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Procès | Agression sexuelle

Procès pour agression sexuelle : Trahi par une écoute électronique

Le procès d’un ancien agent immobilier accusé d’agression sexuelle sur une cliente s’est ouvert hier à Laval

André Diotte
Photo Martin Alarie André Diotte (au centre) est accusé d’avoir agressé sexuellement une de ses clientes en décembre 2011. Depuis, le courtier a été congédié de chez RE/MAX. Il se spécialisait dans la vente des biens immobiliers de personnes divorcées, veuves ou sous tutelle.

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Un courtier immobilier accusé d’avoir agressé sexuellement une de ses clientes a été piégé par la police qui l’a mis sous écouteélectronique.

Un courtier immobilier accusé d’avoir agressé sexuellement une de ses clientes a été piégé par la police qui l’a mis sous écouteélectronique.

«Quand le nœud du dossier, c’est la question du consentement, il n’y a pas 100 solutions pour ramasser de la preuve que de l’écoute électronique», a fait valoir le sergent-détective Claude Tessier hier matin, à l’ouverture du procès de l’ex-courtier André Diotte au Palais de justice de Laval.

Cet ancien agent immobilier de 41 ans est accusé d’avoir agressé sexuellement une de ses clientes au moment où il procédait à l’évaluation financière de sa maison.

Le 1er décembre 2011, M. Diotte se serait rendu au domicile de sa présumée victime (qu’on ne peut nommer), alors en pleine procédure de séparation, pour évaluer le prix de sa résidence. Une fois le tour de la demeure effectué, il aurait plaqué la propriétaire contre un mur en tentant de l’embrasser.

Cette dernière serait alors parvenue à le ramener à la raison quelques instants. «J’ai essayé de le calmer. Je lui ai dit que ce n’était pas grave, mais que je ne savais pas pourquoi il faisait ça, qu’on ne se connaissait pas», aurait-elle raconté à l’époque à l’enquêteur de Laval qui a piloté le dossier, Claude Tessier.

Alors qu’elle pensait avoir convaincu l’ancien courtier de quitter sa maison, André Diotte se serait jeté une deuxième fois sur elle. Il l’aurait entraînée dans une chambre puis l’aurait obligée à lui faire une fellation, a raconté au juge M. Tessier, toujours en s’appuyant sur les déclarations de la présumée victime. «Il n’y a pas de mal à se faire du bien, merci», aurait ensuite lancé

M. Diotte à la femme, avant de sortir de la résidence.

Un piège

Après avoir relevé que la version de la présumée victime était semblable à celle des quelques témoins auxquels elle s’est confiée après les faits (voir encadré), puis relevé des éléments de preuve sur les lieux du crime, l’enquêteur et ses collègues en ont conclu qu’ils devaient utiliser de l’écoute électronique plutôt que de confronter directement André Diotte.

«Il n’y a pas d’autres techniques d’enquête pour prouver qu’il y a eu ou non consentement (...). Après analyse du dossier il était peu probable d’avoir des aveux. Mais ce n’est pas une science exacte», a reconnu Claude Tessier.

Après avoir obtenu le mandat d’écoute, les enquêteurs au dossier ont élaboré un scénario avec la collaboration de la présumée victime: le 31 janvier 2012, cette dernière a appelé André Diotte prétextant devoir lui parler d’analyses médicales qu’elle allait subir pour détecter d’éventuelles infections transmises sexuellement (ITS).

«Le but était d’utiliser cette stratégie pour amener la présumée victime et M. Diotte à avoir une conversation à propos de l’agression» a expliqué Claude Tessier.

Une Filature

«Il fallait que l’entrée en matière soit crédible (...), que la victime n’entre pas en conflit avec le courtier. Elle n’était pas là pour régler ses comptes», a-t-il précisé. Une collègue de M. Tessier était aux côtés de la femme pour la guider tout au long de la conversation.

En parallèle, sur le terrain, André Diotte a été pris en filature par une équipe de policiers. Une fois la conversation terminée, le «go» a été donné et en quelques minutes, l’accusé a été arrêté au volant de son véhicule, devant une station de service de Laval. «Il y avait ce qui fallait dans l’écoute», a déclaré Claude Tessier au juge.

Une Preuve recevable ?

Pourtant, lors de la première journée du procès de M. Diotte hier, l’avocat de l’accusé Me Francis Cloutier, s’est opposé à ce que la Couronne dépose cette écoute électronique comme preuve.

«Il y a des questions à se poser quant à la fiabilité que l’on peut accorder à des aveux donnés dans de telles conditions», s’est-il exprimé. Selon lui, la confrontation traditionnelle aurait dû être envisagée, plutôt que l’écoute électronique. «Exclure cette conversation n’empêchera pas la tenue du procès», a-t-il ajouté.

Le juge Paul Chevalier doit rendre sa décision concernant la recevabilité de cette preuve ce matin. Le procès de M. Diotte se poursuivra par la suite.

 
 
Ce qu'ils ont dit
«
Vers 10 h j’ai reçu un appel. Une voix qui hurlait, teintée de rage, de tristesse et de désarroi total (...). Elle a dit qu’elle venait de recevoir la visite d’un courtier qui avait profité de l’évaluation de sa maison pour l’agresser sexuellement. »
– Jacques Bigras,
psychologue et chargé de cours à l’école de criminologie de l’Université de Montréal. Il était le professeur de la présumée victime.
«
Elle était en crise, en panique, elle pleurait, elle criait (...). Elle se sentait coupable. J’ai insisté pour qu’elle appelle la police et qu’elle porte plainte. »
– M e Lucia Salvatore,
avocate de la présumée victime dans son dossier de divorce.
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