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Feu orange à l’uranium

La Direction de santé publique s’inquiète des risques à long terme pour l’humain et l’environnement

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Photo d'archives Mine d'uranium.

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La Direction de santé publique de la Côte-Nord s’inquiète des risques de l’exploitation de l’uranium pour la santé et l’environnement. Pour la première fois, l’agence se range du côté des sceptiques, qu’elle qualifiait pourtant d’«alarmistes».

La Direction de santé publique de la Côte-Nord s’inquiète des risques de l’exploitation de l’uranium pour la santé et l’environnement. Pour la première fois, l’agence se range du côté des sceptiques, qu’elle qualifiait pourtant d’«alarmistes».

«Il est démontré que la contamination environnementale provenant d’un site d’exploitation uranifère peut s’étendre sur des distances importantes» et représente «des risques pour la santé humaine», peut-on lire dans un rapport à paraître ce matin, dont Le Journal a obtenu copie.

Après plus de quatre ans d’analyse, la DSP de la Côte-Nord ne recommande pas l’interdiction de cette filière minière, mais émet «de sérieuses réserves» et estime que davantage d’études sont nécessaires. Ce rapport paraît alors même que le Bureau d’enquête publique sur l’environnement (BAPE) enquête actuellement sur la filière.

«Il y a un changement de ton lourd de sens. Il n’y a rien qui me rassure là-dedans, indique la Dre Isabelle Gingras, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement. Avec ces données-là, c’est sûr que je ne voudrais pas vivre à quelques kilomètres d’une mine d’uranium. Je ne veux pas que mes enfants et moi servions de cobayes.»

Le rapport met l’accent sur les risques de dispersion des contaminants radioactifs, mais aussi des contaminants chimiques utilisés pour l’extraction du minerai. Ce cocktail dangereux constitue une menace pendant l’exploitation ainsi qu’après la fermeture de la mine, souligne l’agence.

«Le nombre de contaminants radioactifs et chimiques ainsi que la durée, les coûts et même les accidents rendent le suivi très complexe», insistent les auteurs.

Qui paiera ?

Alors qu’on dénombre actuellement 198 sites miniers abandonnés à travers la province, qu’il revient à l’État de restaurer en pigeant dans les poches des contribuables, la DSP de la Côte-Nord craint que les sites uranifères s’ajoutent à la longue liste, malgré le resserrement des lois et règlements à cet égard.

Les experts émettent en effet «de sérieuses réserves» quant aux capacités de l’État à assurer un suivi environnemental de la mine à long terme. «Par le passé, plusieurs sites ont été abandonnés et laissés aux soins des gouvernements, alors qu’en sera-t-il dans plusieurs milliers d’années?» demande le rapport.

«On a tendance à comparer les mines d’uranium à d’autres types de mines, mais avec ça on a des résidus radioactifs qu’il faut gérer à perpétuité», explique la Dre Gingras, appuyée par Ugo Lapointe, de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine.

M. Lapointe précise que, selon les crédits 2014-2015 du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, la gestion des sites miniers abandonnés représente actuellement «un gâchis de 1,2 milliard $».


Longue saga uranifère

Décembre 2008

Une vingtaine de médecins du CSSS de Sept-Îles, dont le pneumologue Bruno Imbeault et la psychiatre Isabelle Gingras, déclarent publiquement leur inquiétude pour la santé publique face à l’exploitation de l’uranium. À ce moment-là, la compagnie Terra Venture faisait des travaux d’exploration dans le secteur du lac Kachiwiss. Plusieurs médecins déclarent qu’ils quitteraient la région advenant l’ouverture d’une mine d’uranium.

Janvier 2009

Le directeur de la santé publique de la Côte-Nord déclare que l’exploration uranifère est sécuritaire en fonction des normes et règlements qui l’encadrent. Il émet toutefois des réserves sur son exploitation et sur la restauration des sites miniers uranifères.

Juillet 2009

Le Conseil des Innus de Takuaikan Uashat Mak Mani-Utenam fait parvenir une mise en demeure à Terra Venture, réclamant l’arrêt immédiat de ses activités sur ses terres ancestrales. Huit municipalités de la Minganie et leur MRC adoptent des résolutions demandant qu’il n’y ait aucune exploration ou exploitation uranifère sur une bande riveraine de 50 km à l’intérieur des terres.

Décembre 2009

Les médecins du CSSS de Sept-îles font une nouvelle sortie publique. Terra Venture, qui avait continué ses travaux jusqu’alors, décide d’y mettre un terme. Le prix du minerai est alors en chute libre.

Mars 2013

L’ex-ministre de l’Environnement Yves-François Blanchet commande une enquête au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur l’uranium. Du même souffle, il annonce qu’il n’accordera aucun certificat d’autorisation à quelque projet que ce soit durant cette période, il impose ainsi un moratoire de facto sur la filière uranifère.

Janvier 2014

Le gouvernement s’entend avec les Cris pour que le BAPE fasse enquête sur la filière uranifère sur leur territoire, où le Bureau n’a normalement pas juridiction. Les Cris s’opposent vivement au projet de mine d’uranium de la compagnie Strateco au nord de Mistissini.

Mai 2014

La commission d’enquête du BAPE sur l’exploration et l’exploitation de l’uranium au Québec commence à Montréal. Elle doit rendre son rapport en mai 2015.

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