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Entrevue | Témoignage

Un Québécois raconte sa vie de beach bum dans le Sud

« J’ai toujours trouvé l’hiver épouvantable. De plus, sous les tropiques, les gens sont prédisposés au bonheur. »

L'auteur Pierre Brume
Photo pierre paul poulin Il a 49 ans aujourd’hui. Il a grandi à Sainte-Adèle et à Saint-Bruno-de-Montarville. Il habite maintenant à Saint-Lambert.

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«On a une vie à vivre, et il ne faut pas la manquer. C’est beau travailler comme un écureuil et accumuler des REER pour avoir une belle retraite, mais si notre vie a passé en un claquement de doigts à faire du 9 à 5, on n’aura pas l’impression de l’avoir réussie.»

«On a une vie à vivre, et il ne faut pas la manquer. C’est beau travailler comme un écureuil et accumuler des REER pour avoir une belle retraite, mais si notre vie a passé en un claquement de doigts à faire du 9 à 5, on n’aura pas l’impression de l’avoir réussie.»

Son couple battait de l’aile, il en avait marre de la routine métro, boulot, dodo. Un jour, Pierre Brume a décidé de tout laisser derrière lui pour voyager au Mexique. Multipliant les combines pour survivre, et les conquêtes féminines, sur fond de tequila et de paysages à couper le souffle, il devient un véritable beach bum québécois sous les tropiques. Il a adopté ce style de vie pendant près de 16 ans, malgré les aventures périlleuses qui l’attendaient parfois au détour. Son tout premier roman, Beach bum, publié chez Clermont Éditeur, nous raconte l’histoire de Max, un personnage inspiré de sa vie.

Votre livre s’intitule Beach bum, vous dites en avoir été un vous-même. Qu’est-ce qu’un beach bum exactement?

C’est quelqu’un qui passe la plupart de son temps sur la plage, avec peu de moyens. Il tentera de faire n’importe quel travail pour survivre. Il favorise les rencontres fortuites. C’est un séducteur. Sa journée n’est jamais planifiée.

Il saute à l’eau et fait du surf quand bon lui semble. Il se nourrit des fruits dans les arbres, et de la pêche. Il dort parfois dans des hamacs. Dans mon cas, j’ai vécu cette vie pendant 16 hivers de suite.

Mais qu’est-ce qui a amené un technicien en assainissement des eaux à faire cette vie?

Je lisais des livres de Carlos Castaneda, de Gary Jennings, de Saint-Exupéry, d’Henri Vernes et de Philippe Djian. Depuis longtemps, j’avais le goût du voyage. Je venais également de vivre une infidélité. Ma blonde avait eu une aventure lors d’un voyage dans le Sud. Travaillant depuis près de cinq ans à faire du 9 à 5, je me suis dit, à 25 ans, qu’il y avait mieux à faire de ma vie. Je sentais à l’intérieur de moi qu’il y avait quelque chose de plus grand, de plus profond. Alors, j’ai tout vendu et je suis parti au Mexique et au Guatemala pour la première fois en 1990. Après mon premier hiver dans le Sud, j’en suis arrivé à la conclusion que, les hivers québécois, ça n’était plus pour moi.

Mais comment pouviez-vous laisser votre emploi au Québec tous les ans?

J’ai démarré avec mes frères une compagnie de lavage de vitres résidentielles. Alors tous les étés, j’occupais cet emploi, qui me permettait de repartir ensuite l’hiver. Je suis allé en Martinique, à Sainte-Lucie, à Cuba, au Guatemala, mais c’est au Mexique que j’ai passé la plupart du temps.

À la lecture du livre, on sent vraiment le bonheur de Max de vivre sous les tropiques.

C’est exact. Souvent, dans le quotidien du 9 à 5, les gens traînent leur petit nuage noir au-dessus de leur tête. Moi, j’ai préféré faire autre chose. J’ai passé les plus beaux moments de ma vie au cours de ces aventures à rencontrer des gens extraordinaires, à vivre le moment présent dans la simplicité. De plus, chaque journée amenait ses imprévus et ses nouveautés, ce qui était très excitant. Aujourd’hui, je suis convaincu que le soleil rend les gens plus heureux. Le manque de luminosité au Québec apporte son lot de dépressions.

Vous avez donc décidé d’écrire un roman?

Avec toutes les histoires rocambolesques que j’ai vécues, je passais souvent pour un hurluberlu. Alors, j’ai noté sur des feuillets toutes mes aventures pour ensuite en faire un livre. J’ai donc voulu partager mon bonheur avec les lecteurs, tout en leur donnant le goût de voyager.

Combien d’hivers avez-vous passés dans le Sud?

Environ 16 hivers, de 1990 à 2006. J’ai mis un frein à cette vie, car je m’occupe maintenant à temps plein de ma fille de 12 ans. Aujourd’hui, je voyage dans le Sud deux semaines par année l’hiver. Lorsque ma fille sera plus grande, je recommencerai cette vie, mais de manière différente. Je louerai plutôt des petites villas sur le bord de la mer, à écrire mes romans, au lieu de vivre une vie de bohème comme je l’ai fait si longtemps. J’exerce toujours le métier de laveur de vitres, alors ça me permet de quitter le Québec l’hiver.

Vous n’aimiez pas le Québec à ce point?

J’ai toujours trouvé l’hiver épouvantable. De plus, sous les tropiques, les gens sont prédisposés au bonheur. Ils se lient d’amitié avec les locaux, avec les autres touristes. À l’époque, tout ce que je voulais était fuir l’hiver, et triper à fond. Je pouvais quitter le Québec avec 200-300 $, et je finissais toujours par me débrouiller en dénichant toutes sortes d’emplois.

