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Vous autres, les bicycles!

Vous autres, les bicycles!
Illustration Christine Lemus

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En ville, à vélo, je porte le casque. Signe ostentatoire ? Probablement. Casque à la main, on a vite fait de me repérer. Et de faire de moi le représentant officiel des cyclistes urbains !

Il m’arrive de me faire apostropher : « Vous autres, les bicycles ! » Quand ce n’est pas « les maudits bicycles ». Nous autres ? Quand cela se produit, je jette un coup d’œil discret derrière moi. À tout hasard. Personne ! Nous autres quand même... J’ai dû m’y faire, de temps à autre, sans que je sache trop pourquoi, je suis tous les cyclistes à moi seul. Quand on appartient à une minorité visible, que l’on porte un casque ou un turban, on devient vite le représentant du groupe auquel on vous associe.

Dissipons tout de suite les doutes : je ne connais pas tous les cyclistes. Ça vous déçoit? 900 000 personnes font du vélo à Montréal, un peu, beaucoup ou passionnément. Avec la banlieue, je vous laisse imaginer...

Quand je me trouve face à un automobiliste qui en a gros sur le moteur, la suite, je la connais par cœur. Tout ce qui peut être reproché à un cycliste me tombe dessus. Un tsunami de reproches. La désolante indiscipline des non-motorisés. Les encombrantes pistes cyclables. Un incident qui se serait produit trois semaines plus tôt à l’angle Saint-Denis et Jarry. Imaginez, un pare-chocs aurait été éraflé !

On ne m’épargne rien. Certains jours, je ne serais pas étonné d’apprendre que j’y suis pour quelque chose dans la dégradation de l’échangeur Turcot !

À l’occasion, je lance, du tac au tac : « Vous autres, les autos ! » Parlons des automobilistes qui ne savent toujours pas à quoi servent leurs clignotants ou de ceux qui s’offrent une pause lecture en plein trafic ? La lecture, j’ai essayé à vélo. Catastrophique ! Vous pensez que je jette de l’huile sur le feu ? Affirmatif. Aux fins de la conversation.

Partage du territoire urbain

C’est de sa faute. Non, c’est de la sienne. Mon père est plus fort que le tien ! Ce genre de conversation ne mène nulle part. Quand chacun a fini d’accuser le voisin, il rentre chez lui convaincu d’avoir raison. Sans qu’on n’ait avancé d’un pouce. Ou, si vous préférez, de 2,54 cm.

Le partage des rues, du territoire urbain, est un sujet sensible. Autant prendre le temps d’y réfléchir, car ça ne va pas s’arranger. Moi, dans ce débat, ce qui me préoccupe, ce n’est pas mon chrono entre la maison et le boulot, mais le décès, chaque année, de trois, quatre, cinq cyclistes à Montréal. Imprudence ? Circonstances malheureuses ? Rappel à l’ordre. Appel pressant à une cohabitation plus harmonieuse. Matière à discussion la prochaine fois que quelqu’un lancera : « Vous autres, les bicycles ! »

Si vous insistez, je veux bien prendre la parole au nom du peuple cycliste et commenter la gestion erratique du stationnement des vélos sur le Plateau Mont-Royal. Plutôt que d’augmenter le nombre de places de stationnement de façon conséquente (une dépense), la ville s’est lancée dans une opération fourrière d’une autre époque (tiens, un revenu). Comme on pouvait s’y attendre, elle a dû rétropédaler en catastrophe.

De même, on a interdit les vélos dans le parc Jeanne-Mance. Quelques heures plus tard, on s’est ravisé....

Dans sa grande sagesse, l’arrondissement du Plateau a installé des placottoirs. L’endroit idéal pour commenter, entre cyclistes, les décisions municipales. En gardant un œil sur sa bicyclette.

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