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environnement | Pétrole

Oléoduc suspect en ville

Un expert américain met en garde contre une étude commandée par Québec sur le pipeline Enbridge

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Québec a payé 320 000 $ pour un rapport sur le pipeline d’Enbridge qui n’a aucune valeur scientifique et ne permet pas de juger des risques de catastrophe, selon un expert renommé qui siège au département des Transports américain.

Québec a payé 320 000 $ pour un rapport sur le pipeline d’Enbridge qui n’a aucune valeur scientifique et ne permet pas de juger des risques de catastrophe, selon un expert renommé qui siège au département des Transports américain.

«Je ne suis pas là pour me faire des ennemis, mais ce rapport c’est de la science-poubelle», tranche Richard Kuperwicz en lisant le rapport de la firme albertaine Dynamic Risk, qui a obtenu le contrat de Québec sans appel d’offres, en janvier.

Pour M.Kuperwicz, la principale faille de l’analyse est qu’elle se base essentiellement sur des informations fournies par Enbridge elle-même et non sur les données scientifiques indépendantes.

La ligne 9B du pipeline d’Enbridge doit transporter du pétrole albertain à travers le Québec et l’Alberta, en traversant des zones urbaines fortement peuplées, dont Montréal et Toronto. Pour ce faire, la pétrolière souhaite inverser le flux du brut d’ouest en est dans la conduite, qui transporte actuellement du pétrole léger dans le sens inverse.

Risque élevé

M. Kuperwicz a analysé le projet devant l’Office national de l’énergie l’automne dernier, à la demande des groupes environnementalistes. Il a conclu que la conduite présente «un risque élevé de rupture» en raison de la corrosion et des fissures. Pour lui, rien dans le rapport de Dynamic Risk ne permet de rassurer le public.

Loin d’être un nouveau venu dans l’industrie des oléoducs, M. Kuperwicz a longtemps travaillé au design de ces lignes de transport avant de fonder son propre cabinet d’experts. Il siège aujourd’hui au département des Transports américain, sur le Liquid Pipeline Advisory Committee.

Transparence

M. Kuperwicz souligne que le rapport est basé sur des informations données «sous forme de présentations verbales» au cours de réunions. Dynamic Risk indique en effet ne pas avoir eu accès aux registres d’inspection interne, et aux rapports d’excavation associés à ces inspections, car «cette information est considérée par Enbridge comme étant de nature exclusive et privée».

Pour M.Kuperwicz, c’est la preuve d’un manque de transparence grave qui discrédite les conclusions du rapport. «La base fondamentale d’un processus scientifique est la transparence, gronde-t-il. La transparence permet aux gens de vous juger sur des faits.»

Pour lui, le Québec a de sérieuses questions à poser. Le ministère de l’Environnement n’avait toutefois pas répondu aux questions du Journal au moment de mettre sous presse.

 

«Fuite d'un oléoduc d'Exxon Mobile dans un quartier résidentiel de l'Arkansas en 2013. Le pipeline d'Enbridge traverse des zones similaires au Québec, notamment à Terrebonne. Vidéo tournée par un citoyen.»
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