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Reculer 40 ans en arrière avec l’invisibilité du genre

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Depuis la crise économique de 2008, il n’y a qu’un seul mot sur les lèvres des dirigeants politiques et économiques de par le monde: austérité. Le Québec ne fait pas exception à la règle qui prévaut dans les économies dominantes. Ce n’est un secret pour personne, le dernier budget du Québec a mis les pierres d’assise d’un plan d’austérité pour les prochaines années, et ce, même si le ministre des Finances Carlos J. Leitão se fait plus timide que certains dirigeants européens tant au niveau de la forme que du fond. C’est évident que les politiques qui sont anticipées pour le Québec ne seront pas aussi virulentes que celles appliquées en Grèce par exemple. Il n’en demeure pas moins que les mesures d’austérité partagent plusieurs points communs. Toutes ces politiques se mettent en place sous couvert de l’inévitabilité, elles reposent sur des prémisses d’une vision économique néolibérale et elles n’épargneront personne. Ce dernier élément qui se retrouve le plus explicitement dans la maxime rhétorique, pour ne pas dire populiste, du «tout le monde doit se serrer la ceinture», est probablement l’aspect le plus pernicieux et le plus régressif des politiques d’austérité. En d’autres termes, elles tentent, et dans une certaine mesure réussissent, à s’implanter en prétextant être neutres. Elles sont mises en place sans considération des disparités sociales existantes au niveau socio-économique qui, souvent, se développent et se maintiennent par l’entremise de relations de pouvoir genrées ou encore racialisées.

Ce billet veut exposer en partie les problèmes engendrés par l’invisibilité du genre dans les mesures d’austérité, plus spécifiquement d’expliquer ce que Bakker et Brodie nomment le «degendering» des politiques sociales. D’emblée, on peut présenter ce phénomène comme un retrait de la question de genre dans l’édification des politiques. Ensuite, on peut se questionner sur quelle est la rupture engendrée par ces dernières et quelles sont les conséquences qui peuvent être appréhendées par un tel processus politique?

L’invisibilité du genre dans les politiques d’austérité

Sans croire que c’est la panacée, plusieurs mesures instaurées au Québec offrent un rempart aux inégalités genrées observées tant sur le marché du travail que dans la sphère privée avec certaines divisions des tâches. Par exemple, une politique sur l’équité salariale, les garderies à 5$ ou encore un congé parental pour le conjoint qui dure plus d’une semaine. On peut aussi penser à une plus grande réceptivité de  l’analyse différenciée selon les sexes pour la mise en place de certaines politiques. Il ne faut pas être naïf et naïve non plus et croire que le gouvernement a, du jour au lendemain, reconnu la problématique des disparités socio-économiques genrées. Ces politiques sont plutôt le reflet de luttes de mouvements féministes. Elles ont amélioré la situation, mais on est encore loin de la coupe aux lèvres. Prenons simplement le cas de l’équité salariale, encore aujourd’hui, le retard est important,  un homme gagne en moyenne 3$ de l’heure de plus qu’une femme.

C’est donc dans un contexte de prévalence à la fois de disparités et de relations de pouvoir genrées que s’insèrent des politiques qui font l’économie de cette question. Les mesures d’austérité sont une continuité des politiques néolibérales de par la priorité qu’elles accordent aux résultats macroéconomiques et, surtout, car elles se fondent sur les dictats d’efficience de marché théoriquement égalitaire.

À partir de ces deux constats, Bakker et Brodie expliquent le phénomène de «degendering» des politiques sociales. Le principe est assez simple: il y a un retrait de la question de genre dans les politiques sans toutefois que soient disparus les effets néfastes importants. Plusieurs auteures parlent déjà pour l’Europe d’un «recul du progrès observé au cours des dernières années», notamment en ce qui concerne les salaires et le taux d’emploi...

Quelles sont les conséquences du phénomène de l’invisibilité du genre?

Puisque les politiques d’austérité n’épargnent personne, il est difficile, voire impossible, de faire une liste exhaustive de toutes les répercussions préjudiciables qu’elles engendrent. Toutefois, il est possible de déterminer deux grandes catégories.

