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On se compare, on ne se console pas

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En début d’année, une vaste majorité de pays ont dénoncé les lois et la répression homophobe de la Russie. Pour certain.e.s, la dénonciation aurait pu aller plus loin, des groupes appelant même au boycott des Jeux olympiques de Sotchi. Les images de répression nous venant de la Russie n’étaient pas accompagnées de beaucoup d’amour ou de tolérance envers l’homosexualité. On a hissé le drapeau arc-en-ciel sur le Parlement à Québec, à Queen's Park...  mais Rob Ford n’était pas convaincu.

La démesure du traitement violent observée en Russie n’a rien à voir avec ce qui se passe au Canada et au Québec. C’est vrai. Mais l'expression « lorsque l’on se compare, on se console » n’est pas appropriée pour toutes les situations. Une violence motivée sur quelque chose d’aussi archaïque que l’homophobie entre dans cette catégorie. Quelques semaines, pour ne pas dire quelques jours, avant que les drapeaux se hissent, plusieurs voies de fait, fort probablement motivées par l’homophobie, ont été rapportées dans le Village à Montréal. Ces événements ont fait la manchette, mais ce n’est pas toujours cas. Quelle est la situation au Canada et au Québec par rapport aux crimes motivés par une haine de l’homosexualité? Sommes-nous sur la bonne voie pour éliminer cette forme de crime haineux?

Est-ce que les événements dans le Village sont des cas marginaux ou isolés?

Chaque année, Statistique Canada publie des données sur les crimes haineux, données qui incluent les motifs apparents du crime, dont ceux basés sur l’orientation sexuelle. Pour le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), un crime haineux : « est motivé par des préjugés ou de la haine fondés  sur des facteurs tels que la race, l’origine nationale ou ethnique, la  langue, la couleur, la religion, le sexe, l’âge, la déficience mentale ou physique ou l’orientation sexuelle de la victime ».

En 2013, il y a eu au Canada 185 crimes haineux motivés par l’orientation sexuelle présumée de la victime ce qui exclut les événements cités plus haut. Cela équivaut à un peu plus de 0,5 crime par 100 000 habitant.e.s. Au Québec, le ratio est légèrement plus bas comme l’ensemble des crimes haineux. Tout ça est bien abstrait, surtout que ces données représentent les crimes rapportés à la police. Il est fort à parier que le nombre est plus élevé que ce qui est réellement déclaré, que l’image que nous avons ici n’est que la pointe de l’iceberg. Ce genre de crime haineux est souvent difficile à rapporter entre autres à cause de l’attitude peu réceptive de certains policiers.

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Source : Statistique Canada

Il ne faut donc pas penser que les événements dans le Village ne sont que des cas isolés. Surtout que les crimes haineux (tout motif confondu) sont en hausse depuis 2006. Comme le montre le graphique 1, le nombre de crimes violents a augmenté de manière considérable au Canada durant cette période, passant de 2,7 à 4,1 crimes haineux par 100 000 habitant.es. Et pour ceux associés à l’orientation sexuelle, le nombre a pratiquement doublé, passant de 0,24 à 0,53 crimes par 100 000 habitant.es et a augmenté aussi comparativement à l’ensemble des crimes haineux (graphique 2). Alors qu’ils représentaient environ 10% du total, ils se situaient à près de 18% en 2011. Il y a eu une baisse en 2012, mais il est trop tôt pour dire qu'il s'agit d'une véritable amélioration.

La particularité des crimes haineux homophobes est leur tendance à être plus souvent de nature violente comparativement aux autres. Tous les crimes haineux ne sont pas commis sur des personnes, un graffiti raciste, homophobe, islamophobe ou antisémite est également considéré comme tel. Analysons les données par catégorie « violent » et « non violent » tout en gardant en tête qu’aucune de ces formes ne devraient exister. Les crimes haineux sont 1 fois sur 3 classifiés comme violents. Par contre, c’est 2 fois sur 3 lorsque ceux-ci sont commis en raison de motifs homophobes. De par la violence des événements dans le Village, ils s'inscrivent dans cette tendance violente par rapport aux crimes haineux homophobes.

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Source : Statistique Canada 

Les données sur les crimes haineux homophobes nous apprennent deux choses : l’évènement en janvier dernier dans le Village nous confirme que les crimes haineux homophobes ne sont pas un fait divers, mais peut-être un phénomène en hausse, tout comme les autres formes de crimes haineux. Ensuite, la violence des événements n’est pas non plus isolée, mais est présente dans plus de 65% des crimes haineux homophobes déclarés. Les limites des chiffres se font aussi sentir, ils dépersonnalisent la violence et surtout, nous n’y voyons pas l’homophobie "ordinaire" qui elle aussi est haineuse, mais, comme elle n’est pas considérée comme un crime, devient tout aussi dangereuse.