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Le capitalisme déréglé

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L’hebdomadaire français L’Express consacrait il y a quelques semaines un passionnant dossier aux grandes fortunes qui dominent la mondialisation, aux multinationales qui y font la loi.

L’hebdomadaire français L’Express consacrait il y a quelques semaines un passionnant dossier aux grandes fortunes qui dominent la mondialisation, aux multinationales qui y font la loi.

Une chose en ressortait: elles sont aujourd’hui capables, à bien des égards, de concurrencer les États, et souvent même, de les faire plier, de les casser. C’est le règne décomplexé des élites mondialisées.

En fait, on constate qu’une société mondialisée de super-riches a pris forme depuis trente ans. Ils vivent moins chacun au sommet de leur pays, comme les élites traditionnelles, qu’ils ne forment entre eux une société à part entière. Cette caste habite l’univers du grand luxe et fait la promotion d’une planète sans frontières. Il y a un mot pour parler de ça: c’est l’oligarchie. Le pouvoir des puissants.

Mais qui voudrait aujourd’hui risquer sa réputation en critiquant le capitalisme? Il se fera vite traiter de communiste. C’est l’héritage dénaturé du vingtième siècle. Au temps de la guerre froide, il fallait effectivement défendre le capitalisme puisqu’il était un des piliers du monde libre. D’autant que la menace socialiste l’avait engagé dans des réformes qui favorisèrent la création d’une vaste classe moyenne.

Capitalisme dominateur

Nous avons changé d’époque. Le capitalisme, sans concurrent, est devenu arrogant et dominateur. C’est paradoxalement à ce moment que nous avons cessé de le critiquer. Ses grandeurs et misères sont présentées comme des phénomènes naturels, sur lesquels le politique aurait peu d’emprise. Il faudrait s’y résigner. L’argent règne. Tout s’achète, tout se vend, même ce qu’on croyait sacré, comme la vie. La protestation politique contre la mondialisation est découragée.

Surtout, le capitalisme domine idéologiquement. Le fortuné est présenté comme un élu de la mondialisation. On lui prête des vertus divines. Le système médiatique raconte régulièrement l’histoire de ceux qui, partis de rien, sont parvenus à le rejoindre pour jouir de ses splendeurs. Ce sont souvent des artistes ou des sportifs. Leur succès, généralement admirable, fait toutefois écran sur la misère croissante des classes moyennes, poussées à l’endettement et à la névrose.

S’empiffrer au buffet

Bien des hommes politiques, une fois qu’ils quittent le métier, ne rêvent que d’une chose: rejoindre le club prestigieux des multimillionnaires pour s’empiffrer au buffet. On comprend que lorsqu’ils sont au pouvoir, ils ont intérêt à ne pas trop brusquer le système. Ce devrait pourtant être le rôle de l’État de défendre le plus grand nombre. L’État-nation avait au moins une vertu: l’élite y vivait mieux, mais elle était redevable envers un peuple. C’est chose passée.

Il ne s’agit pas de diaboliser la richesse ou l’argent, encore moins d’en vouloir à ceux qui se sont élevés socialement. Le mérite doit être récompensé, l’innovation aussi. Mais il faut quand même comprendre que les écarts de richesse excessifs ne sont pas simplement le fruit de millions de réussites individuelles, mais d’un système déréglé au service d’une minorité. Ce n’est pas maudire le capitalisme que de l’inviter à redécouvrir les vertus de la modération.

 
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