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L’Acadie au dos large

Tout ça se fait sur le dos de l’Acadie parce que clairement l’Acadie n’intéresse pas grand monde dans cette histoire.

L’Acadie au dos large
Illustration Christine Lemus

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J'écris ce texte dans une petite chambre de la résidence de l'Université de Moncton Campus d'Edmundston en plein Congrès mondial acadien et je ne cesse de penser au débat sur le franglais qui a secoué une partie du Québec cet été. Écoutant les Acadiens discuter de leur situation, je me suis demandé pourquoi le même débat, au Québec, était né d'abord sur le dos des musiciens acadiens comme Radio Radio et Lisa Leblanc.

J'écris ce texte dans une petite chambre de la résidence de l'Université de Moncton Campus d'Edmundston en plein Congrès mondial acadien et je ne cesse de penser au débat sur le franglais qui a secoué une partie du Québec cet été. Écoutant les Acadiens discuter de leur situation, je me suis demandé pourquoi le même débat, au Québec, était né d'abord sur le dos des musiciens acadiens comme Radio Radio et Lisa Leblanc.

C’est surtout ça qui frappe en arrivant ici: si l'Acadie n'a pas besoin des chroniqueurs québécois pour se réfléchir elle-même, pourquoi les chroniqueurs québécois semblent avoir tant besoin de l’Acadie pour faire la même chose?

Premières lignes

C’est que dans les discussions sur la langue et l’identité au Québec, un lieu commun présente les autres populations francophones d’Amérique comme les premières lignes de résistance qui s'assimileraient petit à petit, provoquant l'encerclement du Québec.

Cette image est dérangeante à deux titres. D'abord parce qu'elle fait du Québec le foyer d'une francophonie en péril. Ensuite parce qu'elle prend pour acquis que le contexte de toute francophonie américaine est le même et que ce que subissent de plus petites populations nous arrivera tôt ou tard.

Soyons réalistes: l'histoire de l'assimilation des Louisianais ou des francophones du Maine ne dit pas grand-chose du contexte québécois. Même l'histoire acadienne ne peut pas être comparée avec la nôtre. Plus important encore: les contextes politiques et sociologiques actuels n'ont rien à voir.

Les francophones de partout au Canada s'institutionnalisent depuis un demi-siècle pour se donner les moyens de vivre en français, mais cela se fait à des rythmes incomparables avec ce qui a pu se passer au Québec.

Je l'ai dit: j'écris ce texte de la résidence universitaire. Cette université est plus petite que plusieurs cégeps. Mais elle existe et elle n’existait pas il y a 50 ans. Des gains comme celui-ci, on pourrait en nommer des dizaines, mais on préfère s'imaginer que le franglais d'un groupe de rap porte à lui tout seul l'annonce d'une mort imminente de la culture. Et je ne veux pas dire qu'il n'y a pas de fragilité en Acadie, simplement qu'il est particulièrement insultant de voir qu'on instrumentalise la réalité des autres chaque fois qu'on a peur pour notre identité.

L'Acadie du Québec

L’artiste Herménégilde Chiasson disait récemment qu'il y a toujours deux Acadie: celle qui s'invente au Québec et celle qui se vit au quotidien, avec les moyens du bord. Il semble que celle qui s'invente au Québec soit condamnée à deux axes: le folklore et l'insécurité nationale. Tout ce qui sort d'ici est évalué en fonction de ces balises et tant pis pour la jeune Lisa Leblanc en colère amoureuse: «Ma vie c'est de la marde» devient aux yeux de certains le témoignage du déclin d'un peuple.

Je disais que tout ça se fait sur le dos de l'Acadie parce que clairement l'Acadie n'intéresse pas grand monde dans cette histoire. Sinon, on aurait vu tous ces chroniqueurs inquiets se pointer aux conférences et tables rondes des derniers jours. Ils auraient pu entendre ce que les Acadiens ont à dire sur eux-mêmes.

Mais il est sans doute plus simple de garder une distance quand on veut se convaincre d'une Acadie perpétuellement mourante où on peut s'essuyer les pieds quand on a l'impression que notre propre identité a besoin de se dépoussiérer.

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