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Choc culturel en direct de Jordanie

Choc culturel en direct de Jordanie
Illustration Johanna Reynaud

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La première fois que je suis partie en voyage, je n’avais pas encore 18 ans. Je m’envolais avec un groupe de jeunes de mon âge pour l’Amérique latine.

Parmi tout ce qu’on m’aura appris dans les mois qui ont précédé ce voyage, j’ai retenu une leçon en particulier: le choc culturel, peu de gens lui échappent et il ressemble rarement à ce qu’on s’imagine. J’ai passé le dernier mois en Jordanie et j’ai encore une fois eu l’occasion de le constater.

On va tous y passer

Pourquoi peu de gens lui échappent? Parce que ce n’est pas qu’une question de préparation, d’ouverture d’esprit ou d’habitude. J’ai pas mal voyagé et je crois bien avoir eu des chocs culturels partout, même en France où je pensais que le partage de la langue allait me protéger. Bien sûr, l’ouverture d’esprit ne nuit jamais, mais elle n’élimine pas complètement le choc culturel.

Sauf que si vous êtes ouverts d’esprit et bien préparés, ce ne sont pas les aspects évidents qui vous mettront en choc. Et c’est pour ça que le choc culturel ressemble rarement à ce qu’on imagine. En allant vers la Jordanie, je savais déjà bien des choses sur la culture arabe et musulmane. Les appels à la prière ne m’ont pas surprise, pas plus que la nourriture, les femmes qui portent le foulard ou les différentes coutumes liées au ramadan.

À tout ça, j’étais prête.

Les détails culturels

Le choc culturel vient souvent de petits détails. Ne pas comprendre la langue, c’est une chose, mais ne pas comprendre la gestuelle, c’est encore plus dérangeant. Les Jordaniens utilisent fréquemment un petit signe de la main pour vous demander d’attendre, un signe que nous interpréterions davantage comme de l’exaspération ou même une insulte.

Ne pas se retrouver dans les commerces: difficile de différencier le lait de toutes les sortes de yogourt, par exemple. Ne pas savoir comment traverser la rue. Ne pas comprendre comment se comporter avec les taxis. À Amman, la capitale de la Jordanie, les noms de rue (et donc les adresses) ne sont presque pas utilisés. Les gens se repèrent autrement dans la ville. Pas évident pour les nouveaux!

À Berlin, je m’étais perdue dans le métro et j’en étais sortie en pleurant.

À Paris, j’ai fait une crise en sortant de chez la coiffeuse.

Au Honduras, j’ai failli crier parce que je n’en pouvais plus de manger du plantain.

En Jordanie, mon choc culturel s’est exprimé après que je me sois rendu compte que plein de gens qui me disaient «Yes, yes...» ne comprenaient pas mon anglais! Une façon d’être (trop!) polis.

Chez soi

Le choc culturel vient souvent d’une niaiserie: il faut être indulgent avec soi-même. Il vous tombe dessus et vous fait réaliser combien la vie est simple quand aller se chercher un café, acheter du déodorant ou prendre l’autobus sont des actions qu’on pose sans y penser.

Chaque fois que ça m’arrive, je pense aux immigrants et aux réfugiés, à la panique qui doit les prendre parfois de devoir s’installer dans un endroit où ils ne comprennent pas grand-chose. Juste pour ce sentiment d’empathie, je vais continuer à voyager. Pour me rappeler comme il est précieux d’avoir un chez-soi où le quotidien n’est pas un casse-tête.

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