La première est associée directement au marché du travail. Par exemple, il est évident que les femmes seront les plus touchées par les suppressions de postes dans la fonction publique. Celles-ci représentent plus de 60% des employé.e.s du secteur. De plus, les écarts salariaux entre les hommes et les femmes sont plus importants dans le privé que dans le public, et ce, même à la suite de la Loi sur l’équité salariale. Par conséquent, une plus grande place du privé dans l’économie québécoise va avoir des impacts réels sur l’iniquité salariale.

La seconde catégorie est justement liée à la tendance des politiques néolibérales et, par ricochet, à l’austérité qui mène à vouloir privatiser. La privatisation ne veut pas simplement dire soumettre un secteur à l’économie privée. Dans le cas des politiques néolibérales, cela renvoie aussi à transférer au privé la prise en charge de personnes dont les enfants et les personnes malades. Et comme les rôles genrés traditionnels sont encore très présents dans nos sociétés, je vous laisse deviner à qui reviendra la tâche.

Ne pas revenir en arrière

Sous couvert de neutralité politique, les mesures d’austérité ont un potentiel de recul extrêmement important. Le Québec est encore loin d’une mise en place de l’austérité comme en Europe. Cependant, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas apprendre des erreurs commises. Il existe des  groupes qui font déjà front commun pour minimiser les impacts de l’invisibilité du genre des politiques néolibérales, mais nous devons toutes et tous garder en tête qu’aucune politique ne peut prétendre à une neutralité lorsqu’elle a le potentiel de détruire plus de 40 ans de progrès social.

8 commentaire(s)

Denis825 dit :
30 juillet 2014 à 11 h 09 min

Sur l'île du Prince Édouard, l'avantage est de 44 cents en faveur des femmes. Je suggère donc que le Québec s'inspire de l'île du Prince-Édouard et fasse une politique pour augmenter le salaire des hommes sur l'unique base du genre dans la fonction publique puisqu'ils ne représentent en plus que 40% des effectifs..

C'est pas encore arrivé au Québec que le salaire des femmes dépassent celui des hommes mais il faut prévoir comme selon certains il faut prévoir que la charia passe par dessus toutes les lois.

Vous pouvez trouver que ça n'a pas de bon sens ce que je dis, mais c'est une proposition précise et plus réalisable que celles que le regroupement de femmes handicapées, en hébergement, autochtones, monoparentale etc qui propose :

"Nous proposons :

que le gouvernement abandonne la politique de la rigueur budgétaire, car elle est nocive pour les femmes."

Il y a avait une petite fille de 6 ans qui a proposé que le gouvernement achète de la crème glacée à tout le monde mais ça n'a pas été retenu dans le rapport final.

On reconnait la responsabilité à géométrie variable de certaines femmes : le monde peut bien s'écrouler autour de moi, ça me prend 1) mes journaux à potins 2) mon eye-liner 3) etc.

Gilles Laplante dit :
30 juillet 2014 à 20 h 38 min

Si des mesures d'austérité avaient été mis en place avant 2008 on n'aurait probablement pas connu la crise mais le parasitisme social l'empêchait.

Anthony dit :
30 juillet 2014 à 23 h 01 min

Éboueur, secrétaire, pigiste, chroniqueur, journaliste, policier, ambulancier, infirmière, médecin, chauffeur de taxi, plombier, menuisier, charpentier, couvreur, gardien de sécurité, gardienne d'enfant, éducatrice, enseignant, professeur, serveur, plongeur, cuisinier, poissonnier, boucher, charcutier, épicier, boulanger, facteur, signaleur routier, camionneur, opérateur, mathématicien, physicien, chimiste...

... sont tous des métiers de même nature.

Quels bandes d’hosties d'imbéciles d'économistes!

Denis825 dit :
31 juillet 2014 à 6 h 29 min

On en vient à se demander qui financent les jeunes de l'IRIS et dans quels buts ?

On a l'Argentine en défaut de paiement ce matin, est-ce à ce genre de situation ou veulent en arriver les gens qui payent des salaires à ces jeunes pour nous dire des énormités comme ils le font ?

