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Le milliardaire Stephen Jarislowsky

À table avec Stephen Jarislowsky : «Si le Québec était plus riche, je serais indépendantiste»

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Photo Archives / Agence QMI Stephen Jarislowsky.

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Il est l’un des hommes les plus riches du Québec et du Canada avec une fortune de 1,6 milliard de dollars. À 89 ans, le milliardaire Stephen Jarislowsky, qui a fait fortune dans le monde du placement, ne manque jamais l’occasion de donner une entrevue.

«Je vais continuer aussi longtemps que je serai en vie et que mon cerveau va fonctionner», dit-il, avec son petit sourire caractéristique.

On l’attrape un mardi, quelques jours avant qu’il parte en vacances (il est demeuré président du conseil de sa firme). En arrivant dans son bureau, rien n’a changé. Autour de lui, des dizaines de plantes qui prennent toute la place cachant ses tableaux de Jean-Paul Lemieux. Une véritable jungle (…du placement!) dans lequel il semble heureux.

«Il faut continuer à travailler le plus longtemps possible. L’homme n’est pas fait pour chômer, il est fait pour travailler. Le travail m’a rendu heureux», raconte-t-il tout doucement.

Son propos aussi est demeuré le même. Même si on le compare à Warren Buffet (comparaison qu’il déteste), il se distingue de l’Oracle d’Omaha par ses prises de position très à droite. Contrairement à ce dernier, il croit qu’il paie trop d’impôt et aimerait que l’État québécois soit dégraissé et au plus vite.

«Nous avons les impôts les plus élevés au Canada. Ce n’est pas mieux, on observe un exode des jeunes travailleurs. Le Québec est l’un des endroits les plus pauvres en Amérique du Nord avec d’autres États américains. On dépense beaucoup trop ici, l’État est devenu trop gros», dit-il.

Comme la Suisse…

Selon lui d’ailleurs, le Québec pourrait devenir beaucoup plus riche si l’éthique et la rigueur budgétaire étaient priorisées. Puis, il fait cette déclaration étonnante, faisant honneur à sa réputation d’esprit libre.

«Je ne suis pas fédéraliste. Pas nécessairement. Si le Québec était aussi riche que la Suisse, je serais indépendantiste», dit-il, le plus sérieusement du monde.

Une déclaration qui demeure toutefois étonnante pour celui qui a déjà associé le nationalisme québécois à tous les pires maux de la terre.

«S’il était aussi riche que la Suisse, je dirais sûrement oui. Parce que lorsqu’on est plus riche que n’importe autre province au Canada telle que l’Alberta, on garde tout l’argent pour soi-même. (…) Le Québec pourrait devenir beaucoup plus riche, c’est sûr. D’abord, il faut une éthique qui est beaucoup supérieure. (…) Et il faut travailler davantage. Il faut avoir plus de responsabilités pour le maintien de sa vie. Il faut payer la performance. Nous sommes trop socialistes ici», affirme-t-il.

À ses dires, le Québec doit aussi se débarrasser de la corruption qui gangrené nos pouvoirs publics pendant plusieurs années.

«C’est une maladie, la corruption. Pendant des années, nous avons payé trop cher pour les contrats publics. C’est inacceptable. Il faut établir plus largement un sens éthique dans la société. L’argent, la richesse, tout ça, ça vaut seulement quelque chose s’il y a du vrai travail derrière», assure-t-il avant de faire un parallèle avec la firme qu’il a créé.

«Ici, on n’a jamais eu une plainte d’un client, aucun procès en 59 ans avec aucun client, jamais eu des tarifs élevés. On se chargeait même des gens qui n’avaient pas d’énormes sommes», affirme-t-il avant de marquer une pause.

«L’éthique a toujours été mon moteur toute ma vie», assure-t-il.

La retraite à 70 ? À 75 ans ?

Même à tout près de 90 ans, Stephen Jarislowsky est encore très bien derrière son bureau. Lorsqu’on se pointe à l’entrevue, sa secrétaire lui fait signer des papiers. Son bonheur est tel qu’il peut difficilement concevoir que d’autres personnes préfèrent prendre leur retraite bien avant lui.

«Les gens qui ne respectent pas, qui ne veulent rien accomplir dans leur vie, ils n’auront pas beaucoup de respect pour ce qu’ils ont fait», dit-il sans concession.

Dans sa conception des choses, l’employé doit donc demeurer le plus longtemps possible en état de travailler. Surtout avec l’espérance de vie qui grandit et l’État qui a de plus en plus de difficulté à honorer les retraites de ses travailleurs.

«Je vous donne un exemple. Un enseignant va travailler 30 ans. Il va donc prendre sa retraite à 55 ans. Et s’il vit jusqu’à 90 ans, il va toucher une retraite indexée jusque-là, c’est de la folie. (…) C’est pourquoi le coup de barre était nécessaire. Je ne vois pas pourquoi un employé du gouvernement qui a un fonds de pension indexé serait notamment payé par des travailleurs au privé qui n’ont pas de sécurité. Il y a une inégalité», constate-t-il.

Selon lui, la retraite devrait être prise à 70, voire 75 ans. «On vit donc beaucoup plus longtemps, quand on est en bonne santé, si on n’est pas fainéant à 65 ans, si on aime le travail, il y a aucune raison pour ne pas rester actif», dit-il.

Deux questions à Stephen Jarislowsky

Q: Plusieurs croient que les PDG des grandes sociétés gagnent beaucoup trop d’argent. Certains comme le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC) aimeraient que les actionnaires soient consultés.

R: C’est vrai que les salaires sont trop élevés, mais c’est difficile à changer. Le vote consultatif s’implante tranquillement comme le réclament certaines organisations comme la Coalition canadienne pour une bonne gouvernance où je siège. Mais clairement, si le PDG reçoit 500 fois plus que ses employés, c’est exagéré. Moi personnellement, je ne crois pas que je vaux autant que cela… (rires)

Q :Vous aviez créé la controverse il y a quelques années en dénonçant la présence forcée des femmes sur les conseils d’administration des sociétés. Votre pensée a-t-elle changé ?

R: Pour moi, un Noir, un Blanc ou une femme, aucune importance, moi ce qui m’intéresse, c’est la compétence. Si une femme n’a aucune compétence, je ne suis pas d’accord qu’elle soit sur les conseils d’administration. Ça n’apporte rien à la compagnie. C’est rien qu’un geste politique.

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