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Cimenterie de Port-Daniel

Le projet le plus polluant de l’histoire

Aucune analyse environnementale ne sera effectuée par le BAPE

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La cimenterie de Port-Daniel sera le projet industriel le plus polluant de l’histoire de la province, même s’il ne fait l’objet d’aucune étude environnementale approfondie, une «décision politique» du gouvernement Couillard.

La cimenterie de Port-Daniel sera le projet industriel le plus polluant de l’histoire de la province, même s’il ne fait l’objet d’aucune étude environnementale approfondie, une «décision politique» du gouvernement Couillard.

La mégacimenterie de Port-Daniel en Gaspésie, dans lequel le gouvernement du Québec injecte 450 millions $ d’argent public en prêt et en capital-actions sur un budget total de 1,1 milliard de dollars, sera le complexe industriel le plus polluant du Québec. Elle produira deux millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES), selon une étude commandée par les promoteurs du projet, loin devant les raffineries de Lévis et de Montréal.

Le principal combustible utilisé par la cimenterie sera la coke de pétrole, un déchet de la purification des pétroles lourds, comme le pétrole des sables bitumineux albertains. Il est plus polluant que le charbon et contient du soufre et des métaux lourds.

Pourtant, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement n’aura pas son mot à dire et n’analysera pas le projet. Le ministre de l’Environnement, David Heurtel, martèle qu’il est impossible pour lui de mettre le chien de garde environnemental sur le cas du projet de cimenterie. «Dans le contexte, la réglementation [du BAPE] ne s’applique pas. Il n’y a pas de BAPE possible», a-t-il affirmé hier à l’entrée du Conseil des ministres.

Le projet, argue ce dernier, a été déposé par Ciment McCinnis, une propriété de la famille Beaudoin-Bombardier, en mai 1995, un mois avant l’entrée en vigueur de la loi le forçant à être examiné par le BAPE. Toutefois, la capacité de production de la cimenterie a depuis été revue de 1 million à 2,2 millions de tonnes métriques de béton par année.

Décision politique

L’argument du ministre est rejeté du revers de la main par le Bureau d’audiences. De l’avis de l’organisme, il s’agit d’une «décision politique» du gouvernement Marois qui a lancé le projet de cimenterie en février, puis du gouvernement Couillard, qui a repris le flambeau à son arrivée au pouvoir.

Au service des communications, on affirme que «la date n’a pas vraiment d’importance» et que la décision de donner ou non le mandat au BAPE «est politique puisque c’est la décision du gouvernement.»

Coke de pétrole

De plus, une étude de 2013 commandée par Ciment McInnis affirme que la cimenterie utilisera comme combustible «le coke de pétrole, un résidu des raffineries qui possède une grande valeur calorifique». Pour réduire son empreinte écologique, elle mise sur la fermeture de «cimenteries plus âgées en exploitation en Amérique du Nord».


 

Le marché du carbone chamboulé par la cimenterie ?

La mégacimenterie de Port-Daniel et ses deux millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) pourrait bouleverser la bourse du carbone et faire augmenter le prix de l’essence, croit Greenpeace.

«Il y a une quantité limitée de crédit carbone. Avec la loi de l’offre et la demande, le prix va augmenter. La taxe carbone sur l’essence pourrait même gonfler», explique Patrick Bonin, responsable de la campagne

Climat-Énergie chez Greenpeace.

Le principe du marché du carbone Québec-Californie, entré en vigueur le 1er janvier, est de fixer le prix plancher pour un crédit carbone correspondant à une quantité de GES. Ce prix fluctue ensuite en fonction de l’offre et de la demande.

Or, le projet de Ciment McInnis va gonfler de 10 % les émissions de GES du secteur industriel du Québec. «C’est énorme. Si Ciment McInnis en produit deux millions de plus, il faut les réduire quelque part ou Québec va devoir payer», a ajouté M. Bonin.

Il faut un BAPE

À son avis, le Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) aurait pu évaluer l’impact d’un tel projet sur le marché du carbone et sur le prix à la tonne. «C’est inquiétant de voir que personne ne défend la question des GES au Conseil des ministres», a dit M. Bonin.

Il critique particulièrement l’usage de la coke de pétrole comme combustible pour produire du ciment. «Ce sont les déchets de raffinerie. Essentiellement, le Québec va devenir l’incinérateur de déchets du pétrole sale de l’Alberta. Tout ça pour un projet qu’on subventionne avec nos taxes», a déploré M. Bonin.

Pour André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), il est clair que les objectifs du Québec de réduire de 20 % ses émissions de GES en 2020 ne sont pas conciliables avec la construction de cette cimenterie.

La seule façon d’y arriver serait d’acheter des crédits carbones à la Californie, «si on est capable de se les payer».

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