Faire croire aux gens que la solution est toujours dans plus de dépenses sans jamais de contrôles, ni de sacrifices, ce n'est pas faire oeuvre utile. Essayez de séparer les hommes et les femmes en privilégiant un groupe plutôt qu'un autre n'est pas non plus utile.

Les inégalités des salaires au Québec, pas si élevées que ça, entre les hommes et les femmes peuvent s'expliquer par le fait que c'est aux femmes que la nature a donné le rôle d'enfanter aux femmes et avec ce rôle je suppose une psychologie particulière qui prédispose les femmes depuis le jeune âge à s'occuper des enfants mieux et de façon plus concrète que les hommes le feraient ou sont prédisposés à le faire.

Les hommes seraient plus équipés psychologiquement pour être des pourvoyeurs que ça ne m'étonneraient pas plus que ça, d'autant plus que ça a été leur rôle durant des millénaires.

Est-ce que c'est un sacrilège si je dis qu'on est encore tous soumis aux lois de la nature ? On peut faire dire n'importe quoi à des chiffres. Prenez les montants que vont recevoir les femmes pendant les 10 ans qu'elles vivent en moyenne de plus que les hommes et calculez sur la vie totale et les hommes auront moins "gagné" qu'elles en moyenne. Et puis quoi ? ou on va avec de tels calculs ?

C'est un genre de calcul inutile, ce serait comme essayer de compter ce qu'un enfant doit à ses parents en terme de dollars pour l'avoir élevé et nourri etc, C'est assez simpliste comme calcul, il y a des choses qui seront absentes de l'équation forcément.

En plus, les salaires sont éminemment sujets au jeu de l'offre et de la demande. Ça ne sert à rien de réunir un groupe de femmes pour leur faire accroire qu'elles n'ont qu'à demander et que ça va être facile pour le gouvernement de réguler le salaire à leur satisfaction spécifique à elles.

FrankyB dit :
31 juillet 2014 à 21 h 44 min

Denis825, excuse-moi mon champion, mais dans les 50 dernières années, les profits des entreprises et les revenus de leurs propriétaires ont augmenté de façon exponentielle, alors que les revenus de la majorité des travailleurs ont à peine augmenté, en dollars constants, ou ont même stagné et diminué dans certain cas. L'écart entre les plus riches et la majorité de la population monte en flèche et le réinvestissement dans l'économie productive, qui sert de justificatif aux profit, est médiocre. Autrement dit, 1% de la population se bourre la face en exploitant les 99% autres et en "scrappant" l'environnement. Alors si la situation était si catastrophique, ce n'est certainement pas encore au travailleurs et travailleuses qu'il faudrait demander des sacrifices. Et vos élucubrations sur les lois de la nature se passent de commentaire...

Denis825 dit :
1 août 2014 à 11 h 15 min

"Denis825, excuse-moi mon champion, mais dans les 50 dernières années, les profits des entreprises et les revenus de leurs propriétaires ont augmenté de façon exponentielle"

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Tu parles de totalement un autre sujet mon pit... moi je parle des actions que notre gouvernement va être appelé à prendre pour ramener un peu de rigueur budgétaire et des nounounes qui s'y opposent et toi tu es partie sur la différence entre ceux qui se bougent le cul et les autres depuis 50 ans.

Olivier Gagnon dit :
2 août 2014 à 0 h 20 min

@Denis825: tu peux faire une recherche facile sur Google et tu remarques que les gens de l'IRIS sont presque tous reliés à Québec Solidaire et ses ancêtres de l'UFP (Union des Forces Progressistes). Aussi beaucoup de liens avec des groupes anarchistes reliés aux plus radicaux des carrés rouges. Ils se veulent un contre-poids à l'IEDM, mais au moins à l'IEDM ce sont de vrais économistes et non des sociologues et autres. L'économie est tout de même une science sociale, mais par contre elle se base sur le réalisme et les chiffres.

Denis825 dit :
3 août 2014 à 10 h 44 min

Merci M. Gagnon pour l'information.