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Avantage Amérique...

« Je serai le souverain sportif »

Jean-Charles Lajoie
Photo courtoisie

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Jean-Charles Lajoie aurait aimé venir me rencontrer à la Coupe Rogers, mais c’était un peu compliqué.

Jean-Charles Lajoie aurait aimé venir me rencontrer à la Coupe Rogers, mais c’était un peu compliqué.

Le matin, il était à Brossard avec son fils de 18 ans qui participait à un camp-école pour les gardiens de but. Et dans l’après-midi, on lui avait demandé d’animer l’émission du retour au 91,9.

Mais Jean-Charles aurait été à sa place au Stade Uniprix. Baigné dans le tennis. Dans le sport. C’est qu’à la fin du mois d’août, il animera une émission de sport de trois heures à sept heures à l’ancienne Radio X. Quatre heures d’antenne, des collaborateurs comme Yvon Pedneault, Claude Legault, Gabriel Béland, Valérie Tétreault et plusieurs autres. Un ton indépendant puisque la station n’a aucun lien avec le Canadien, les Alouettes ou l’Impact: «On est libre. Je serai le souverain sportif», dit-il amusé. Pour le costaud Jean-Charles, c’est un formidable aboutissement. Je pensais connaître le bonhomme, c’était vanité de ma part. Ce gros magma d’émotions est sans doute la personnalité publique la moins connue au Québec.

PAUVRE… TRÈS PAUVRE

Il est né à Granby. Sa mère était une belle fille courue de la ville. Son père était un notable de la place. «J’ai été conçu pendant la Crise d’octobre. Né le 7 août 1971. Sans que mon père biologique accepte de reconnaître sa paternité. Un ou deux jours après ma naissance, mon grand-père a tapé du poing sur la table à l’hôpital. Il a décidé d’assumer la paternité de ce gros bébé. Je suis devenu le 14e enfant d’une famille qui en comptait déjà 13. J’ai été élevé avec mes oncles qui étaient un peu mes frères. Honnêtement, la famille était pauvre, très pauvre même. Mais à quatre ans, je décrivais les matchs du Canadien. Je pensais que l’avantage numérique, c’était l’avantage de l’Amérique. Ma grand-mère me réveillait tout le temps quand on présentait la coupe à Lafleur, à Cournoyer ou à Lambert. J’ai passé mon enfance émerveillé par le Cana­dien des années 1970», de raconter Jean-Charles.

SPORT-ACADÉMIE…

C’est une vie traversée à grands coups de gros cœur. Il est tombé amoureux de Manon-Marie, qui avait déjà un fils de quatre mois. Jean-Charles a adopté l’enfant. Puis, le couple a eu trois autres garçons à la vitesse grand V. À sept ans, Marc-Étienne, le fils adopté par un fils adopté est mort des suites d’une intervention chirurgicale au cœur. «J’ai été complètement dévasté. Puis, après quelques mois, je me suis dit: qu’est-ce que je fais? C’est quoi le but de ma vie?»

Il ne donne pas la réponse, mais tous ceux qui connaissent le moindrement J-C Lajoie peuvent témoigner. Il est devenu un père présent, vaillant, dévoué. Un père comme il aurait rêvé d’en avoir. Et un amoureux de Manon-Marie encore plus aimant.

Il s’est lancé dans les communications. Il a connu Yves Bombardier, le directeur général de 91,9 en 1988, alors qu’il avait été son prof à l’université. Il a tenu des micros à Val-d’Or et un peu partout au Québec. Gagnant les pinottes nécessaires pour nourrir sa famille.

Souverainiste, il a joué un rôle important dans les victoires du Bloc québécois en Estrie en 2006. Au même moment, il participait au concours Sport-Académie à CKAC. Yves Bombardier était le directeur de la station. Il a gagné un job en même temps que Jérémie Rainville et Martin Lemay. Et là, il animera un retour sportif à Montréal!

L’INJUSTICE ME REND MALADE

Cette grosse bibitte n’est pas toujours facile à endurer. Il y a des patrons à Montréal et en province qui ne voudraient pas l’approcher avec une pole de 10 pieds. Il faut dire que Jean-Charles est extraverti. Qu’il a des idées et des convictions, et qu’il est toujours prêt à les défendre: «Je suis comme ça. L’injustice me rend malade. Je sais qu’on ne peut rêver d’un monde où tout le monde aurait une chance égale, mais au moins, on devrait faire attention», dit-il.

À défaut d’un monde idéal, il va pouvoir faire de la radio dans une station qui n’a pas de contrat de diffusion avec les organisations professionnelles: «Ça ne veut pas dire qu’on va démolir le Canadien, je l’aime, moi, le Canadien. Ça veut dire cependant que je serai libre de mes propos. Et que lorsque je vais vanter l’organisation, ce ne sera pas pour promouvoir un partenaire, ça va être parce que je le penserai vraiment. Et puis, je vais rappeler aux gens avec qui je vais discuter qu’on ne meurt pas du sport. Que c’est joyeux le sport, que c’est un agréable divertissement. Je veux qu’on ait du plaisir», soutient-il.

On s’est donc mis à parler de sport. Ça se peut même qu’on en parle tous les jours…

On verra bien.

 
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