Quel genre d’emplois avez-vous occupés?

Les métiers de barman, serveur, rabatteur sur la plage. Mon rôle était d’attirer les touristes à fréquenter certains endroits. J’ai fait de la pêche aux huîtres. J’organisais des visites de sites archéologiques, ou des expéditions nature. J’ai vendu des colliers et des bracelets. Parfois, je louais une villa que je transformais en bed and breakfast. Dans les dernières années, j’ai eu un resto-bar, puis un bar.

Tout le monde peut travailler au noir dans le Sud. Il s’agit d’être débrouillard, créatif, et de n’avoir peur de rien.

Vous avez trouvé une autre façon de faire des sous en faisant la vente d’artefacts et d’objets d’art?

C’est exact. Aux abords de sites de ruines précolombiennes tels Palenque, Monte-Alban, Teotihuacan, etc., j’allais à la rencontre des paysans des alentours. Je leur proposais de l’argent en échange de masques et de sculptures anciennes trouvés en labourant leur terre. Généralement, ces paysans préféraient me les vendre plutôt que de se les faire confisquer par des fonctionnaires corrompus. Ensuite, le printemps venu, je dissimulais mes trésors dans mes valises et importais illégalement ces pièces de grande valeur au Canada, en France ou en Espagne. Par la suite, il m’était aisé de trouver preneur à 5000 $ pièce. Une petite combine assez payante et sans trop de risques.

À la lecture du livre, on constate également à quel point les femmes font partie du menu quotidien.

C’est exact. De mon côté, j’ai eu plusieurs relations sérieuses avec des femmes mexicaines, mais, quand je n’étais pas en couple, je courtisais des étrangères. J’ai fait bien des rencontres, mais je considère tout de même avoir été un beach bum tranquille.

Et qu’est-ce que les femmes mexicaines ont d’extraordinaire?

Ce sont de grandes passionnées. Elles aiment leur homme. Elles sont traditionnelles. Elles font le ménage, apportent ta bière. Elles font le petit déjeuner. Les hommes aiment ça, mais ils n’osent pas toujours le dire.

On sent aussi dans le roman que la boisson et la marijuana occupent une place importante dans la vie sous les tropiques. Qu’en était-il pour vous?

Je fumais de la mari le jour et je pratiquais mes activités diurnes à la plage en étant stone, mais je m’en fichais puisqu’il n’y avait rien d’important à faire. Je buvais de l’alcool le soir dans les boîtes de nuit sur la plage. Ces soirées culminaient par des étreintes sur le sable avec de jolies femmes séduites par mes charmes et l’exotisme des lieux. Je n’étais pas accroc au pot et à l’alcool, c’est seulement l’endroit qui s’y prêtait. J’étais plutôt accroc à l’absence de contrainte et à la facilité de vivre dans ces endroits paradisiaques.

Votre personnage vit aussi beaucoup d’aventures périlleuses. De votre côté, à quel moment avez-vous eu le plus peur au cours de ces voyages?

La fois où un ami et moi avions été mis dans une cellule obscure et crasseuse parce que nous avions été surpris à fumer un joint sur la plage. Enfermés à l’étranger sans savoir ce qui arrivera est assez inquiétant.

Une autre fois, la mer était calme, deux amis italiens et moi faisions de la plongée en apnée, lorsque tout à coup la mer s’est agitée et des vagues de deux à trois mètres se sont mises à nous frapper dessus avec fureur. Ça nous a tout pris pour nous extraire de l’eau et éviter la noyade. J’ai vraiment eu peur d’y rester.

En rétrospective, y avait-il des aspects négatifs à cette vie?

Dès qu’on fait des affaires dans ce pays, il y a quelqu’un qui veut mettre le grappin quelque part. Un policier, quelqu’un de corrompu. Il y a aussi beaucoup de batailles au Mexique. Je me suis souvent battu. On dirait que le côté animal est plus présent sous les tropiques. Il y a la mer, l’alcool, les femmes et la testostérone, qui bouillonne dans les veines, qui peuvent amener des conflits. De plus, je plaisais aux femmes, alors, les hommes n’aimaient pas ça.

Ne trouviez-vous pas lassant parfois d’avoir cette vie?

Parfois. Je me demandais souvent où ça allait me mener. C’est bien beau de regarder le temps se dilater, de manger des fruits de mer, de baiser une nouvelle fille à la moindre occasion, mais ça peut être lassant de ne pas avoir de but. Mes amis avaient leur petit condo à Montréal, leur travail, leurs enfants; moi, je n’avais rien, et aucune perspective d’avenir. Mais je savais tout de même qu’un jour, j’allais écrire des livres, et qu’ils auraient du succès.

Et jamais vous ne vous êtes senti coupable d’avoir cette vie?

Non. On a une vie à vivre, et il ne faut pas la manquer. C’est beau travailler comme un écureuil et accumuler des REER pour avoir une belle retraite, mais si notre vie a passé en un claquement de doigts à faire du 9 à 5, on n’aura pas l’impression de l’avoir réussie.

Aujourd’hui, vous êtes père de famille. Vous avez une vie stable. Que préférez-vous, la vie stable ou la vie de bohème?

J’aime la vie stable au Québec d’avril à octobre, et la vie de bohème les mois les plus froids. Mais si vous me demandez de vous dire absolument laquelle je préfère, je vous dirais la vie de bohème. Je suis un bon père. J’aime ma fille, et je suis très impliqué dans sa vie, mais il n’y a rien de plus excitant que de se laisser porter par les aléas de la vie en voyage.

 

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