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Il était une fois René Lévesque

la souveraineté permettrait justement au Québec de sortir d’un petit carré de sable provincial

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Tout à la fois admiré et combattu de son vivant, René Lévesque est aujourd’hui adulé par la grande majorité des Québécois. On chante ses louanges. Plus personne n’ose égratigner sa mémoire. Il y a un prix à cela, toutefois. On a aseptisé son souvenir. On l’a rendu inodore. René Lévesque est devenu un papy libidineux et gentillet, un politicien qui n’aurait jamais dit de gros mots, réduisant la démocratie à la seule gestion des droits individuels.

Tout à la fois admiré et combattu de son vivant, René Lévesque est aujourd’hui adulé par la grande majorité des Québécois. On chante ses louanges. Plus personne n’ose égratigner sa mémoire. Il y a un prix à cela, toutefois. On a aseptisé son souvenir. On l’a rendu inodore. René Lévesque est devenu un papy libidineux et gentillet, un politicien qui n’aurait jamais dit de gros mots, réduisant la démocratie à la seule gestion des droits individuels.

C’est pourquoi la publication par les historiens Éric Bédard et Xavier Gélinas du premier tome des Chroniques politiques de René Lévesque, parues entre 1966 et 1970, est une excellente nouvelle. Le passé s’y éclaire. Sur 754 pages, l’histoire revit en direct sous sa plume. Une chose frappe d’abord: la liberté de style. Quand Lévesque veut dire d’un journal qu’il s’agit d’un «torchon» ou qu’un homme politique est une «guenille» ou un «colonisé», il le dit. Quand il parle des Québécois francophones, il n’hésite pas à dire «nous» et «notre peuple».

Formules abrasives

Cela ne devrait pas nous surprendre de l’homme qui, en 1970 (dans un discours, pas dans une chronique de ce livre), expliquait ainsi la présence de deux ministères de l’immigration: un à Ottawa pour «nous noyer», un autre à Québec pour «enregistrer la noyade». De même, dans son livre Option Québec, Lévesque s’inquiétait de ces Québécois qui renient leur histoire. «Quiconque ne la ressent pas au moins à l’occasion n’est pas ou n’est plus l’un d’entre nous.» Quoi qu’on pense de ces formules abrasives, on ne peut faire semblant qu’elles ne sont pas de lui. Aujourd’hui, il ferait scandale toutes les deux minutes.

René Lévesque s’était fait connaître avec Point de mire. Il expliquait le monde aux Québécois. Dans ses chroniques, l’actualité internationale est partout présente. Son regard n’est pas désincarné. Pour lui, la souveraineté permettrait justement au Québec de sortir d’un petit carré de sable provincial insignifiant et d’embrasser l’humanité. Au fil des textes, on voit Lévesque devenir progressivement souverainiste, en allant jusqu’à fonder le PQ, à un moment où la planète connaissait une mutation sans précédent.

Une vision

C’est rafraîchissant. Aujourd’hui, on nous dit souvent que plus une personne parle de langues, ou plus elle s’intéresse aux cultures du monde, et moins elle sera souverainiste. Autrement dit, plus on s’ouvre aux autres peuples, et moins on voudra que le sien soit souverain. Comme si le souverainisme était un réflexe frileux pour attardés folkloriques cherchant à se donner un pays pour se retirer de la planète. On aurait le goût de leur dire: allez lire René Lévesque!

René Lévesque partait des problèmes concrets des gens et les inscrivait ensuite dans une vision globale. Il ne se contentait pas de rapiécer les choses au jour le jour. Il avait une vision. Il invitait au dépassement et préférait l’effort à la facilité. Espérons que le deuxième tome, qui rassemblera ses chroniques du Journal de Montréal, sera rapidement publié.

 
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