisses confirme mes constats dans son édition 2012 des Prix et Salaires. Selon cette institution, un Montréalais devait travailler 18.7% plus longtemps qu’un Torontois pour un iPod et 40% de plus pour un kilogramme de riz. Ajoutons aussi que les données de Statistiques Canada démontrent aussi que les Montréalais doivent payer plus cher pour leurs vêtements que les Torontois. Étant donné les salaires plus bas, ceci signifie que les Montréalais doivent travailler beaucoup plus longtemps.

EtudeCPP2

Raisonnement étrange sans l’épargne

Finalement, selon Pierre Fortin, il y a un écart de seulement  9% au titre de la consommation par habitant entre le Québec et l’Ontario. Pour des raisons étranges, M.Fortin semble ignorer l’épargne des ménages (3.1% contre 5% en 2012). Pourtant, si un ménage consomme une proportion supérieure de son revenu disponible que ses voisins alors que son revenu est plus bas, il semble raisonnable d’admettre que l’écart est supérieur au 9% de M.Fortin.

Conclusion

Au final, tout indique qu’au mieux, le coût de la vie au Québec soit marginalement plus bas qu’en Ontario – toutes choses étant égales par ailleurs. Au pire, l’écart qui tient compte de la qualité joue en faveur de l’Ontario et non du Québec.

7 commentaire(s)

Maxime Leroux dit :
26 juin 2014 à 13 h 03 min

En ce moment je me rappel de mon ancien superviseur de stage, chercheur au centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du CHUS, qui me disait comment sa rémunération avait diminué depuis qu'il était au Québec, comment la vie à Toronto était plus trépidante, mais qui terminait en disant que sa qualité de vie s'était tellement améliorée depuis qu'il vivait ici.

Finalement, c'est bien beau pouvoir s'acheter plus de biens et services, mais si ton milieu de vie "suck" t'es pas plus avancé.

Serait intéressant de comparer le coût de la vie à "qualité de vie" égale. Ici "qualité de vie" serait difficile à définir.

Pierre Bouchard dit :
26 juin 2014 à 14 h 30 min

Très bon article.

Simon dit :
26 juin 2014 à 15 h 28 min

Le meilleur indice, et ce depuis au moins les 15 dernières années, qui m'a toujours fait comprendre qu'on payait cher au Québec est définitivement le prix des loyers. Beaucoup ont l'impression que les loyers sont moins chers ici que dans le reste du canada, mais c'est totalement faux. Oui, le prix net est moins élevé (et encore là ça dépend où), mais à peu près tous les loyers hors canada comprennent l'essentiel nécessaire dont les meubles, les électros, l'électricité, le chauffage etc, donc, beaucoup moins à acheter et à assumer comme coûts. On est des tortues qui déplacent tout le bazar, mais on n'a pas la maison.... quelque chose que j'ai toujours trouvé incompréhensible. Et c'est sans mentionner la qualité plus que douteuse de beaucoup de logements à Montréal. Le salaire est par surcroit un peu plus élevé dans le reste du Canada, donc au final, les gens paient très (très) chers leurs loyers au Québec. Probablement plus que plusieurs villes au Canada. Pourquoi on ne se compare pas correctement avec ce qui nous entour comme prix? C'est la question.

C'est pas pour rien qu'on reçoit de la péréquation, on est vraiment pauvre.... c'est plutot triste.

Gilles Bousquet dit :
26 juin 2014 à 16 h 00 min

Est-ce que la différence du coût des maisons et des taxes a été pris en compte ?

Denis dit :
26 juin 2014 à 17 h 23 min

Aah ces débats entre économistes... Je vois plus ici quelles sont les priorités disons idéologiques de un et l'autre.

Pour comparer aussi ce n'est pas si simple ? Quel Ontarien on compare et que met-il dans son panier de consommation ?

Fortin parle aussi du niveau de vie et il met cela en perspective avec le coût de la vie, j'imagine pour réduire l'écart.

Il n'en reste pas moins que je crois bien que le niveau de vie à Toronto est plus élevé qu'à Montréal, en général pas pour tous et dans tous les milieux, par contre pour le coût de vie c'est aussi plus élevé, avoir exactement le même bien n'est pas non plus possible qu'il soit plus de qualité ou non , c'est le consommateur qui est capable d'évaluer son surplus du consommateur pas son voisin. Votre logement peut être meix et vous êtes plus satisfait mais pas assez pour l'écart de prix. Les Torontois sont aussi plus riches que les Montréalais.

Pour l'Ontario versus le Québec ? On veut faire une comparaison générale ? Il serait pas préférable de faire des comparaisons régionales ? Et encore avec les impôts et tout, l'idéologie ou nos préférences viennent encore s'en mêler.

Le panier de biens essentiels , il y a quoi dedans ? Et on doit travailler plus au revenu médian pour se le procurer... Évidemment si on gagne moins...

Disons alors simplement que Fortin par sa méthode du PIB par parité du pouvoir d'achat a raison de réduire l'écart de niveau de vie entre le Québec et l'Ontario ou encore avec les États-Unis mais que l'écart existe toujours et qu'un une mesure au niveau d'une moyenne cela ne veut vraiment pas dire pour tout le monde et toutes les situations.

Et l'endettement privé et public ? En payant plus d'intérêts on ne réduit pas son niveau de vie ou on choisit volontairement par l'endettement de l'augmenter artificiellement pour être obligé de le réduire plus tard.

Réjean Guay dit :
26 juin 2014 à 23 h 15 min

A-t-on besoin d'un autre débat entre économistes ? Par rapport au jeune Gelaso , Pierre Fortin me paraît plus crédible . La sagesse et le calme versus l'arrogance du néophyte qui adore qu'on parle de lui .

larry dit :
3 juillet 2014 à 6 h 40 min

Mr Geloso, votre article porte t'il sur le coût de la vie ou la qualité de vie À vous lire, je pense qu'il est prétentieux de votre part de vous comparer à M Fortin