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L'ADQ et CAQ dans le 450

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La banlieue de Montréal représente probablement l'électorat le plus volatile au Québec (voire au pays). Les électeurs de cette région ne semblent pas avoir une idéologie ou partisanerie très marquée, à l'inverse par exemple de l'Ouest de l'île. On parle d'un électorat qui semble pouvoir facilement envoyer plein de députés ADQ à l'Assemblée Nationale ou virer complètement orange pour le NPD fédéral. Cependant, la tendance est au renforcement du vote dans chaque comté pour les trois principaux partis.

L'ADQ (et maintenant la CAQ) représente possiblement le meilleur symbole de cette volatilité. Ce parti a ses châteaux-forts plutôt dans la région de Québec et la Beauce, mais le 450 (incluant Laval dans cet article) reste un terreau fertile et la source principale de la montée et chute de Mario Dumont (18 gains en 2007, suivis de 17 pertes en 2008). Cet article se veut un regard sur cette région au cours des 5 dernières élections.

Le graphique ci-dessous montre les pourcentages de votes récoltés à chaque élection depuis 2003 dans le 450 par les 4 principaux partis (l'ADQ jusqu'en 2008, la CAQ depuis).

votes 450

Les variations observées (le "swing" en bon français") sont bien plus importantes que dans le reste de la province. Les coefficients de mon modèle montrent qu'en général, si un parti augmente de 1 point provincialement, il augmentera de 1.5 point dans le 450. Et la CAQ et le PLQ jouent au jeu des vases communicants. En se basant sur ce graphique, voici quelques observations:

- Avant 2014, le PLQ et le PQ fluctuaient dans la même direction. Entre 2003 et 2007 par exemple, ces deux partis ont baissé, l'ADQ/CAQ en étant le principal bénéficiaire. 2014 marque un changement majeur dans le sens que le PLQ semble avoir gagné des votes à la CAQ ainsi qu'au PQ. On parle ici d'effets nets. Je reviendrai sur ce sujet d'ici la prochaine élection, mais ce phénomène est marquant et fait en sorte que le PLQ a probablement terminé 1er chez les franco au Québec en 2014. Pour le PQ, perdre des votes nets au profit des Libéraux n'est de loin pas un bon signe.

- L'une des grandes réussites de la CAQ en 2014 a été de ne pas trop tomber dans le 450 (en plus de rendre son vote plus efficace, voir ci-dessous). La chute de 3 points provincialement n'a pas été accentuée dans le 450 autant qu'auparavant, en particulier sur la Rive-Nord.

- Mine de rien, QS progresse lentement mais surement dans cette région. Les 6.6% récoltés en 2014 commencent à faire mal au PQ (bien que dans cette région, je crois qu'il est faux de partir du principe que QS ne prend ses votes qu'au PQ). On est bien sûr très loin de parler de sièges QS dans le 450, mais cela ne veut pas dire que ce parti n'a pas d'impact.

Et en termes de sièges? Voici le nombre de comtés remportés par parti à chaque élection (souvenez-vous qu'à partir de 2012, la nouvelle carte électorale fait en sorte qu'il y a 3 comtés de plus dans le 450).

Sièges
2003 2007 2008 2012 2014
PLQ 20 12 13 11 15
PQ 20 10 26 25 15
CAQ 0 18 1 7 13
QS 0 0 0 0 0
Première constatation: 2014 n'est pas le pire résultat pour le PQ, 2007 l'était. Malgré un bas historique provincialement (en termes de votes surtout), le 450 a été plus clément. 2007 avait été une catastrophe pour la formation souverainiste sur la Rive-Nord (seulement 3 sièges). À noter que les variations observées ne proviennent pas de Laval où le PLQ y a remportés tous les sièges à chaque année, sauf 2 en 2012.

Lors du passage de l'ADQ à la CAQ, tous les électeurs ADQ n'ont pas suivi. En 2012, François Legault a probablement remporté moins de sièges que prévu sur la Rive-Nord pour cette raison. Pour cette formation, 2014 a permis de presque doubler le nombre de députés tout en perdant en fait des votes! Comment expliquer cela? De deux manières principalement. Premièrement, la CAQ est en effet passée de 32% en 2012 à 28% en 2014, mais le PQ a lui chuté de près de 7 points durant la même période. Le système électoral étant ce qu'il est, perdre des votes peut ne pas être problématique tant que votre adversaire direct en perd davantage (implicitement, cela signifie que la plupart des courses dans le 450 sont davantage PQ vs CAQ). Deuxièmement, la CAQ a eu un vote bien plus efficace en 2014 qu'en 2012. Je l'ai souvent mentionné sur ce blogue depuis l'élection (les mauvaises langues diront que j'essaie encore et toujours de justifier ma sous-estimation pour la CAQ dans mes projections).

Les deux partis qui s'échangent des sièges au fil des élections sont vraiment la CAQ et le PQ. Pour la formation de Legault, je dirais que le principal défi pour la prochaine élection sera de s'assurer de conserver une bonne partie des sièges acquis en 2014. Surtout que la plupart de ces victoires ont été acquises avec des marges très faibles. Si ce parti pouvait tourner certains de ces comtés en sièges quasi assurés (comme c'est le cas en Beauce par exemple), cela lui permettrait d'éviter de connaître des campagnes aussi mouvementées que la dernière (souvenons-nous qu'à deux semaines de l'élection, on pouvait légitimement se poser la question de savoir si François Legault lui-même serait élu). En d'autres mots, gagner des sièges dans une région volatile c'est bien, mais les conserver, c'est mieux. La bonne nouvelle pour la CAQ, c'est que son vote semble plus stable comparé à l'ADQ. 2014 a montré une résilience certaine de cette formation et je pense que du moins à court terme, ce parti n'a pas à se soucier de perdre tous ses sièges dans le 450. Après deux élections, la CAQ est probablement rendu un parti bien différent de la défunte ADQ.

De manières générales, et en conclusion à cet article, les trois principaux partis semblent avoir un vote plus efficace dans le 450 qu'auparavant. Tel que mentionné, la CAQ a gagné 6 sièges malgré une chute de 4 points. Le PLQ a remporté davantage de comtés en 2014 qu'en 2008 en récoltant pourtant près de 4% de votes en moins. Même le PQ a sauvé davantage de députés en 2014 malgré un bas historique dans cette région. Mais le 450 reste l'une des régions les plus volatiles avec un électorat qui peut changer d'avis. Le futur chef du PQ se devra de remonter dans la banlieue alors que la CAQ voudra se servir de cette région comme tremplin pour la prochaine étape.

1 commentaire(s)

David Searle dit :
17 août 2014 à 7 h 56 min

Excellente analyse, simple et concise, d'une région qui décide en grande partie l'élection des gouvernements provinciaux. Merci!